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Où va l'histoire de l'art contemporain ?
Type de trace : colloque international et livre
date de parution : février 1995

Yves Michaud aux Beaux-Arts nous accueille. Laurence Bertrand Dorléac et Gérard Monnier ont l'idée de cette réflexion internationale. Serge Guilbaut à Vancouver nous aide. L'Image assure le suivi. Je me réjouis de montrer aux Nord-Américains des Africains qu'ils découvrent. Installation La Ronde de Nuit de Lewis Baltz en couverture. Des femmes, des Blacks, des Indiens, Pierre Restany et Michel Thevoz, Marcia Tucker ou Tomas Crow, Werner Hofmann ou Rosalind Krauss, Jorge Coli ou Yacouba Konate... Un sacré bilan à l'heure où la planète art explose.



Toporanapoli
Type de trace : exposition et livre
date de parution : 1995

J'étais révolté contre la condescendance française vis-à-vis de Roland Topor, vu comme touche-à-tout mineur (mieux apprécié en Allemagne). Cette exposition napolitaine m'a permis de passer des nuits et des jours avec Roland en fouinant dans tous les tiroirs de la rue Boulainvilliers. J'ai conçu (voir l'esquisse de maquette au-dessus des photos de nous deux à Naples) le concept d'un dictionnaire, pour affirmer tous les aspects de son travail. Je voulais agir avec sérieux pour défendre un esprit subtil, un personnage exigeant, un écrivain précis comme Kafka. Nous avons déjeûné de crèpes fines à la peau de canard laqué et de vin. Nous avons fini des nuits près du Cirque d'Hiver. Nous avons pensé le désordre avec les carreaux froids d'un Mexicain à 4 heures du matin. Par hasard, au vernissage de Naples, il y avait Jorge Semprun invité par Jean-Noël Schifano et, avec Topor (et Christian qui avait scénographié l'expo), nous avons parlé longuement de Picasso sur lequel je travaillais et dont j'avais entretenu le rugueux Pierre Daix. De camps aussi (c'était ma grande manifestation de l'année au Musée d'histoire contemporaine). Je présenterai, mais après sa mort, le travail graphique de Topor à Lisbonne, en écrivant un catalogue jamais paru. Michel Pierre, venu au vernissage, me parle d'Hugo Pratt, que je n'aurai jamais la chance de rencontrer, à mon grand regret et malgré plusieurs occasions successives. Retour amer à Paris avec Christian, où nous perdons à jamais des tirages photographiques grand format de nos installations scénographiques antérieures pour les Peintres d'Histoire.



L'Image "Les foules"
Type de trace : revue livre bilingue
date de parution : novembre 1995

Pourquoi "l'image" et pas "les images" ? A cause probablement de la force magique contenue dans ce mot générique. Image anagramme de magie. La revue sera diffusée par la SODIS (Gallimard) en France et Harvard aux Etats-Unis. Je l'ai voulue bilingue. Nous avons de beaux noms en parrainage (Agulhon, Debray, Ferro, Haskell, Hofmann, Jeanneney, Melot, Pomian...) J'ai une tendresse particulière pour Francis Haskell avec qui j'errerai, seuls avec son épouse, dans le cimetière aux sculptures des écuries du château de Versailles. J'aimais tant ses approches subtiles sur les modes du goût. Dans le comité éditorial, les amis fidèles : d'Almeida, de Baecque, Bertrand Dorléac, Buton, Delporte, Dogliani, El Kenz, Krumeich, Scott... Fréchuret nous parlait de Giacometti et Hofmann de Duchamp. Je travaillais sur de l'analyse télévisuelle concernant la fonction du public dans les émissions trash des Etats-Unis et en France. Montanari nous parlait des territoires virtuels. Pour la première fois, toute la production visuelle était envisagée, de plus avec pluridisciplinarité. J'ouvrais avec "Les images contre les images", stigmatisant déjà la circulation indifférenciée des icônes. Belle oeuvre en regard de Louis Rollinde sur le pélerinage à La Mecque.



plage anglaise
Type de trace : photo
date de parution : 1995

Voilà une trace indéfinie. Plage anglaise probablement visitée avant ou après l'exposition sur les Sixties en 1996. Cela fait partie de ces très nombreux voyages entrepris depuis les années 1970, seul, en famille, avec Christian. Dérives dans de nombreux pays. Explorations proches ou lointaines, où le décalage peut être aussi brutal en faisant crisser du Stilton et des kippers entre les dents au breakfast à Whitby, que dans une fazenda brésilienne.



Déportation
Type de trace : livre et exposition
date de parution : 1995

Voilà un moment important. J'ai eu le privilège de travailler avec François Bédarida, de parler avec Geneviève de Gaulle et Germaine Tillon, de retrouver le général Saint-Macary. Nous sommes allés en Allemagne avec Bédarida, avons organisé la première manifestation franco-allemande sur ce thème, visité des camps. Les survivants nous ont dit que le meilleur moyen de combattre le révisionnisme était de dire tout : l'horreur fut suffisante pour n'avoir besoin de rien cacher, ni d'augmenter les chiffres. Le temps de l'histoire était venu. Ainsi, nous avons parlé de la correspondance entre camps, nous avons dit que tous n'étaient pas des camps d'extermination. J'ai travaillé longuement sur les représentations contemporaines ou postérieures. J'interrogerai mon ami Boris Taslitzky. Simone Veil inaugurera la manifestation. Nous parlerons et je ne l'oublierai pas. A sa demande, plus tard, je ferai partie du Conseil scientifique de la Fondation pour la mémoire de la Shoah. Avec François Bédarida, nous aurons des discussions passionnantes et conniventes sur les dangers de l'instrumentalisation de l'histoire. Autant toute trace d'antisémitisme doit alerter, car c'est de toute façon le signe avant-coureur d'autres exclusions, autant tout communautarisme exclusif se servant d'un drame de l'histoire risque de se retourner contre ceux-là même qui en jouent. Je garde un grand respect pour Simone Veil et la rigueur intellectuelle de François Bédarida me manque (et son exceptionnelle épouse aussi). Il fera preuve ensuite de gestes d'amitié courageux envers moi et mes recherches, jusqu'à sa mort brutale.



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