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Check Point Charlie Chair
Type de trace : meuble-sculpture
date de parution : décembre 1989

J'ai beaucoup de tendresse pour ce meuble. Il a été conçu le soir même où s'ouvrait le mur à Berlin. J'écoutais les nouvelles. Je parlais à mon ami Hans-Joachim Neyer du Werkbund-Archiv. Je connaissais bien le Berlin du Mur. J'avais vu les Ecossais en kilt surgir dans la forêt, les Soviétiques, Berlin-Est. Cette pièce a été conçue avec Louis Rollinde dans la foulée. Elle exprimait la folie de la notion de frontière (je ferai une série d'oeuvres sur les frontières et un numéro de revue).



Peintres d'histoire 3
Type de trace : revue-affiche bilingue
date de parution : septembre 1989

Un grand article sur le goût, un autre sur la vie quotidienne, un hommage à Pessoa (qui n'était pas encore devenu une tarte à la crème pour touristes). Villeglé, toujours généreux, fut un des premiers acheteurs de la collection dans un emboitage-objet d'histoire.



Peintres d'histoire 2
Type de trace : revue-affiche bilingue
date de parution : mai 1989

Nous produisions beaucoup. Chaque numéro était thématisé, avec des textes d'analyse : ici objets, design et architecture. La revue était envoyée gratuitement dans le monde (quelle boulot ! avec ma petite fille Pauline sur les genoux ou perçant les nuits en bande studieuse rue Beaurepaire).



DE de Gaulle à Mitterrand, 30 ans de dessins d'actualité
Type de trace : livre d'expo
date de parution : décembre 1989

280 pages, 76 dessinateurs, une image inédite de Siné, un travail avec des Allemands. Je réalisais un grand historique et imposais un texte sur Willem, le premier du genre car il était alors assez méprisé (assez vite ensuite, il reçut prix et hommages, avant d'intéresser même aujourd'hui les historiens d'art). Je savais son rôle jeune dans le mouvement Provo à Amsterdam et je l'incitais à donner un ensemble important de revues de contre-culture au Musée d'histoire contemporaine. Le dessin d'actualité, comme la bande dessinée et le graphisme, m'ont toujours paru des formes d'expression essentielles. J'avais et j'ai des relations d'amitié avec André François, Cabu, Plantu, Wolinski, Willem,Siné ou Tim. J'apprécie des personnalités plus marginales comme Nicoulaud ou Montellier (et beaucoup d'autres...)



68
Type de trace : expo et livre
date de parution : 3 mai 1988

Pas moins de 304 pages. Là encore, le travail fut pionnier. Personnellement, de 1968, j'ai la mémoire de la 2CV de ma prof d'anglais qui nous amenait clandestinement à Paris, des boutiques dans Versailles pillées en sucre et pâtes par une population terrorisée et de l'ordre moral difficile à imaginer aujourd'hui (je lisais Sade grâce à Pauvert et Barbarella grâce à Losfeld). En 1988, dans les années gauche caviar et Bernard Tapie, ce fut le rejet des baba cools. Les maos étaient dans la presse ou la pub. 1968 n'était pas du tout à la mode et nous fûmes les seuls courageux à faire ce gros travail. J'insistais pour appeler cela "mai-juin 68", car en fait toutes les images produites, ou presque, datent de juin. Avec Geneviève Dreyfus-Armand (ex trotskyste de la LCR, qui avait vécu les événements), on s'est partagé le travail. J'ai enquêté sur l'aspect culturel, rencontré et interviewé les créateurs d'affiches ou les activistes, croisé Debord alors à Paris par Merri Jolivet, vu Rancillac, Fromanger, Rougemont, Paris-Clavel... Grapus nous a donné tout son fonds et fait l'affiche de la BDIC. François Le Quernec a inauguré une politique d'images de grands graphistes pour chaque manifestation. Siné, Wolinski ou Cabu devenaient des amis. On installait avec François Miehe un atelier de sérigraphie dans nos salles des Invalides et les visiteurs sortaient avec "La police vous parle tous les soirs à 20h".



