09 : 10 : 14

La France bipolaire

Je reviens d'un congrès international au Kosovo. Et j'ai pu constater deux choses frappantes, moi qui ai sillonné tous les continents depuis de nombreuses années. La France est discréditée, moquée, ridiculisée comme un pays ringard et prétentieux. Cela a commencé il y a longtemps du côté des anglo-saxons, mais là le consensus mondial est total. Discrédit des dirigeants et des opposants, discrédit du fonctionnement même du pays. Non seulement elle ne fait plus modèle mais fait rire de façon pitoyable : coq déplumé qui se hausse du col.

Le second phénomène clair réside dans l'aspect linguistique. L'anglais est la langue mondiale, point. La langue des affaires et la langue des idées. Tout ce qui n'est pas en anglais n'existe pas, c'est le plus petit dénominateur commun. Donc, soit nos élèves et nos dirigeants bossent l'anglais dès le plus jeune âge, soit ils sont totalement marginalisés. Il est temps que les ministères de la Culture et de l'Education débloquent massivement des fonds de traduction pour faire connaître nos créations et nos recherches ailleurs, sinon nous mourrons comme une petite province charmante muséographiée dans le mauvais sens du terme : l'Andorre de la planète. Nos amis québécois ont entamé une utile résistance linguistique --celle qui est indispensable partout pour vivifier la diversité des cultures-- mais chez les Inuit du Nunavik ou à Montréal le bilinguisme est un fait, c'est même un fait pour continuer à faire exister sur la scène nord-américaine et mondiale les acteurs francophones.

Arrêtons nos stupidités grandiloquentes, nos académies pour placer (à quelques minimes exceptions...) les plus ringards de nos penseurs et créateurs alors que les populations écrivent n'importe comment et que le décrochage culturel est considérable (même chez les dirigeants). Arrêtons de nous goberger de langue de bois sur notre éducation ou notre système de santé ou nos administrations, qui sont largement inefficaces malgré le courage de beaucoup d'agents (il y en a tant, à la base, qui "tiennent la boutique", font de leur mieux, mal payés et sans possibilité d'évoluer dans un système de castes). Cessons donc la nécrose étatique de ces "corps" générant des têtes au moule et nombre de crétins ineptes mais inamovibles : la haute fonction publique coûte très cher en emplois fictifs. Cessons d'aller voir les autres pays en voulant leur donner des leçons alors que nous avons des réformes profondes à entamer, à commencer par refonder une démocratie exsangue : peu de Français votent, sans choix, sans options, pour des candidats qui leur mentent et qui tournent en boucle jusqu'à la mort dans une petite oligarchie. Ce n'est pas juste que l'ascenseur social est mort, c'est que la France --qui clame partout sa devise et les vertus de la République--, n'est plus démocratique, tout simplement.

Voilà pour la leçon de modestie et les chantiers à lancer : encourager les initiatives des entreprises innovantes (notamment dans tout l'immense chantier de la durabilité) et du tissu associatif considérable de l'économie du lien et de la solidarité ; ne pas faire forcément moins d'Etat mais mieux d'Etat, dégraisser par le haut les superstructures, simplifier les mille-feuilles territoriaux (ce qui commence peut-être), clarifier la constitution --par exemple, un Président pour 7 ans non renouvelable, une assemblée nationale à la proportionnelle intégrale nationale et un Sénat au suffrage direct des territoires, avec des régions fortes, une intercommunalité, des référendums locaux et nationaux sur des questions d'intérêts communs n'impliquant aucune démission des dirigeants en cas d'échec (nous avons bien eu aussi la cohabitation pour des revers électoraux). Cet Etat décentralisé doit aussi assurer des fonctions de base qui le fasse reconnaître par tous. D'abord la justice, l'équité (notamment fiscale), la garantie d'une sécurité santé égale pour tous mais sans gabegies, une éducation à tout âge adaptées à nos changements de civilisation, la défense de nos savants et créateurs dans le monde comme de notre patrimoine qui fait image, faire passer le local à l'Européen et au global dans un esprit de rééquilibrages et de réseaux territoriaux.

A côté de ces chantiers primordiaux devant nous secouer et relancer l'espoir, notamment pour la jeunesse (prête évidemment à se mobiliser pour la justice, l'écologie, la défense de l'innovation et des savoirs locaux), en évitant un décrochage total, il faut raison garder. Pourquoi donc la France est-elle aussi bipolaire ? A cause de sa marginalisation mondiale ?

Autant les gonflages de poitrines avec cocoricos sont idiots, autant la morbidité et la dépression ambiantes sont terrifiantes et vraiment pénalisantes. Lançons un mouvement d'espoir (HOPE !). Ce pays n'est pas foutu : il gaspille ses chances et ne sait pas utiliser ses composantes les plus brillantes. L'intelligence, en France, doit toujours passer par les marges avant de s'imposer au centre.

La cécité est grande en effet alors que l'hexagone reste, par exemple, encore une destination touristique majeure avec une diversité de paysages et de cultures locales unique sur un si petit territoire. Oui, la France est un monde, enrichi par tous ses apports migratoires constituant des liens naturels vers tous les continents à l'heure de la circulation mondiale des images et des produits. Obama va à Hollywood pour affirmer que le cinéma est le fer de lance de l'économie américaine (et depuis longtemps de l'American Way of Life). Et nous, nous ne savons pas assez utiliser notre patrimoine avec ses richesses locales, nos créateurs, nos savants. Nous ne faisons pas totem, signal.

