25 : 02 : 13

Il faut réveiller l'Histoire

[Ce texte de fond vient à son heure : l'heure où triomphe le futile et la gestion égoïste à courte vue. La mort de Stéphane Hessel résonne d'autant plus. Quand je l'ai associé à l'exposition sur l'histoire de l'immigration en France en 1998, il était âgé déjà mais ignoré des médias et du grand public. Vif, ouvert, c'était pourtant un vrai plaisir de l'accompagner en devisant. Je fus marqué des années plus tard, lors de l'inauguration de la Cité de l'immigration : anonyme, debout dans le fond près du mur droit, ignoré, caché. Si bien que je suis allé causer avec lui. Un bel esprit pour lequel j'avais du respect, comme pour Jean-Louis Crémieux-Brilhac, que j'apprécie infiniment, ou Michèle Bernstein. Leurs propos vous honorent et vous contraignent à une certaine hauteur de vue : un bonheur que cette culture spontanée, fine et drôle. Ils nous illuminent, même si résister à la médiocrité est sûrement plus ardu que résister à la répression. Au nom de ces personnes, il ne faut rien lâcher de l'exigence, quitte à être sans cesse à rebrousse-temps. Les sourds finiront par entendre (ou leurs enfants).

Au nom de ces personnes, il importe ainsi de persévérer à tenter de regarder "large", grand angle, malgré la purée de pois ambiante.

Alors, aujourd'hui, nous pourrions probablement considérer le XIXe siècle comme un temps d'utopies se voulant progressistes (même à travers les errements de l'industrialisation et du colonialisme) après les révolutions américaines et françaises. Le XXe siècle, à rebours, peut se lire comme le temps de l'autodestruction humaine : guerres mondiales, pollutions planétaires, épuisement des énergies fossiles, bombes atomiques, exterminations, destruction des cultures, hyper-concentration de la finance, surpopulations, misère généralisée des consommateurs addictifs... Tâchons donc de faire du XXIe siècle le siècle de la morale, du choix moral, et, ce faisant, le siècle de la reconstruction planétaire. Soyons des utopistes du XIXe siècle avec le pragmatisme hérité des catastrophes du XXe siècle. Mêlons toutes les bonnes volontés, car nos nouvelles sociétés seront issues d'initiatives de terrain, comme veut en rassembler la Coopliberterra, ouvertes, de l'économie sociale et solidaire, des B Corporations (B Corps) ou des Colibris et de tant d'autres mouvements : l'emploi et le vivre-en-commun ne peuvent venir de la seule macro-économie mais des micro-actions en réseau par la mobilisation de chacune et chacun : RECONSTRUISONS par nous-mêmes]

[et, c'est un signe, je reçois ce matin --1er mars--, au sujet de l'article ci-dessous, ce mot délicieux envoyé du Collège de France : "Frère Gervereau, Je fais circuler autour de moi. Merci. Amitiés. Daniel Roche"]


La sortie de deux livres récents doit nous alerter sur un basculement nécessaire en ce qui concerne la science historique, celle que Gérard Noiriel considérait déjà en 1996 comme en « crise » (en demandant alors le développement de la « socio-histoire »). En effet, Christophe Charle d’abord, dans Homo Historicus (commenté dans ces colonnes par Antoine de Baecque), rassemble des articles où il stigmatise l’invention d’un « âge d’or supposé » permettant de se désoler de la perte d’influence du modèle historiographique national. Il y voit le moyen pour quelques mandarins de verrouiller nostalgiquement un système qui leur profite et dont ils ne veulent pas comprendre l’obsolescence. Le second livre est celui d’un mandarin justement, qui fut un des acteurs de cette déploration (L’Histoire est-elle encore française ?, 2011), Jean-François Sirinelli. Ce dernier appelle désormais à Désenclaver l’histoire. Prenant en compte une « culture-monde » au XXe siècle, il tente d’en reconsidérer la périodisation.

Voilà des signes, des signes que la science historique doit maintenant sortir d’égarements et de sujets battus et rebattus. Il existe paradoxalement toujours une dimension anachronique dans la manière dont les individus, à chaque époque, se penchent sur le passé : nous nous intéressons à hier pour des raisons d’aujourd’hui. C’est d’ailleurs à l’historienne et à l’historien de sans cesse rappeler le contexte pour éviter des distorsions et des instrumentalisations.

Aujourd’hui, dans notre paysage en complet bouleversement, il importe donc d’offrir de nouveaux caps aux jeunes professionnels dont les intérêts se sont considérablement élargis. Pour ce faire, mettons en avant trois chantiers prioritaires : réaffirmer l’importance du travail historique par rapport aux multiples dérives de la « mémoire » ; commencer à mettre en place une « Histoire stratifiée » (« Laminated History »), comparatiste, du local au planétaire ; prendre en compte la multiplication exponentielle des documents iconographiques en en faisant des sources comme d’autres (l’Histoire ne peut se baser seulement sur l’étude de l’écrit) et l’objet d’une Histoire spécifique du visuel, histoire générale de la production visuelle humaine (qui englobe l’histoire de l’art ou des arts).

