04 : 08 : 16

Le Progrès est une erreur

Ceci est mon dernier livre, au sens d'ultime. J'ai construit une oeuvre littéraire avec L'Homme planétaire. J'ai construit une oeuvre philosophique et politique, depuis Pour une philosophie de la relativité. Elle s'est développée comme une arborescence à partir d'une base solide, d'un tronc de pensée.

"Le progrès est une erreur" reprend beaucoup de mes concepts (le local-global, l'histoire stratifiée, le tri rétrofuturo...). Il innove en faisant comprendre la notion de "limites dynamiques". C'est peut-être en fin de vie que l'on saisit plus facilement cette aberration dangereuse du "toujours plus", assortie de la notion que tout ce qui est nouveau est un progrès.

J'ai eu beaucoup de mal à écrire ce livre un peu foutraque. On pourrait penser qu'il est jeté et ludique. Il fut repris et repris et repris. Pénible à composer : je savais trop ce que je voulais dire.

Il n'empêche qu'il clôt un ensemble de réflexions semées tout au long de mon existence avec un résumé : les 16 engagements des Multiterriennes et Multiterriens. Il fait ainsi face au terme de ma vie, de la vie. Comme Gilgamesh refusant de mourir pour devenir un dieu éternel, mais qui finit par se faire voler la plante d'éternité (par un serpent) et comprend alors la nécessité de la fin. Elle assurera d'ailleurs la pérennité de sa trace.

On se plaint souvent des difficultés que l'on a eues à vouloir innover. D'aucuns ont dû lutter contre la répression, la torture ou la mort. Personnellement, ce fut plus doux et insidieux : j'ai eu maille à partir avec la médiocrité, une médiocrité insondable de petits esprits technocratiques à courte vue se foutant complètement de l'intérêt collectif et chassant en bande. Mais, à regarder hier, ce n'est probablement pas original, quand Denis Diderot écrivait : "L'homme précoce vit, boit, mange avec les stupides qui l'environnent, mais converse avec l'avenir." Les femmes précoces aussi.

Plus ludiquement, je me tournerai vers webtv (multiterratv), musik botanik ou expressions courtes.

Vous aurez encore de quoi découvrir... Du moins, peut-on l'espérer, pour quelque temps.

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29 : 07 : 16

MEDIA-TERRORISME ET CONTENTION MEDIATIQUE


Le 11 septembre 2001 a inauguré une nouvelle ère dans le terrorisme. Certes, le terrorisme, depuis les anarchistes au XIXe siècle, a toujours cherché à frapper en visant des symboles. Mais le 11 septembre a montré une construction médiatique des événements : une scénarisation. L’aspect filmique du 11 septembre avec un scénario hollywoodien et des événements successifs fut frappant. D’autant plus frappant d’ailleurs que les images furent particulièrement « pauvres », peu cinématographiques, agitant fortement les imaginaires par absence d’images.

Ce fut le cas des attaques à Madrid, à Charlie Hebdo et à l’Hyper Cacher, ou le 13 novembre 2015 à Paris. Choisir le 14 juillet, Nice, ville internationale, et rouler sur les spectateurs du feu d’artifice relève de la même logique : prendre les médias à la gorge par la construction d’une surenchère de l’horreur dans un contexte symbolique fort. Et les choses s'enchaînent où tout peut être récupéré, notamment le plus spectaculaire comme égorger un prêtre de 86 ans dans son église.

Alors, ne faudrait-il pas réfléchir à cette prise en otage des médias ? Ne faudrait-il pas, devant des événements qui se répètent, penser à une contention médiatique volontaire ? Plutôt que de parler de guerre dans ce qui relève de faits divers dramatiques, ne faudrait-il pas informer mais minorer cet impact médiatique, qui est exactement ce que recherchent les terroristes ? Politiquement, plutôt que de gesticuler sur des mesures inopérantes, ne faut-il pas simplement choisir ce qui est directement efficace ? Là aussi, les actes marginaux de quelques-uns, fussent-ils spectaculaires –et parce qu’ils sont spectaculaires—ne doivent pas être survalorisés par rapport à la vie quotidienne de populations entières.