Il faut vite organiser des plate-formes vidéos régionales et sélectionner en anglais ce qui est envoyé dans le monde. Il faut encourager les initiatives. Il faut supprimer la télévision de "service public" qui copie le privé ou lui donner des missions différentes, arrêter le news market, la culture incessant du crime, des faits divers, des catastrophes. Parler de nos mutations et de nos atouts locaux. Tout peut repartir du local.

La dépression généralisée a pourtant gagné les Françaises et les Français, aidée par des dirigeants incapables de parler du futur. Stop. Les enjeux véritables : dire l'aspect crucial et positif pour chacune et chacun des transformations pour un environnement réhabilité, et d'abord pour les plus modestes (air et eaux pollués, malbouffe, pesticides...) ; dire le big bang économique et en terme de communication --comme d'éducation-- du numérique et d'Internet... Droite comme gauche, parlons donc futur au lieu de ratiociner des débats éculés avec des réactionnaires rances et inopérants.

Oui, dans ce cadre rétrofuturo (traditions choisies et innovations), nous pouvons affirmer l'importance du vivre-ensemble local de tous les territoires, ainsi d'ailleurs que le lien linguistique et culturel à développer au sein de la francophonie : la France est un monde, la France est ouverte au monde (voir France-Monde sur facebook). Bref, des atouts et des énergies, il y en a, ne les laissons pas filer ou ne les écoeurons pas, mais encourageons, donnons des perspectives.

Sortir d'une attitude bipolaire, c'est tout remettre à plat, cesser l'hypocondrie d'un côté ou de faire les vieux beaux de l'autre. Un peu de mesure, un peu de langage de vérité et moins de défense égoïste des petits avantages mal acquis de toutes les corporations. Mais pour un allant, une société juste, durable, des savoirs.

Bon, ça me remonte comme une pendule décidément de sortir du territoire... Arrêtons de nous mentir. Une action concrète car jamais je n'arriverai à me résoudre à pareil gâchis, moi qui ai choisi de continuer à vivre en France : je prépare un petit ouvrage théorique en 4 langues (anglais, français, arabe, chinois). Il sera diffusé à la fin de l'année si tout se passe bien.





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01 : 10 : 14

Hong Kong Stories

Comment ne pas penser à nos ami(e)s de Hong Kong ? A cette effervescence sur ce petit territoire à chaleur humide où l'on s'active, pas seulement pour commercer mais aussi pour penser ? Voilà un vrai trésor de cultures hybrides à préserver. Quand la France voit une conjugaison d'égoïsmes se déchaîner à causes de mensonges grandissants, d'absences de perspectives et de refus de clarifications (justice fiscale, renouvellement du personnel politique et de sa constitution sociale, refondation des processus démocratiques quand une minorité des habitants décident de tout sans aucun choix du peuple...), la sage et massive position des jeunes de Hong Kong fait l'admiration de la planète.

En image, voilà une action artistique réalisée sur place avec un des 47 Moving Signs de ce site (cliquez sur le petit dessin qui clignote). Elle consistait à exposer dans un centre commercial du centre-ville de HK le signe "economy is a belief". La chose a du sens, précisément à cet endroit-là.

Mais ne désespérons pas de l'hexagone. Il y aura forcément un réveil. Tant de jeunes comme tant de grands-parents n'attendent que cela ("conjugaison des générations"). Le kidnapping de la pensée française par les néo-réactionnaires est une absurdité. Allons de l'avant. Soutenez France-Monde sur facebook. Continuons à inventer à la base et parlons à la planète. Ne gâchons pas les énergies. Merci Hong Kong !


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04 : 09 : 14

VU DE LA MARONNE

Je rentre d'un été de création dans l'atelier avec vue sur la Maronne. Ca bouge dans le Sud-Corrèze et de façon sympathique. Réservez les 17-18-19 juillet 2015 pour les Rencontres "Histoires de passages..." à Argentat-sur-Dordogne et alentour (magnifique...).

Sinon, nous sommes vraiment sur une planète où la question centrale est devenue celle de la définition du travail et de son organisation. Tout est déséquilibré et ne fait plus sens : la surproduction pour des consommations addictives et l'obsolesence des produits multipliant déchets et pollutions bien sûr. Mais aussi le rapport des salaires et du travail avec des distorsions énormes et la rémunération infiniment supérieure du capital, la nature même de ce qu'on appelle travail par rapport à celle d'utilité sociale, le rapport travail-loisirs vécu comme un enfer et un paradis --ce qui est absurde et nocif--, le couperet de la retraite sans travail à la carte avec modulation des horaires, le big bang nécessaire de l'économie sociale et solidaire comme celui de la proximité et du durable... Les petits boutiquiers qui nous gouvernent à courte vue nous parlent de chiffres au lieu de nous parler des transformations profondes en cours. Il leur faut des tsunamis pour se secouer un peu les méninges. C'est affligeant d'avoir une telle médiocrité de gouvernants et ne peut qu'inciter à s'organiser à la base dans des solidarités primordiales en réseau avec le reste d'une planète liée par des enjeux environnementaux et sociaux communs (voir, par exemple, les initiatives des Colibris ou d'Alternatiba actuellement, correspondant aux idées socioécologistes : www.see-socioecolo.com).

Bon, ça fume et je devrais repartir en Xaintrie peindre et filmer. C'est du travail ? Catalogue raisonné des oeuvres en cours de publication !.... Et bientôt projection du film "Politically InKorect !" au festival Fifigrot à Toulouse (19 septembre, 14h). On vous tient au courant.

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07 : 07 : 14

Eté en images et musiques !

