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Incendie
Type de trace : Tract poésie
date de parution : juillet 1975

Incendie. Tout brûler. On partait en 2CV aux frontières marines de la Hollande, dormant sur les sièges, mettant Dylan ou Coltrane à fond. A vrai dire, je ne supportais pas André Breton et son aspect pontifiant, ampoulé. Par amitié, j'ai fait paraître ce texte "surréaliste", alors que je me promenais mentalement avec Kerouac ou Mekas, faisait de la psychogéographie rétrospective aux côtés de l'Internationale lettriste (dont j'appréciais le sens de la dérision, comme Michèle Bernstein) et suivais la dérision d'André Balthazar et du Daily Bul, en allant au carnaval de Binche avant que les touristes japonais n'en polluent l'atmosphère villageoise. Mais pas de secte : les yeux ouverts. Ai-je déjà dit (ou cela fait trop midinette) que je croisais, par exemple, à la galerie Claude Bernard dans ces années, en fin de matinée, un Francis Bacon à la tête de chou, décomposé, en débâcle de banquise, vert et rose suivant les endroits, et bleuet aussi, survivant, me faisant songer qu'il n'y avait évidemment aucun mérite à l'auto-destruction (je déteste particulièrement l'artiste alcoolo-aigre-abruti, clodo de ses ratages) mais qu'une pareille incubation existentielle ne pouvait être foncièrement néfaste. Il bougea. Je ne lui dit rien. Il sortit quelques mots techniques à l'assistante, blême et rèche, désagréable, et finit par croiser mon regard pour une torsion minimale de la commissure gauche de la lèvre. Cette connivence nous suffit. Je partais, heureux.



Classe (apparence)
Type de trace : Techniques mixtes
date de parution : 1975

Ma haine du système scolaire fut totale. Brillant étant jeune, je ne supportais pas l'injustice dans l'autorité. Très solitaire bien que participant à des aventures de groupe, je faisais ma deuxième exposition personnelle à Versailles, remarquée du seul Jean-Luc Moulène --que je devais retrouver plus tard. Il s'agissait d'un travail entre abstraction et réalisme (des "apparences") sur des situations-signes de la vie quotidienne. Travaillé avec furie dans des transes alcoolisée cigare au bec (comme toute ma production plastique), de jour comme de nuit, certaines scènes en noir et blanc étaient lacérées, parfois jusqu'à me blesser.



Association d'artistes
Type de trace : feuille ronéotée
date de parution : 18 décembre 1974

Ayant à peine 18 ans, je devenais trésorier de cette association basée au théâtre du Ranelagh (qui avait accueilli Wagner et était aussi devenu en 1931 une salle de cinéma art et essai avant-gardiste), emmenée par Maurice Rapin et Mirabelle Dors, amis de Magritte et des surréalistes belges (Marcel Mariën). Là, j'ai longuement bavardé avec le délicieux Philippe Soupault, exposé avec Alfred Courmes et Clovis Trouille, présenté une manifestation végétale d'Isidore Isou, Maurice Lemaitre et du groupe lettriste, aimé la subtilité de Gil Wolman, regardé les films de Georges Méliès avec délices.



Identité
Type de trace : carton d'invitation
date de parution : 1973

J'avais trouvé ce nom "identité" pour un groupe aux influences hybrides, avec des passionnés de Lou Reed dans une vieille usine abandonnée de bord de Seine. Burroughs nous motivait et, dans cette librairie où Joyce bruissait près de l'adorable George Whitman, j'avais conçu des installations en relief pour poèmes et dessins. L'affiche, pas abus de shit du sérigraphe, ne sortira jamais à temps. Elle n'est toujours pas sortie et j'en ai gardé une haine des shiteux mous.



sans
Type de trace : peinture à l'huile sur toile
date de parution : 1972

Encore des essais préhistoriques. Du vertige optique qui part en délire, car rien n'est vraiment droit.

En hommage à Stanley Kubrick, alors que j'allais souvent 4 fois par jour au cinéma et m'écrabouillais à la grille de la Cinémathèque à Chaillot pour me retrouver près de la petite Lotte Eisner en milieu de salle devant un film expressionniste : 2001, odyssée du malaise en 1972, où je marchais dans les rues, tête baissée en kabig crevant sur le trottoir.



ville végétale
Type de trace : peinture à l'huile sur toile
date de parution : 1972

Encore une trace préhistorique.

Une ville en feu, gagnée par la végétation menaçante, entre pollution et écologie. Toutes ces toiles ont été exposées dans ma première manifestation publique en 1972 à Versailles (où j'habitais, détestant profondément ce lieu mort, moi qui venais de Bobigny, banlieue ouvrière pavillonnaire à l'époque). Nom de l'expo : "Angoisses". La journaliste, terrorisée par ma violence, n'a jamais fait paraître son article.



Cortalide trente-neuf
Type de trace : peinture à l'huile sur toile
date de parution : 1971

Voilà de l'archéologie picturale. Et un titre mystérieux dont j'ai oublié le sens. Je regardais avec passion Jackson Pollock en transes. Cela correspondait à mes angoisses profondes d'adolescent : l'impression de ne pas être.



BD de bébé
Type de trace : dessin
date de parution : 1967

Des traces plus anciennes, il y en a, notamment des textes, des rédactions, des poêmes, des débuts de romans, des réflexions diverses... Et aussi des journaux d'infos dont j'écrivais tout le contenu ou des bouts de théâtre joués avec d'autres enfants (j'adorais me déguiser, entrer dans des rôles).

En image, voilà une des choses qui m'a beaucoup passionné après le stade des dessins d'enfant : la bande dessinée. J'étais abonné à Pilote et passionné de bulles et cases. Ce qui est drôle dans cette planche, c'est que le héros s'appelle Laurent, est barbu et fume la pipe (j'ai commencé ensuite à fumer en fumant la pipe et suis devenu barbu).



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