Le déséquilibre de l’information est en effet la vraie victoire de ceux qui commettent ce type d’actes. L’heure doit donc être à une réflexion sur la contention de l’information et la discrétion politique avec des mesures claires, réfléchies, pragmatiques, efficaces, ciblées et qui respectent les libertés publiques. Car c’est bien, non pas la valorisation des mesures répressives ou la militarisation de la société qui importe, mais la défense des valeurs collectives s’opposant totalement à ces crimes. Oui, les politiques sont essentiellement attendus sur la défense des valeurs collectives, sur l’éducation et la culture au sens large, sur l’organisation du monde local-global qui est notre réalité d’aujourd’hui. Pas sur les mesures techniques de répression du crime, de renseignement et de prévention.

Disons-le donc clairement, la victoire médiatique des actes terroristes dans la guerre mondiale médiatique à l’œuvre aujourd’hui impose d’enfin penser la construction de l’information : le news marketing concurrentiel, qui provoque la polarisation et l’escalade, sert de fait ce nouveau média-terrorisme lancé en 2001. Et l’encourage. Le combattre, c’est le minorer dans l’actualité et porter attention aux grands enjeux pour des milliards d’habitants. C'est comprendre que nous sommes entrés dans une stupéfiante "Gore Attitude", pour des raisons politiques et commerciales, où le sang et le crime ont envahis les news comme les fictions.

Il est temps d'arrêter cette aberration qui déforme totalement les représentations du réel et a forcément un impact psychologique sur les populations, soit dans le sens de la terreur et du toujours plus sécuritaire, soit dans celui du passage à l'acte banalisé. La contention médiatique consiste à hiérarchiser différemment et à remettre dans la case faits divers ce qui relève des faits divers, à les traiter en fin de journal après les grands enjeux collectifs, touchant beaucoup plus de monde, comme les pesticides ou le diesel par exemple. Cela consiste a pouvoir faire des fictions de suspense sans violence et sans crime et aussi des fictions sans suspense. Au temps où tout le monde se réclame du "décryptage", dont nous fûmes pionniers, la cécité collective sur cette disproportion historique aberrante stupéfie. Comment peut-on faire de terroristes des vedettes, de faits divers sanglants une guerre, et de fictions des dégorgements de violence ? Le temps d'une prise de conscience collective doit venir.

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25 : 07 : 16

Meuble philosophique/Histoires de passages

C'est un peu gonflé de se montrer assis dans un fauteuil qu'on a créé pour parler d'une manifestation collective... Mais je n'ai pas d'autre photo sous la main pour l'heure. 4 jours, 45 événenements pour ces Rencontres-Promenades d'Argentat sur Dordogne : www.histoiresdepassages.com.  Ce fut un régal avec tant de moments forts. Quelque chose d'atypique tout en étant d'une grande évidence et d'une parfaite gaité, des échanges chaleureux en défendant les savoirs, les savoir-faire et la création : à l'heure des crimes sur tous les écrans, l'affirmation forte et nécessaire d'autres valeurs qui rassemblent l'immense majorité des habitants.

Et puis, pour l'anecdote égocentrique, la création de ce premier "meuble philosophique", le Fauteuil points de vue né avec les Sièges d'Argentat, couvert de cuir blanc avec ce rectangle cadrant le réel qui pivote. Une oeuvre simple et forte qui me plaît --et qui a plu. Très belle image prise par Baptiste Delhauteur, venu de Belgique, avec Sylvain Golvet à l'oeuvre dans le cadre...

Mais ma mémoire à chaud de ces 4 jours est portée en fait vers beaucoup d'autres temps forts qui ont levé nos imaginaires grâce au talent des gens d'ici et d'ailleurs. C'est à elles et eux que je pense. Bientôt, grâce à Sylvain Golvet, vous verrez des petites vidéos de tout cela, traces précieuses de moments qui nous semblent déjà irréels. Un lien éphémère pour un reportage (pour une fois intelligent et fidèle à l'esprit de la manifestation) sur France 3 : http://france3-regions.francetvinfo.fr/limousin/correze/argentat/ce-week-end-argentat-des-histoires-de-passages-1053805.html.