OULIPO
Type de trace : photo
date de parution : 1988

En 1988, toujours magasinier en faisant un boulot de conservateur, je déménageais rue Beaurepaire, entre la place de la République et le canal Saint-Martin (grâce à mes parents, car je fais partie de la génération de la crise, qui a toujours tiré la langue). C'était populaire, avec plein de grossistes en tapis, des vieux alcoolos au bar prenant des blancs secs bombés dès l'aube. Avec mon ami Christian, on investira davantage le quartier en trouvant un atelier de couture très grand vers Belleville. On y tentera une aventure de phalanstère artistique débouchant sur créations et manifestations collectives. Dans le même temps, des amitiés, comme ici à Penne-du-Tarn avec Noël Arnaud, encore entouré de ses livres et oeuvres, à parler des Réverbères et de Dada, de la Résistance, de Picasso, Eluard (il avait le manuscrit original de "Liberté") et La Main à Plume, du surréalisme révolutionnaire, de Jorn et Dotremont avec Cobra, de Queneau, de Dubuffet et Jorn faisant de la musique, de Vian, de Debord et leur conférence en 1957, de Wolman, de Caradec, de Jarry, de Prévert, de Pérec et de l'OULIPO, de nos rires, de nos nuits assoiffées et du Jorn qui me réveillait dans la chambre, près de la terrasse aux cactées. Des morts vivants et des vivants défiant la mort.



Les Peintres d'histoire
Type de trace : revue-affiche bilingue
date de parution : novembre 1988

Voilà. Avec mon ami Louis Rollinde (Christian de Beaumont), nous voulions relancer une production artistique avec du SENS, sans pour autant retomber dans l'art militant. Clairement, dès le premier numéro de notre revue-affiche bilingue, nous avons affirmé la nécessité de traiter de l'histoire en général et de l'histoire intime, quotidienne. Nous avons ainsi anticipé, tant le retour des plasticiens vers l'événement après la chute du mur de Berlin, que l'intérêt des musées pour les rapports entre art et histoire. Je serai d'ailleurs en 1996 conseiller de l'exposition Face à l'histoire au Centre Pompidou à Paris, tandis que Londres faisait Art and Power, Berlin Berlin-Moscou, et Paris encore Les Années trente en Europe. Quand au retour de l'intime, avec la webcam, il est devenu partout proliférant, jusqu'au dégoût.



Téléphagies
Type de trace : peintures dans boites noires
date de parution : octobre 1988

J'en avais assez de l'art formel des années 1980, des installations, grands décors abscons. La télévision régnait sans partage. Aussi, je commençais alors une longue série de vues critiques d'après des images arrêtées de télévision. L'étrangeté des vues brutes était pour moi matière à interprétations. Je pensais, pendant ces années-là, à de la peinture de résistance, dans un temps où la mode était à son abolition. Mais une peinture sur nos réalités quotidiennes et imaginaires. Ces téléphagies étaient montées dans des boites noires en relief, présentées de façon unique ou en mur d'images.



Première Guerre mondiale
Type de trace : livre
date de parution : juin 1987

Un tournant. Un an de travail avec Christophe Prochasson sur cette année charnière (1917) et cette période charnière dans une institution référence (qui s'était créée par et pour le conflit). J'ai fait parallèlement un mémoire sur toute la propagande par l'image en France (1914-1918), repris dans le livre. Ce fut la guerre également avec l'Historial de Péronne naissant qui voulait annexer tout le fonds du musée. J'ai dû passer ma vie à me battre... Des ressources très importantes ont été exhumées à cette occasion, à la grande jalousie des auteurs français et étranger postérieurs qui omettent toujours cette manifestation, maintenant que la Première Guerre mondiale est devenue très à la mode. C'est là que j'ai montré le basculement des images en 1916-1917. Nathalie, ma compagne enceinte de Pauline, tapait à la maison le mémoire sur notre seule petite table. Elle accouchait le 31 mai et je lui apportais le livre-catalogue. Pauline naissait ainsi l'année des révolutions russes et avait Aisha (morceau de John Coltrane, princesse du désert) comme troisième prénom.



Histoire immédiate
Type de trace : livre
date de parution : 3 juin 1986

J'ai tout fait pour cette expo. C'était une expérience incroyable : récupérer à chaud toutes les affiches de la campagne électorale et les analyser en les présentant au musée un mois après l'élection. C'était le moment où je passais des heures dans tous les partis, chez les collectionneurs, pour rapporter des rouleaux énormes d'affiches, faire des pochettes, les classer, avec mes hanches opérées. L'expo a inspiré le livre La Politique à l'affiche de Jean-Marc, Philippe Benoit et Jean-Marc Lech et l'expo que j'ai montée ensuite au musée sur l'affiche politique de 1958 à 1986. C'était le plein triomphe de la publicité politique et du marketing. J'écrivais déjà sur le financement des partis politiques et sur la dépolitisation, dans ce livre préfacé par René Rémond. C'est à ce moment-là que j'ai incité à changer le nom du musée en Musée d'histoire contemporaine et joué un rôle de conservateur tout en étant magasinier (très mal payé, vivant dans un studio avec un enfant). Dans ce pays bloqué, j'ai dû reprendre des études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales avec Marc Ferro, tout en travaillant, et fêté mes 30 ans sur une péniche canal Saint-Martin.



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