Michel Gondry sourit ! Voilà la dernière livraison de l'émission [decryptcult] (la 11ème...) sur www.decryptimages.net, consacrée à la musique. Outre Gondry --beau et subtil créateur multiformes--, séquences passionnantes avec la Cité de la musique, le Centre national du costume de scène et rien moins que Catherine Le Forestier et Fanchon Daemers venue de Belgique pour des chansons de Raoul Vaneigem, dont une nouvelle inédite ! La vraie richesse, elle est là ! Faites savoir !

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01 : 06 : 14

Cabu : 60 ans de dessins !

Cabu est un dessinateur exceptionnel --comme l'était Jean Giraud/Moebius dans la bande dessinée--, capable d'adapter son style à tous les propos, du croquis sur le vif, du reportage à la caricature. Il s'agit d'ailleurs peut-être du plus grand portraitiste contemporain, ayant un talent unique pour saisir les visages et les expressions en pouvant passer de la description fine des caractères à la déformation la plus violente mais souvent aussi la plus vraie. Bref, c'est un artiste complet, majeur, chroniqueur en images de son temps, ayant porté très haut l'art du dessin (et amoureux des grands anciens de Dürer à Gus Bofa ou Dubout).

Il a heureusement été honoré récemment avec son exposition à la Mairie de Paris (très grand succès) ou de magnifiques albums reflétant vraiment son talent comme Cabu swing.

Voici enfin un hommage en 102 pages couleur pour 28 euros qui fête (depuis 1954) les 60 ans de dessins de l'artiste : Cabu à la ville, Cabu aux champs. Il s'agit d'une sélection de l'exceptionnelle donation de plus de 500 originaux offerts aux collections du Musée du Vivant-AgroParisTech. Ce faisant, nous nous promenons dans les grandes mutations de la planète depuis les années 1950 à travers des situations drôles et la jouissance d'un trait unique.

On t'embrasse Cabu !

Pour se procurer cet album exceptionnel sur 60 ans de dessins, achat en ligne (avec album livré à domicile) sur : http://www.lulu.com/shop/laurent-gervereau-ss-dir/cabu-%C3%A0-la-ville-cabu-aux-champs/paperback/product-21629274.html

 

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07 : 05 : 14

Les déconnectés

Vu de Wallis et Futuna, l’hexagone apparaît beaucoup plus engagé dans un rapport local-global que la France frileuse et déprimée ne l’imagine. Ici, sur ces 3 îles (Wallis, Futuna, Alofi), c’est matériellement le haut débit qui est nécessaire pour des micro-entreprises innovantes collaboratives, autant pour la transformation des activités primaires (agriculture, pêche, élevage) et tertiaires, que pour les activités des nouvelles technologies en réseau régional et planétaire (voir l’exposition : Vagabondages à Wallis, Futuna et Alofi. Parcours d’écologie culturelle). Ces îles aux cultures hybrides ont en effet là autant de chances que la Xaintrie, des quartiers de New York, l’Equateur ou le Burkina Faso.

Pfffff. La pauvreté du débat d’idées hexagonal ressort pourtant par contraste, martèlement créé par une tête d’épingle minoritaire, tandis que beaucoup s’activent ailleurs, déconnectés. Je ne parle pas de l’emprise du fait divers et des news lacrymales pour vendre de l’info, ce serait trop facile. Visons plus intello (parler aujourd’hui d’intelligence, de savoir et de création devient héroïque, quand chacun pleurniche sur son nombril en direct/live…). Prenons l’exemple d’un saint laïc actuel : Edgar Morin. La conjonction des médias traditionnels, très resserrés paradoxalement à l'heure de l'explosion du Net, provoque en effet des focalisations successives mettant en avant des personnages dont il devient commun de faire l'éloge, quand bien même et surtout lorsqu'on n'en sait rien et qu'en plus on n'en a pas lu une ligne. Aujourd'hui, qui se permettrait ainsi de critiquer Edgar Morin en France ? Avec les lignes qui suivent, mon bannissement est donc acté (cela ne changera pas grand-chose au pays des invisibles et, de toute façon, plus personne ne lit les textes de réflexion : il faut hurler ou péter dans des vidéos pour avoir un peu d'écho, c'est l'époque Cyril Hanouna...).

Edgar Morin est effectivement de toutes les conversations et de toutes les citations –précisons : en France, en 2014, et dans certains milieux, et peut-être pas pour longtemps. Lorsqu'il a fallu trouver un grand entretien genre philosophique en fin de campagne électorale de 2012, le journal Le Monde a fait dialoguer bien sûr François Hollande avec Edgar Morin. Le propre, depuis longtemps, de la pensée d'Edgar Morin est d'être une pensée généreuse, sympathique, mais "molle", peu heuristique et peu opérationnelle. Lisez son ouvrage à tendance gouroumachique : La Voie. Vous pouvez être d'accord sur ce qui est dit mais ce n'est ni nouveau ni très opérationnel, comme une compilation de bons sentiments dans l'air du temps. D'ailleurs François Hollande, qui est un pur pragmatique, se fiche complètement de ce que pense Edgar Morin dans la construction de sa politique. Cela dit, Edgar Morin serait un découvreur de nouveaux concepts pour la vie terrestre à venir que cela ne changerait probablement pas grand-chose.