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15 : 07 : 16

REFLEXIONS SUR LE MEDIA-TERRORISME

Le 11 septembre 2001 a inauguré une nouvelle ère dans le terrorisme. Certes, le terrorisme, depuis les anarchistes au XIXe siècle, a toujours cherché à frapper en visant des symboles. Mais le 11 septembre a montré une construction médiatique des événements : une scénarisation. L’aspect filmique du 11 septembre avec un scénario hollywoodien et des événements successifs fut frappant. D’autant plus frappant d’ailleurs que les images furent particulièrement « pauvres », peu cinématographiques, agitant d’autant plus les imaginaires par absence d’images.

Ce fut le cas des attaques à Madrid, à Charlie Hebdo et à l’Hyper Cacher, ou le 13 novembre 2015 à Paris. Choisir le 14 juillet, Nice, ville internationale, et rouler sur les spectateurs du feu d’artifice relève de la même logique : prendre les médias à la gorge par la construction d’une surenchère de l’horreur dans un contexte symbolique fort.

Alors, ne faudrait-il pas réfléchir à cette prise en otage des médias ? Ne faudrait-il pas, devant des événements qui se répètent, penser à une contention médiatique volontaire ? Plutôt que de parler de guerre dans ce qui relève de faits divers dramatiques, ne faudrait-il pas informer mais minorer cet impact médiatique, qui est exactement ce que recherchent les terroristes ? Politiquement, plutôt que de gesticuler sur des mesures inopérantes, ne faut-il pas simplement choisir ce qui est directement efficace ? Là aussi, les actes marginaux de quelques-uns, fussent-ils spectaculaires –et parce qu’ils sont spectaculaires—ne doivent pas être survalorisés par rapport à la vie quotidienne de populations entières.

Le déséquilibre de l’information est en effet la vraie victoire de ceux qui commettent ce type d’actes. L’heure doit donc être à une réflexion sur la contention de l’information et la discrétion politique avec des mesures claires, réfléchies, pragmatiques, efficaces, ciblées et qui respectent les libertés publiques. Car c’est bien, non pas la valorisation des mesures répressives ou la militarisation de la société qui importe, mais la défense des valeurs collectives s’opposant totalement à ces crimes. Oui, les politiques sont essentiellement attendus sur la défense des valeurs collectives, sur l’éducation et la culture au sens large, sur l’organisation du monde local-global qui est notre réalité d’aujourd’hui. Pas sur les mesures techniques de répression du crime, de renseignement et de prévention.

Disons-le donc clairement, la victoire médiatique des actes terroristes dans la guerre mondiale médiatique à l’œuvre aujourd’hui impose d’enfin penser la construction de l’information : le news marketing concurrentiel, qui provoque la polarisation et l’escalade, sert de fait ce nouveau média-terrorisme lancé en 2001 et l’encourage. Le combattre, c’est le minorer dans l’actualité et porter attention aux grands enjeux pour des millions d’habitants.

(voir www.decryptimages.net)

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27 : 06 : 16

Propagation

L'offre de la médiathèque Jacques Demy à Nantes est bien sympathique. Ces lieux sont essentiels pour diffuser d'autres regards sur le monde. Défendons-les pour éviter l'uniformisation !

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31 : 05 : 16

LE GRAND TOURNANT DE L\'ECOLOGIE (1969-1975)


Voilà une période passionnante et peu connue : le basculement de l\'écologie scientifique à l\'écologie politique. Toutes les grandes problématiques de notre planète actuelle apparaissent à ce moment-là. Voilà donc un livre très important qui rassemble les travaux neufs des meilleurs spécialistes.

Vu l\'aspect crucial de ces questions, cet ouvrage pionnier amorce une relecture de l\'Histoire.

Alors, à une époque d\'obsolescence programmée où les livres ne durent pas plus longtemps que les articles, ce travail se révèlera durablement utile. Il bénéficie de plus de l\'iconographie exceptionnelle tirée des collections du Musée du Vivant et de son centre de recherches (avec les archives) : le Centre Interdisciplinaire de Recherches sur l\'Ecologie (CIRE), dont Cabu a aussi réalisé le logo.