Sortir des errements de la mémoire

Lorsque Pierre Nora fait paraître en 1984 le premier tome des Lieux de mémoire, cela intervient dans un temps de basculement de civilisation dont la vogue des écomusées est l’expression. Les campagnes françaises se sont modifiées dans les années 1970 comme jamais. Les bases de la construction nationale élaborée au XIXe siècle, et dont Notre premier livre d’histoire de Bernard et Redon illustré en 1955 par Henri Dimpre est exemplaire (il servira largement au cours des années 1960), s’effritent. Les luttes politiques et culturelles contre la société de consommation accréditent alors ce basculement du milieu des années 1960 (1967 probablement d‘ailleurs) mis en avant par Jean-François Sirinelli.

Les lieux de mémoire furent ainsi une sorte d’inventaire des signes de l’identité nationale dans le temps de son délitement. Reconnaissons au directeur de l’entreprise –Pierre Nora—d’avoir saisi les dangers de l’exercice dès son introduction générale. Il séparait bien conceptuellement l’histoire, « reconstruction problématique du passé », et la mémoire, qui est un « absolu », un absolu pouvant inclure des erreurs factuelles. La grande dérive est venue du succès de la notion. En effet, des groupes, souvent communautaristes, ont sauté sur l’occasion pour réclamer un « devoir de mémoire » dans des mémoires victimaires concurrentielles (Shoah contre esclavage, par exemple). Les politiques s’en sont emparés pour confondre commémoration et histoire, fondant des institutions commémoratives au futur précaire, au lieu de cérémonies et de monuments du souvenir.

Dès la fondation de l’Association internationale des musées d’histoire en 1991, j’ai moi-même alerté sur ces dangers en insistant sur la nécessité de créer de vrais musées d’histoire en liaison avec les scientifiques. La mémoire peut y être racontée ou collectée, à condition qu’elle vienne en complément de parcours historiques solides. Ce fut le cas au Deutsches Historisches Museum de Berlin comme au Musée-Château des ducs de Bretagne à Nantes. Et le retour à l’histoire s’est manifesté ensuite à Saint-Quentin-en-Yvelines, passé d’écomusée à « Musée d’histoire de la ville ». Tout aussi significatif, à Caen, le Mémorial est désormais : une « Cité de l’histoire ». Nous passons ainsi du devoir de mémoire au besoin d’histoire, quand les repères de base manquent.

Mais il y eut de nombreuses dérives dangereuses. Elles se cristallisèrent autour des fameuses lois mémorielles, aboutissant à la création de l’association Liberté pour l’Histoire, fondée autour de René Rémond en 2005. Ironie des temps, Pierre Nora la dirige désormais, ce qui est un signe. Les politiques se sont rendu compte que la mémoire ouvrait la porte au communautarisme et à la fracture dangereuse du vivre-en-commun dans notre pays. Les historiens, de leur côté, se sont émus d’une histoire instrumentalisée et orientée dans ses buts et dans ses recherches.

Pour avoir réalisé des manifestations publiques pionnières sur la propagande sous Vichy ou la guerre d’Algérie, l’histoire de l’immigration en France ou l’affaire Dreyfus, je puis témoigner que seul le travail historique problématisé collectif permet d’aborder et de présenter au grand public des éclairages sur des questions délicates. Il est donc important aujourd’hui d’inciter la jeune génération à s’inscrire dans les voies exigeantes de la recherche historique, même s’il pourrait être tentant d’accompagner des entreprises mémorielles ou de céder à la vague commerciale de l’histoire-anecdote et de l’histoire-célébration des puissants (posant d’ailleurs la question de la fonction du service public télévisé).

Voilà pour la méthode. Mais faire travail historique sur quoi ? Quelles sont les priorités ?

Le local-global, dimension permanente d’une « histoire stratifiée »

Pour comprendre nos nécessités actuelles, il faut se promener dans les classes du primaire, ou des collèges et lycées. Nous avons partout des enfants issus de tous les continents. Il n’est plus possible donc de juste leur expliquer l‘histoire de la construction nationale, ni à leurs camarades d’ailleurs au temps de la mondialisation des échanges.