Stéphane Hessel, que j'ai connu dans les années 1990 quand je montais l'exposition sur l'histoire de l'immigration en France  --c'est à dire bien avant que les projecteurs de Frédéric Taddéi ne l'aient brusquement sorti de l'ombre-- n'était pas un théoricien mais un acteur important et déterminé de l'Histoire, au demeurant humainement extrêmement sympathique, avenant, d'une grande élégance d'esprit et d'une grande dignité. Bref, quelqu'un qu'on aime admirer. Combattant de base au nom d'idées, résistant au cours des choses et au sens commun quand cela lui semblait dangereux, il peut être l'emblème d'une exigence à perpétuer pour l'organisation de sa vie quotidienne comme pour les choix théoriques de ses actes. Vu le succès insensé et inespéré de son cri de résistance, il a dû chercher une suite concrète et s'est rapproché ainsi à la fin d'Edgar Morin pour les propositions de sociétés futures.

Tout cela pour dire les défauts du débat d'idées aujourd'hui, l’inadéquation par rapport aux transformations profondes en cours et l'incapacité pour beaucoup à changer de paradigme. Crise des modèles. Nous avons ainsi une offre très décevante en France : une pensée inopérationnelle réactionnaire, du repli ; une pensée tout aussi inopérante de la révolution et des régimes étatiques autoritaires, dont on a constaté les désastres ; entre les deux, le marais majoritaire des gestionnaires sans idées véritables autre que le "pas de vagues, parons au plus pressé", avec un mot d’ordre « l’économie » (c’est fâcheux pour des politiques qui deviennent des techniciens), une idéologie « la croissance » (certes, mais quelle croissance, dans quel but, pour quelle organisation locale et planétaire, quel mode de vie individuel ici et ailleurs ?), et un horizon radieux « le plein emploi » (mais dans quelles entreprises et quelles administrations, avec quelles organisations internes, quel rapport entre travail et actions solidaires à tout âge, quels types de productions et de consommations, quel rapport entre travail et répartition de l’argent, entre économie monétaire et économie de la gratuité… ?).

Dans ce contexte de néant prospectif --cela ne durera pas, je pense, et un grand mouvement local-global pragmatique devrait émerger, mariant les alternatifs comme les collaboratifs, les solidaires et les environnementaux--, ce qui se détache devient toutes ces actions concrètes à la base de personnes qui refusent la privation de démocratie directe et montent des actions solidaires --hors idéologie-- en réseau. Cela peut être aussi bien sûr le fait d'entreprises innovantes. Tout cela forme une "toile" horizontale coupée du niveau supérieur traditionnel mais pouvant converser avec d'autres continents.

Ainsi des "basiques" locaux-globaux amorcent les sociétés de consommateurs-acteurs, de spectateurs-acteurs. Cela fait des années que je plaide pour un retour au local dans des réalités stratifiées. Voilà la seule façon de lutter contre le repli réactionnaire : faire comprendre aux populations qu'elles peuvent marier des traditions choisies --parfaitement légitimes et même indispensables comme ancrage-- avec des transformations voulues (le rétrofuturo). Dans ce sens, refusant la morosité générale et l'immobilisme étatique des notables gestionnaires, ces basiques s'inventent des modes de vie sur le terrain et échangent entre eux. Célébrons et encourageons donc l'ère des basiques. Ils ne préparent pas la révolution car ils n'ont plus rien à faire des substrats, indifférents, ils avancent solidaires entre eux, ce sont les DECONNECTES, connectés horizontalement.

Pensons alors la déconnexion douce.

On pourrait en rester là, car l'écoeurement est total en France avec une berlusconisation de la vie publique doublée du triomphe des administratifs gestionnaires sans idées, interchangeables et occupés avant tout de leur carrière. Le pire est encore la berlusconisation, dont la sphère Sarkozy ou Cahuzac sont les emblèmes.  Elle s'entretient par la judiciarisation de la vie politique qui permet le triomphe des avocats : Fin de l'ère de l'écrit, primat de l'oralité (twitter reste encore dans l'interjection et la petite phrase). Triomphe donc des grandes gueules professionnelles, spécialistes de la colère feinte et du mensonge claironné, pouvant changer d'avis tous les jours au gré de l'opinion. Même gravement en faute, avec opportunisme et culot d'acier, ils ne cessent d'attaquer et de proclamer leur innocence. C'est le règne de la péroraison sans principe (entretenant le news market) et du mensonge-roi : Bernard Tapie fut un guide.

Que faire ? Continuer à écrire, penser, agir éthiquement et refuser ce qui n'est pas acceptable, le coeur réchauffé dans cette société à deux vitesses parce que la générosité occupe encore beaucoup de concitoyennes et de concitoyens. La République des avocats ou des énarques n'est décidément pas une République pour l'ensemble de la population. Le décrochage ne pourra ainsi que s'amplifier, à moins d'un sérieux correctif.

Peut-on cependant se satisfaire de ce pourrissement et se réfugier sur son Aventin ? Qui a le sens profond de l'intérêt public ne le peut pas malgré l'envie de vômir face au cynisme des puissants coagulés en meute et en place depuis 30 ans et plus. A quoi servirait de crier : ça va péter ! Slogan de plus. Et si la cassure apporte un bordel liberticide, est-ce une solution ? Alors, devant l'affligeant spectacle actuel du néant programmatique (ce n'est pas le social-libéralisme qui va mobiliser les foules...) et des "affaires" en litanie, favorisant les conservatismes réactionnaires nationalistes (on va vers ce qu'on connaît), répétons encore une fois quelques convictions fortes.

Disons-le donc à nouveau, les seuls objectifs susceptibles de motiver la jeunesse pour la gauche sont la justice et la durabilité : une gauche socio-écologiste, un Mouvement solidaire (solidaire socialement et solidaire sur les questions environnementales). Une conception spirituelle du monde fini et de la défense de la diversité (biodiversité et culturodiversité).