Vous pouvez vous procurer le livre sur museeduvivant.fr ou lulu.com (vous payez en ligne par carte bancaire et le livre est envoyé à votre domicile). Il est cher mais il a été impossible de baisser le prix malgré nos multiples efforts...

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30 : 04 : 16

APPRENDRE A VOIR : BESOIN DE REPERES


UN EVENEMENT EN MAI 2016 :

LANCEMENT D'UN NOUVEL OUTIL GRATUIT EN LIGNE SUR WWW.DECRYPTIMAGES.NET :

L'histoire mondiale des images
s'initier en 10 étapes-repères

Le portail decryptimages.net est l'héritier depuis mars 2009 de plusieurs sites d'analyse d'images (imagesmag créé en 2000, imageduc, primages). Il est le fruit de la collaboration entre l'Institut des Images et la Ligue de l'Enseignement. Ses ressources-phares sont la collection [décrypter la photographie] ou [décrypter le cinéma] et bien sûr l'exposition gratuite téléchargeable Les images mentent ? Manipuler les images ou manipuler le public, qui est vue par des centaines de milliers de personnes chaque année.

S'est imposée alors la nécessité de la compléter en proposant une synthèse chronologique sur l'histoire générale de la production visuelle humaine. Au temps de l'accumulation exponentielle et du brouillage généralisé sur nos écrans, ces deux outils répondent à une nécessité citoyenne à tout âge : apprendre à voir pour choisir au lieu de subir.

L'exposition se complète par la possibilité d'acquérir le livre (sur lulu.com)


Utilisez et faites savoir !

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05 : 04 : 16

Choisir nos limites

Les humains vivent sur une planète finie, en grande partie connue d'eux et qui devrait être nécessairement solidaire. Si nous essayons de regarder cela, la question importante à venir n'est pas seulement le fait que les ressources soient limitées et l'imbrication humains-environnement oblige à des solidarités vitales. Il va surtout falloir penser des "limites choisies" dans tous les domaines, au-delà de la simple multiplication des objets de consommation ou des peuplements. Il faudra enfin bien prendre en compte les emballements scientifiques, techniques ou commerciaux. Une chose ne peut avoir la seule vertu de la nouveauté. Le "progrès" est un mot dangereux qui évite de réfléchir aux conséquences : tant de destructions et de génocides (culturels aussi) se sont faits sous ce slogan.

Le tri rétrofuturo consiste alors à décider des traditions à conserver et à défendre avec des innovations nécessaires. En pensant aussi aux innovations néfastes. La philosophie de la relativité permet d'expliquer pourquoi un concepteur de publicité connecté n'est pas forcément "meilleur", plus épanoui, qu'un nomade de la forêt laotienne. L'horreur de l'idéologie technologique ne doit cependant pas conduire à la haine de la technologie (elle est juste un moyen), mais à l'effroi nécessaire devant cette technologie ou ces organisations sociales imposées comme obligatoires.

Face à cela, les limites choisies doivent être évolutives et concertées dans un cadre décisionnel local-global, faisant la différence entre recherches et applications. Bref, c'est tout le cadre des valeurs opérationnelles sous-tendant explicitement ou implicitement les actions humaines qui doit être pensé ou repensé. Ce que les OuLiPiens avaient modestement appliqué en liant des contraintes mathématiques à l'exercice littéraire fait figure de métaphore de ce qui nous incombe : jusqu'où aller ? Vers quoi aller et vers quoi ne pas aller ?

La naïveté prométhéenne dangereuse a fait son temps et a suffisamment montré qu'elle menait au gouffre. La folie de populations toujours plus nombreuses, de produits de consommation et de messages obsolescents déversés dans les terres, les mers et les airs, ou d'allongements de la durée de la vie sans en penser les conséquences individuelles et sociales, tout cela nécessite de penser plus que jamais les limites choisies, les limites volontaires, consenties et évolutives.

Nous vivons sur une planète finie mais il est vraiment temps d'éviter de finir cette planète, d'en penser les bornes nécessaires, ici et partout, pour soi, autour de soi et globalement.

Je sais déjà vers quoi je n'ai pas voulu aller dans ma vie et j'entrevois ce qui nous détruit.