Pour ce faire, d’aucuns pourraient vouloir « noyer » les histoires nationales dans une histoire mondiale. Ce serait une erreur. Notre compréhension du présent et du passé suppose désormais d’en saisir l’aspect « stratifié » : du local au national, du national au continental, du continental au planétaire. Il s’agit donc d’une histoire-territoire qui, partant de la constatation des frontières du moment, embrasse le temps long (depuis la préhistoire) de ce territoire en l’inscrivant aussi dans le passé de ses composantes et d’échanges et d’influences qui excèdent ce territoire.

il est très important pour ce faire d’abord de réveiller l’histoire locale. Elle a un sens fort à Nice, à Guéret, à Quimper, Strasbourg ou Pointe-à-Pitre. Et ce sont des histoires locales et régionales fortes, tellement différentes. Chaque enfant doit savoir où il habite, le passé de là où il réside. Il habite sur un territoire avec un peuplement humain depuis la préhistoire. Cela nous contraint alors à expliquer aussi l’histoire continentale et l’histoire terrestre (dite « globale ») depuis l’apparition d’homo sapiens (et même avant). Ce faisant, les circulations seront mises en avant, comme les influences : il n’existe aucune civilisation « pure ». Et même les religions ont une histoire.

La mondialisation est en fait constitutive de l’humanité. C’est ce que nous apprennent les préhistoriens, des chercheurs comme Serge Gruzinski pour la Renaissance, ou des cas particuliers (trésor de Begram en Afghanistan, rassemblant des pièces grecques antiques, chinoises, de la vallée de l’Indus ; tombes de Mapungubwé au nord de l’Afrique du Sud, avec objets africains, de Pondichéry ou de Chine (dynastie des Song)). Voilà pourquoi tous les enfants doivent disposer des rudiments d’une histoire planétaire avec tous les continents, qui sera aussi un moyen de comprendre la diversité des civilisations et de sortir d’une vision coloniale européo-centrée.

Mais bien-sûr, dans cette histoire stratifiée comparatiste, il est essentiel de comprendre la construction de l’histoire nationale, ses éléments culturels (dont la langue), et, pour le cas de la France, ce que furent et ce que sont ses messages universalistes. Cette histoire n’est ni une histoire des dirigeants, ni une histoire des peuples. Elle aborde tous les aspects. Elle n’est ni laudative ni de contrition, elle étudie les faits et en montre les diverses facettes. Bref, elle essaie de rester scientifique, de prendre en compte les dernières remises en question, les derniers états de la recherche. Enfin, même si elle est problématisée, elle se fonde sur la chronologie, car le besoin de repères spatio-temporels se révèle essentiel aujourd’hui. Elle reste un ciment central de compréhension du vivre-en-commun.

Ainsi, les besoins pédagogiques vont dégager des pistes considérables pour une histoire stratifiée ouverte, indispensable partout sur la planète, rappelant le passé local et nos grands mouvements mondiaux.

Mais peut-on pour cela continuer à survaloriser le texte comme source (et comme outil pédagogique d’ailleurs) ? C’est impossible à Begram comme à Mapungubwé. C’est absurde pour la guerre d’Algérie comme pour les Twin Towers.

Le visuel : source d’études parmi d’autres et matière d’une histoire générale nécessaire

Lors du colloque-bilan de 2006 que j’avais organisé avec Christian Delporte Quelle est la place des images en histoire ?, deux conclusions sont apparues nettement : les images (ou le visuel pour adopter un terme plus général) sont des sources parmi d’autres pour les historiens ; de même qu’il existe une histoire de l’art, ou des histoires des arts, il est légitime et nécessaire de travailler aujourd’hui sur une histoire général du visuel combinant la production artistique et non-artistique.

Que le visuel soit une source indispensable, les préhistoriens, historiens de l’Antiquité (Jean-Pierre Vernant, François Lissarague) ou du Moyen-Age (Jacques Le Goff, Michel Pastoureau, Jean-Claude Schmitt) et des périodes classiques (Daniel Roche ou Joël Cornette), l’ont intégré depuis longtemps, d’autant que pour certaines périodes l’écrit manquait. Il n’en fut pas de même pour des pionniers comme Michel Vovelle sur la mort ou la Révolution française, Marc Ferro avec le cinéma, Maurice Agulhon et ses études sur Marianne. Désormais, les barrières sont franchies. Christian Delporte est passé du dessin de presse, à la presse et à la télévision. Antoine de Baecque a étudié les caricatures de la Révolution française tout en développant ses études sur le cinéma. Il y a longtemps que des historiens d’art comme Laurence Bertrand Dorléac ou Philippe Dagen ont fait sauter les frontières entre histoire et histoire de l’art.

Il est donc temps d’affirmer le second point : la nécessité d’une histoire générale de la production visuelle humaine. Cette nécessité est d’abord pédagogique. A l’ère d’Internet et des jeux vidéo, il n’est plus possible de ne donner des repères aux enfants que sur l’art ou les arts. Ils ont besoin de repères généraux au moment de la production, de la circulation et de l’accumulation exponentielle des images. Tout se brouille avec la même actualité sur écran, alors les enseignements doivent intégrer trois dimensions : des méthodes d’analyse des images ; des repères en histoire générale du visuel ; des initiations aux techniques et à l’acte créateur.