La droite républicaine, elle, se trouve désormais coincée entre un nationalisme souvent xénophobe et la droitisation libérale du Président de la République : un piège politique susceptible de la faire exploser. Elle devrait en fait se servir de ce que la gauche n'a pas utilisé : le local-global. La droite doit ainsi se localglobaliser dans son discours, c'est-à-dire défendre des traditions choisies et la proximité, tout en inscrivant cela dans l'innovation et les échanges planétaires : je suis d'autant plus d'Argentat que je commerce ou dialogue avec l'Indonésie. Il reste donc à la droite de devenir "tradinov", un Parti de la tradition et de l'innovation. Socioecolo et tradinov, Mouvement solidaire et Parti de la tradition et de l'innovation, avec ces nouveaux concepts idéologiques nous aurions des débats autrement plus intéressants et des perspectives pour l'ensemble de la société --dans une nécessaire conjugaison des générations en évitant l'actuelle fracture générationnelle très délétère.

Faute de quoi, ce localisme mondialisé décroché s'imposera sur le terrain, mais au risque de ruptures violentes et d'affrontements communautaristes et nationalistes dans des sociétés fracturées du chacun pour soi à la recherche de l’autarcie autoritaire. Il est urgent donc de se motiver sur le futur. Il est urgent de repenser les axes politiques, de renouveler l'offre et le personnel politique (notre classe politique est nécrosée). Une déconnexion douce et une reconnexion motivée.

Mister Local-Global

Futuna, le 27 avril 2014

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01 : 02 : 14

BESOIN D'HISTOIRE

Le numéro 6 du vidéomagazine |decryptcult] sur www.decryptimages.net  est consacré au thème d'une actualité brûlante : L'Histoire instrumentalisée?  Il le traite par une réflexion de fond sur le passage du "devoir de mémoire" au "besoin d'histoire", au temps des dangers de fracturation de la société par les querelles de mémoires et l'affrontement des communautés. Il pose des questions essentielles sur une vision prospective de la science historique, stratifiée entre l'histoire locale longue (indispensable pour savoir le passé de là où on vit), l'histoire régionale, nationale, continentale et terrestre. A voir et à écouter absolument dans son ensemble, notamment les entretiens structurants sur ces questions avec Benjamin Stora, Laurent Véray (indispensable au temps des commémorations tous azimuts de la Première Guerre mondiale) ou Pierre Laborie (sur la Deuxième Guerre mondiale, l'anachronisme et la question de l'extermination juive).

Sinon, à titre personnel, je considère pour différentes raisons que la vieillesse débute aujourd'hui samedi 1er février 2014. C'est ma troisième phase de vie, une nouvelle aventure que je commence à bâtir. Plus sereine probablement mais pas moins active, plus intransigeante sûrement par rapport à la cacophonie médiatique et l'imbécillité bureaucratique. Je peux mourir maintenant (même si je ne le désire pas et ferai tout pour continuer à créer) : j'ai laissé des traces dont je suis fier. Mais, ayant subi des injustices notoires que je n'oublierai jamais, ayant semé sans récolter, je demande désormais du respect et de la dignité. Mon retrait des agitations s'accompagnera ainsi d'un refus, dans le temps qui me reste à vivre, des médiocrités ambiantes, dont la société en général pâtit d'ailleurs gravement. De nature généreuse, positive et gentille, je vais apprendre à être désagréable et à bannir les importuns qui vous utilisent sans jamais rien vous apporter. A force d'attendre en gare et de voir passer des trains qui ne s'arrêtent pas, on finit par comprendre que la désaffection est organisée au profit des puissants et qu'il vaut mieux saisir sa valise et s'intéresser à la campagne.

Mes messages artistiques (catalogue raisonné des oeuvres depuis 1969 en ligne sur ce site bientôt ; sortie prochaine du 8e et dernier long-métrage du cycle cinéma-espresso : Spectateur), philosophiques et politiques sont visibles. Alors, mon seul regret n'est pas d'avoir à continuer de batailler avec l'argent et les dettes (j'ai passé ma vie à travailler bénévolement, ce qui m'a permis d'être libre et d'innover), mais de n'avoir pas pu peser davantage sur le cours général des agissements collectifs de mon époque : on parle, on montre dans l'indifférence et l'invisibilité. Rien n'est pourtant perdu sur ce terrain : souvent la périphérie devient le centre. Voilà donc un beau but pour vivre encore, alors que la planète subit une des mutations les plus importantes de son histoire humaine.

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06 : 01 : 14

Le Renouveau est lancé !

Causer avec le peintre Combas, c'est une chance, comme apprendre le gamelan javanais avec la Cité de la Musique. Voilà les mises en valeur durables dont nous avons besoin. Alors, regardez, picorez et faîtes savoir : [decryptcult] #5 est en ligne sur www.decryptimages.net. Vous constaterez la qualité des intervenants et des interventions (du multimedia par le directeur de la Gaîté Lyrique à Laurence Bertrand Dorléac nous expliquant pourquoi nous n'aimons plus la guerre, en passant par Mathieu Pernot, Cabu, Kiki Picasso avec Olivia Clavel, Baudoin et tant d'autres). Allez, le Renouveau est là, dont nous avons besoin, toutes générations confondues ! Les médias-relais vont se développer en suivant ce modèle d'émission mettant en valeur les savants et les créateurs, toutes celles et tous ceux qui sont en fait nos trésors vivants et nous permettent d'inventer ! Nous innovons et rendons service...