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09 : 02 : 16

LES TROIS PRIORITES DE L'URGENCE MEDIATIQUE

LES TROIS PRIORITES DE L'URGENCE MEDIATIQUE

Etrangement, même si beaucoup de décryptages sont désormais réalisés, de grands chantiers structurels ne sont ni clairement identifiés, ni ouverts. Voici résumées trois priorités :

- d'abord, L'OUVERTURE DE PLATEFORMES D'INFORMATION INTERMEDIAIRES. Par des initiatives privées ou publiques, développer des portails d'infos thématiques ou géographiques qui trient parmi la masse de ce qui est émis et proposent des sélections. Aujourd'hui, avec le grand écart local-global, le gouffre entre des médias traditionnels hyper sélectifs par nature et les millions d'infos émises est devenu insupportable. Ces médias traditionnels auraient d'ailleurs tout à gagner de telles plate-formes et devraient en organiser. Voilà un impératif démocratique essentiel, sous peine d'un décrochage, d'un morcellement médiatique. Sous peine aussi que le TEMPS DE L'IGNORANCE SOIT LE TEMPS DE LA MANIPULATION GENERALISEE. Jamais en effet l'oubli ne fut aussi rapide : les gommages de personnages sur les photos des soviétiques ne sont rien par rapport au pillage actuel d'idées et d'oeuvres ou la disparition totale de personnages.

- ensuite, il faut aborder une question de fond : la nécessité ou non d'un SERVICE PUBLIC. A part le Journal officiel, cela ne concerne pas les journaux mais les radios, les télévisions et les sites Internet. Quel rôle doit jouer ce service public qui puisse constituer une plus-value spécifique par rapport au privé ? Quel mode de financement quand, en France, la redevance apparaît comme un impôt fort inégalitaire ? Quel lien entre des médias locaux et nationaux ? A l'heure des groupes multimedias, comment organiser une offre publique cohérente ? Quelle doit être la part des créatrices/teurs et des savant(e)s comme modèles publics ?

- enfin, il est temps de comprendre que nous sommes entrés dans une GUERRE MONDIALE MEDIATIQUE. La publicité et la propagande sont partout, souvent déguisées en communication soft comme le placement de produits dans des films ou le financement de sondages et de scientifiques pour démontrer les idées que l'on veut faire avancer. Les exemples les plus énormes furent le mensonge d'Etat au sujet de l'Irak du gouvernement des Etats-Unis ou les meurtres perpétrés par des marques commerciales au nom de l'emploi alors que la nocivité des produits est avérée. Il importe alors d'obliger à sourcer. C'est l'affaire autant d'une autorité de régulation que d'associations. Qui finance quoi ? Qui travaille pour qui ? Les lobbies sont inévitables mais il faut qu'ils apparaissent clairement ?

En conclusion, il est stupéfiant que, dans notre univers de l'ubiquité médiatique, APPRENDRE A VOIR ne soit pas devenu une priorité aussi importante qu'apprendre à lire. Avoir des repères en histoire générale du visuel et des outils d'analyse d'images est indispensable à tout âge. Rassembler les ressources éparses sur le Net et les organiser avec une délégation interministérielle (pour éviter d'avoir les logiques de l'éducation d'un côté et de la culture de l'autre) devrait permettre de sortir de l'émiettement actuel qui coûte très cher et est inefficace parce que sans aucune coordination. Quel gouvernement aura enfin la lucidité de placer l'apprentissage des images (toutes les images, médias comme arts, car elle sont mélangées) comme priorité absolue ?

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08 : 02 : 16

PAS VU DU TOUT !


L'ANECDOTE : MELENCHON, ARROSEUR ARROSE

Samedi soir, je festoyais dans une soirée anniversaire avec mon jeune fils qui portait un tshirt "pas vu à la télé". Cela amusait différents convives. Ce signe est en effet un des 50 qui sont sur www.gervereau.com depuis fin 2012. Ils furent lancés précisément le 3 novembre 2012 avec "economy is a belief" porté par une étudiante dans Bank Street à Hong Kong. La série s'appelle "Résistance des savoirs/Knowledge is Beautiful", qui est un appel pour réévaluer cultures et connaissances dans l'espace public en plaçant les savants et les créateurs comme modèles sociaux.

Hier, dimanche, j'apprends que l'homme politique français Jean-Luc Mélenchon a nommé sa webtv "pas vu à la télé". Est-ce un hommage volontaire à mon travail que sa timidité a empêché de citer ? Est-ce une idée soufflée par un de ses collaborateurs internaute passé sur mon site ? Est-ce une coïncidence ? Peu importe.

C'est amusant simplement, car celui qui se pose en victime des médias fait subir à plus invisible que lui le sort dont il se plaint. Cela est révélateur des temps actuels où on ne cesse de parler de mémoire, quand la connaissance des faits est tout bonnement absente. Cet effacement se produit d'ailleurs même dans les milieux universitaires : vous découvrez que vous avez travaillé des années sur des sujets et vous n'avez même pas droit à une notule bibliographique. La question n'est même pas de savoir ce que d'autres pensent de votre oeuvre mais qu'elle ait disparu. Elle n'est pas un fait, pas une trace. On rit des gommages de photos staliniens pour réécrire l'Histoire. Ici, les photos entières disparaissent, n'ont jamais existé.

Mélenchon est ainsi arroseur arrosé. Il l'est d'autant plus qu'en 2013-2014 j'ai dirigé 11 émissions (mises sur DailyMotion) d'une webtv intitulée [decryptcult] voulant apporter d'autres regards sur l'actualité avec le site www.decryptimages.net réalisé avec la Ligue de l'Enseignement. Et puis, les personnes qui se renseignent peuvent apprendre facilement que depuis près de 40 ans j'ai réfléchi au monde des images et à toutes ces questions médiatiques.

ANALYSE STRUCTURELLE : LE BESOIN URGENT DE MEDIAS INTERMEDIAIRES

Ce cas Mélenchon n'a pas un grand intérêt, sauf à être amusant et caractéristique des pratiques d'une époque de pillage généralisé, inculture galopante et obsolescence médiatique.

Mais portons la réflexion sur plus crucial. Je suis étonné que personne n'ait insisté sur le dysfonctionnement majeur de notre temps de mutations : l'inadéquation entre la masse exponentielle d'informations de toute nature qui circulent et le peu de place disponible dans les médias traditionnels. Prenons un exemple pratique simple : un critique d'art d'un grand journal aujourd'hui reçoit des centaines d'invitations à des expositions tous les jours. La place dont il dispose dans le journal est restreinte et il ne peut omettre les "blockbusters" (du genre Picasso au Grand Palais ou Van Gogh à Orsay). La latitude pour faire découvrir des initiatives différentes à Paris, en banlieue ou en région, est dérisoire. Or il existe aujourd'hui de plus en plus d'initiatives de bonne qualité.

Voilà pourquoi il devient totalement urgent d'ouvrir des médias intermédiaires entre la masse des émissions individuelles ou de petits groupes et les informations nationales et internationales qui tournent en boucle. Que ce soit par des initiatives privées, des fondations, les grands médias eux-mêmes ou des instances publiques, il faut pouvoir proposer de faire remonter une sélection thématique ou géographique de ce qui est émis. Il faut des plate-formes intermédiaires qui élargissent le champ du choix sans tomber dans le déversement indifférencié ou l'hyper-sélection.

Rééquilibrons ainsi les niveaux de notre réalité stratifiée. Cela fait des années que j'insiste sur le local-global. C'est vrai pour l'information comme pour le reste. Nous avons hérité de structures polarisées sur l'aspect national. Désormais, dans notre univers en interactions, il importe d'aborder le tissu planétaire ET le niveau local, qui redevient un niveau prioritaire d'action. Dénicher, choisir, faire circuler des informations locales d'ailleurs qui ont du sens ; dénicher, choisir, faire circuler des informations locales.

Voilà donc un impératif démocratique essentiel. Voilà une urgence pratique, sous peine qu'il y ait beaucoup d'invisibilité totale et d'ignorance dangereuse dans une sorte de foire à la piraterie médiatique martelée de publicités omniprésentes et de propagandes déguisées. Le crédit médiatique passe par là.

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