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02 : 12 : 13

[decryptcult] #4 : montrer sa trombine ?

Aragon masqué à la télévision analysé par Daniel Bougnoux, le secret en littérature avec les lettres de Perec, les zones d'ombres d'Internet avec F.B. Huyghe, les "invisibles" de banlieue par la photographe Nadine Barbançon, le clip ou la cinéphilie... et tant d'autres sujets passionnants dans [decryptcult] #4. Le magazine culturel mensuel indépendant a trouvé son succès et son rythme : de l'exigence, des gens compétents (Cité de la Musique, les "paysages de banlieue" vus par l'écomusée du Val de Bièvres, la "scénographie de la rupture" au MEN de Neuchâtel...), des créateurs variés (BD et les éditions Polystyrène ou Roberto Platé avec Marie Binet ou l'Indus Experimental Noise à Saint-Nazaire), des expériences innovantes de terrain racontées par Gilles Luneau (la CoopCultu sur globalmagazine.info)...

C'est très désagréable de montrer sa trombine mais le plaisir du talent des autres forme une sacrée compensation, une belle bouffée d'espoir et d'énergie, dont nous avons tous besoin !

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24 : 11 : 13

ET SI ON REGARDAIT LE FUTUR ? La schizophrénie écologique

(dessin de Cabu)

Ce texte exprime à la fois une exaspération devant le "Hollande bashing" et la volonté d'aider à secouer les consciences pour remettre le pays en marche, ce qui est l'intérêt de tous, droite comme gauche. Il porte des propositions à partir des principes de justice, de durabilité et de diversité (biodiversité et culturodiversité). Parallèlement, s'est ouverte une page facebook "France-Monde" pour affirmer la volonté d'un antiracisme décomplexé dans une France ouverte, toutes générations confondues, de façon à continuer l'innovation, la prospective, à porter encore des messages universalistes, contre les tenants minoritaires d'une France rabougrie et peureuse. Soutenez, bougez !


Dès 2005, alors que Jacques Chirac tentait de parler aux « jeunes » en se montrant tout à fait déconnecté de leurs préoccupations, j’identifiais une « fracture générationnelle » et publiais chez Sens & Tonka Bas les pattes sur l’avenir !. Cette fracture a depuis été confirmée dans les chiffres et dans les faits, entre une partie des retraités ayant l’argent et les leviers de pouvoir et une jeunesse dans la précarité, sauf à être cooptée par des parents favorisés. En 2011, je publiais gratuitement sur un site lancé par des étudiants (www.fauteuiltronik.com ) Halte aux voleurs d’avenir ! (désormais en lecture gratuite dans la rubrique « idées… » de ce site) avec un dessin-préface de Willem et une post-face d’André Stas. Constatant l’existence désormais d’un troisième âge et d’un quatrième âge dû à la longévité faisant qu’une bonne partie des « jeunes retraités » restent socialement actifs et ont des solidarités intergénérationnelles notamment avec leurs petits-enfants, j’ai développé le concept de « conjugaison des générations ».

Alors, qu’est-ce qui ne va pas pour ces générations conjuguées ? La panne idéologique. Après le trop-plein d’idéologies fermées, l’absence de cap. C’est grave et tout le monde le dit. Comment redonner espoir et buts concrets pour des gens qui n’attendent que cela ? Le petit livre Tu es plurofuturo ? est une réponse à cette question en dessinant les nouvelles fractures planétaires. Ainsi, remettre en marche la boite à idées dans une vision qui ne soit pas passéiste et réactionnaire ou xénophobe (les « monoretros ») nécessite en fait de se replonger dans les racines de la pensée libertaire et utopiste du XIXe siècle, en y ajoutant les expérimentations et les innovations liées à l’impératif écologique matériellement et culturellement (le « rétrofuturo »). Tout cela à l’aune d’un big bang mental qu’est la philosophie de la relativité (Pour une philosophie de la relativité, voir la rubrique « livres » de ce site), leçon de tolérance du vivre-ensemble planétaire et défense de la diversité contre l’uniformisation commerciale et la normativité de sociétés de la surveillance généralisée.

Alors, allons-nous enfin regarder le futur en France ? Donner des buts, des perspectives à nos générations conjuguées ? Les socialistes vont-ils enfin devenir socioécologistes avec un vrai Bad Godesberg dans ce domaine plutôt que d’avoir l’air de traîner des pieds et de céder à des lobbies d’arrière-garde ? Nos écologistes rassemblés dans une fédération vont-ils jouer leur rôle de laboratoire du futur ouvert, de force de propositions même contradictoires, plutôt que d’adopter les pires attitudes sectaires et partisanes ? En France, le rôle du Président de la République reste crucial, même affaibli par le quinquennat. François Hollande a la chance historique de prendre de la hauteur en donnant des perspectives. Voyons donc comment et pourquoi nous pouvons sortir de notre schizophrénie écologique.

La schizophrénie écologique française

Vu de l’étranger, le rapport qu’entretient la France avec la notion d’écologie stupéfie. La population est prête à hurler à la première crise sanitaire ou sur les scandales de la malbouffe. Le jour où se produira un léger accident nucléaire ou la preuve des effets cancérogènes des pollutions des eaux ou de l’air, sans compter les inondations climatiques, tout le monde sera en émoi. Aucune Française ou aucun Français n’ignore la destruction de la biodiversité, ni la disparition accélérée de cultures anciennes traditionnelles sur d’autres continents comme chez nous. En attendant, la mode est à moquer l’écologie en la considérant comme une pratique sectaire pour bobos. Le parti politique qui est censé porter ses valeurs n’a jamais été aussi affaibli, pendant que le « green washing » sert à vendre. La France a donc un comportement schizophrénique par rapport à cette question.

Tout cela vient d’abord d’une méconnaissance totale de ce qu’est l’écologie et ensuite de partis politiques –écologistes compris—qui masquent trop en public les grandes mutations de l’époque.

Une écologie pour tous

Le mot « écologie » a été inventé par un disciple de Darwin, l’Allemand Ernst Haeckel, en 1866 pour désigner une discipline scientifique. Et c’est resté une discipline scientifique jusque vers 1970. Pour autant, les questions touchant l’écologie, c’est-à-dire les rapports des humains avec l’environnement, sont prégnantes depuis l’aube de l’humanité, faisant d’ailleurs que la conception animiste d’un « tout » liant humains-animaux-végétaux-minéraux-cosmos rejoint celle des scientifiques aujourd’hui. Malgré la volonté de mettre la nature au service des humains ou aussi d’en faire l’inventaire (Cook, Humboldt, Bougainville…), des penseurs comme Goethe, Rousseau, Thoreau, Reclus, ont insisté sur l’importance environnementale.

Même si l’idéalisation de la nature au temps des villes et des industries a servi les totalitarismes, comme la défense des traditions locales (sous Pétain), les libertaires et socialistes avaient déjà ouvert la voie du retour à la nature et au corps « sain » et sportif. La critique de la société de consommation dans les années 1960, portée par la pop musique et la jeunesse, a donné un éclat singulier à ces aspirations. Si l’écologie, comme le féminisme, sont absents des revendications de mai 1968 (alors que présents déjà dans le mouvement hippie), elle s’impose en 1970 avec le symbole de la première journée de la Terre lancée aux Etats-Unis. Très minoritaire d’abord, comme lorsque René Dumont montre son verre d’eau à la télévision en 1974, cette question est portée par des associations puis des partis.

Après le sommet de Stockholm en 1972 où René Dubos et Barbara Ward lancent « penser global, agir local », la prise de conscience planétaire grandit jusqu’à aujourd’hui, submergée d’ailleurs par les réalités. Car si les catastrophes ont accompagné les prises de conscience, toutes les questions de 1970 ont changé complètement d’échelle. C’est bien la qualité environnementale du devenir humain qui est en jeu. Et pas pour demain. Les mers, les terres, l’air sont pollués massivement sur tous les continents. Se nourrir durablement, c’est-à-dire sans abîmer l’environnement ni la santé par la malbouffe, n’est assuré nulle part. Partout dans le monde, les populations sont entrées dans une consommation addictive qui les asservit en provoquant la surproduction de biens et l’hyperconcentration financière. L’acculturation et la déculturation sont générales, provoquant des états de dépression massive ou des raidissements communautaristes violents. La biodiversité est attaquée comme la culturodiversité, alors que nous vivons sur une planète interdépendante, une planète relative.

L’écologie est donc notre enjeu commun, à la fois d’un point de vue individuel et collectif. L’écologie est une question de philosophie, de politique, d’économie, de culture, de vie quotidienne. Comment peut-on pourtant la minorer aveuglément et en faire un sujet politicien ou sectaire, marginal, un gadget énervant ?

Une Fédération écologiste, laboratoire devant s’ouvrir aux agriculteurs et aux entreprises

Depuis les origines, la question de la légitimité et de la nécessité d’un parti écologiste s’est posée. L’écologie, concernant l’ensemble du peuple dans sa vie quotidienne, traverse les courants, les convictions, comme les frontières. Issue de la recherche scientifique, il est nécessaire qu’elle continue de toute façon à s’appuyer sur des réseaux de terrain variés et des expériences qui peuvent être dissemblables voire opposées. C’est là où, quand certaines personnes peuvent avoir des positions radicales et très arrêtées, la mouvance écologiste ne peut être qu’une fédération de sensibilités différentes et n’a d’intérêt que si elle apparaît comme telle.

Une mouvance écologiste est un lieu de réflexion et un laboratoire à propositions. Au lieu de moquer les dissensions, il faut affirmer cette pluralité : c’est ce qui montre justement que ce n’est nullement une secte. Il s’agit au contraire d’un endroit pour débattre et proposer des solutions multiples à la population et à ses représentants, en liaison avec les réflexions planétaires. Un lieu d’accueil des associations, des acteurs économiques, des chercheurs, des créateurs, ouvert, qui permet d’alerter et de défendre des solutions pour l’intérêt collectif contre les lobbies circonstanciels. Daniel Cohn-Bendit l’avait bien senti avec son idée de coopérative.

Voilà ce dont notre pays a besoin urgemment : un rassemblement pluriel écologiste pour porter les grands débats de notre présent et de notre futur. Une fédération laboratoire avec deux chantiers prioritaires sur lesquels nous voudrions insister.

Vue la mutation profonde des campagnes et du monde paysan, il est essentiel en effet de réaliser un nouveau pacte environnemental avec les agriculteurs et les ruraux. Au-delà de la seule agriculture biologique, il faut affirmer l’importance des agricultures raisonnées, des circuits courts, du maintien de services publics et de commerces de proximité, d’un tissu ville-campagne en continuité et en synergie par les activités économiques. Il est temps de se soucier de la qualité des sols, des paysages et de la faune, certes, mais aussi de prendre en mains toute une écologie culturelle qui défend une vision rétrofuturo : marier la défense de traditions choisies et les innovations. C’est pourquoi les écologistes devront se poser par exemple la question d’une chasse raisonnée, question que nous comprenons en pays Inuit et pas ici.

En dehors de cette réconciliation avec les campagnes, une Fédération écologiste doit plus clairement se convertir à la mutation économique, affirmer ce fer de lance de l’avenir : la transition écologique. Parler d’économie et défendre les entreprises, en les encourageant à des pratiques éthiques en interne et en externe –dans leur intérêt d’ailleurs. Le développement durable est là, liant impact environnemental et social. Bien sûr, les économies non-monétaires, alternatives, les coopératives, l’économie sociale et solidaire, l’action économique des associations… tout cela est à encourager. Mais il faut prendre à bras le corps aussi les chantiers des nouvelles technologies, de l’agroalimentaire, de la transition énergétique, des modes de déplacements. C’est un verdissement général de l’économie qui est souhaitable et durable. C’est cela qui créera des emplois et une nouvelle conception noble du travail pour les jeunes : l’écologie, c’est aussi du social. Il faut cesser ainsi un discours du « il ne faut pas » pour montrer ce qu’il faut. Passer de l’outil de la peur à celui de la proposition et de l’invention.

Toutes ces pistes ne pourront se faire utilement et concrètement néanmoins que si le parti socialiste remet lui aussi en route son logiciel prospectif. Il a montré qu’il savait gérer depuis les années 1980. Maintenant, les habitants attendent de lui qu’il sache inventer et donner de l’espoir et des buts.

Un PS redynamisé autour de la justice, des nouvelles technologies et de l’écologie

Le parti socialiste a en effet tous les pouvoirs dans notre pays. Il est délégué par les Français avec une représentation massive. François Hollande s’est fait élire nettement, mais sur le rejet de Nicolas Sarkozy. Il a commencé à avancer masqué : ce que j’ai appelé la « shadow policy ». Cela ne peut plus suffire maintenant sans la définition de caps fondés sur des valeurs et une analyse de ce que c’est qu’être dans une France-Monde (voir « Nous sommes tous des Africains » dans « idées…» sur ce site et sur www.globalmagazine.info ). Lionel Jospin l’a vécu cruellement : même de bons chiffres éventuels à venir ne permettront nullement, à eux seuls, de rebondir.

François Hollande a démarré sa campagne électorale en axant son programme sur la jeunesse. Il a eu raison. Beaucoup d’analystes politiques le soulignent : il doit à nouveau parler à la jeunesse pour parler à l’ensemble du peuple au temps de la conjugaison des générations. Ce n’est plus du « jeunisme », c’est le moyen de se montrer prospectif. Certes, pour satisfaire un électorat vieillissant, la gauche avait besoin de montrer qu’elle n’était pas laxiste et que la sécurité est aussi un gage d’égalité. Mais elle est d’abord attendue sur des thèmes forts pour construire la société de demain.

La justice en premier lieu avec notamment –on en parle abondamment aujourd’hui-- un grand plan de justice fiscale annoncé qu’il faudra vraiment et courageusement mettre en place. Au temps du désabusement, seul le courage paie. Mais la justice, c’est aussi n’oublier personne dans une société qui ne doit plus avoir des territoires « maudits » (campagnes ou banlieues) et des habitants laissés pour compte. Cela implique, nous l’avons dit, toutes les générations. Il faut donc encourager la conjugaison des générations et supprimer les retraites-couperets. La démocratie locale et l’engagement culturel et social sont de toute façon le socle de notre réalité stratifiée locale-globale qui a besoin de relais et de revivification dans un retour au local, à ce sur quoi nous pouvons agir directement.

Parier sur la jeunesse, ce n’est donc pas faire du jeunisme, ce n’est pas se couper des vieux. Parier sur la jeunesse, c’est mettre en mouvement l’ensemble de la population dans des solidarités désirées. Et qu’est-ce qui intéresse les jeunes ? Qu’est-ce qui les mobilise ? Les nouvelles technologies et l’écologie, deux domaines destinés à transformer profondément nos organisations économiques planétaires. Ce n’est donc plus la peine de reculer et d’attendre que les mégalopoles chinoises ou indiennes nous apprennent les bonnes pratiques.

Ne faisons pas plus long (j’ai développé cela à travers de nombreux livres, articles et films depuis des années) sur ces pistes inévitables. La « voie » (comme l’écrivait Edgar Morin) est limpide : n’ayons plus peur, n’utilisons plus cette peur délétère qui paralyse et favorise les extrêmes, qui est en plus un dépresseur économique. Remettons le pays en marche positivement.

Le court-termisme et l’obsolescence accélérée de l’actualité –perversions de notre époque—sont de toute façon très dangereux en rongeant complètement la crédibilité des représentants. Une pensée durable, stratégique, devient plus que jamais nécessaire et gagnante. Contrairement à ce que pensent les agences de communication sur l’accompagnement progressif des décisions par le mensonge public et l’orientation périphérique de la focalisation médiatique, les populations récompenseront la clarté et la vision. Il faut naturellement ensuite en tirer les conséquences et anticiper : par exemple, cesser d’entretenir des espoirs sur des techniques vouées à l’échec. Faire d’une nécessité à venir un choix du présent. Tout le pays (même la droite) l’attend et a intérêt à ce que le climat détestable actuel cesse. Réfléchir ensemble.

Les pistes sont donc là. C’est au Président de la République de prendre la mesure de son rôle historique, alors que nous basculons vraiment d’un monde dans un autre. Il aura son parti élargi mobilisé sur des caps et une population qui sortira de la peur pour inventer à nouveau et encore notre futur collectif.

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