Nous vivons un basculement de civilisation et de générations. Il faut promouvoir une prise de conscience complète. L’art, invention européenne à la Renaissance, est une notion qui a proliféré au XXe siècle en faisant exploser ses frontières. Frontières temporelles : il a absorbé les périodes antérieures où s’opérait une « esthétisation de l’utile », selon les termes de l’anthropologue Jacques Maquet. Frontières spatiales : l’art européen s’est diffusé sur la planète ; les productions utilitaires (masques, armes…) d’autres continents ont été présentées comme de l’ « art », au risque d’accusations de néo-colonialisme ; désormais, il existe un marché de l’art planétaire avec des artistes de toutes origines. Frontières techniques : après que Marcel Duchamp ait présenté des objets utilitaires comme œuvres d’art, la notion d’art s’est ouverte aux « arts », land art, photographie, cinéma, vidéo…

Ce mouvement englobant dans lequel les frontières entre arts, arts décoratifs, arts appliqués (quel sens en effet gardent les frontières, quand « le regardeur fait l’œuvre » et les musées multiplient les « installations » ?) est aussi un mouvement englobé. Si un tableau constitue désormais un objet-image premier, unique, il est généralement perçu grâce à des images secondes à l’ère de « sa reproductibilité technique » (selon l’expression de Walter Benjamin) : photographie, film, écran, carte postale, poster…

Pourtant, même avec ces extensions, les images dites artistiques sont minoritaires par rapport à la production visuelle globale. Voilà pourquoi il est devenu indispensable pédagogiquement de donner des repères en histoire générale du visuel. Voilà pourquoi il est urgent d’insérer les études d‘histoire de l’art ou des arts dans des études plus larges d’histoire du visuel qui intègrent les spécificités du territoire artistique et la nécessité aussi d’études très spécialisées et pointues sur ce territoire. Voilà pourquoi, symboliquement, il serait temps de rebaptiser --en étendant ses missions—l’Institut national d’histoire de l‘art (dont nous protestions déjà à l’origine, à quelques historiens d’art, contre la dénomination) pour qu’il donne de l’allant à l’élargissement des études nécessaires en devenant un Institut international d’histoire du visuel.

Il faut prendre date. Cela ne sert à rien en effet de ressasser la notion de « crise », qui est une couverture pour l’immobilisme et la cécité. Les trois pistes d’avenir rapidement développées ici peuvent permettre de secouer les conservatismes décalés de la réalité du terrain. Elles permettront alors de conforter la discipline, de répondre aux nouvelles nécessités pédagogiques et d’ouvrir à des champs indispensables de recherches. A circuler dans le monde, je le constate : ce sont là de vraies attentes, partout. Il est temps de sortir du repli sur soi et de la morosité.

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21 : 02 : 13

COLORS : Blue Economy or Black and Green Way of Life ?

Le magazine WE DEMAIN vient de lancer un manifeste pour "l'économie bleue", inspiré des théories de Gunter Pauli. Il s'agit en fait de réconcilier économie, entreprises avec écologie et éthique. Cela fait longtemps que dans ces colonnes, la notion de "décroissance" est contestée à cause de sa négativité. En revanche, les livres ou films ici présentés et le site des Brésiliens et Canadiens (www.see-socioecolo.com) défendent des économies diversifiées dans un contexte local-global. Là où François Mitterrand a eu raison en France fut de convaincre par la preuve que l'économie étatique et centralisée ne fonctionnait pas. Mais, du coup, nous avons eu droit  par effet de balancier aux années Tapie avec une sorte de voyoucratie capitaliste ("plus je m'en mets dans les poches, mieux je me porte"). Ce dévoiement même des théories libérales a abouti à l'immoralité financière actuelle, impossible à maîtriser sans accords globaux au temps des paradis fiscaux et de l'argent caché partout. Cette crise morale est une insulte à 90% des populations. Après la chute du  communisme avec l'ouverture du rideau de fer, nous vivons celle du capitalisme avec la multiplication de l'argent virtuel hors économie réelle.

En noir et vert, reconstruisons une conception d'avenir

Face à cela, ayons définitivement conscience de l'échec patent des 2 courants de pensée extrémistes du XXe siècle : le nationalisme autoritaire et xénophobe ; le communisme d'Etat et les gauchismes anti-démocratiques et étatiques. Alors, il serait peut-être temps que les médias intermédiaires --occupés des mêmes "penseurs" depuis 30 ans, qui se sont trompés sur tout en clamant les seules vertus du "marché"-- aillent aux bonnes sources. Pensons à nos jeunes et passons aux préoccupations de l'ère Internet.

Ces sources plongent dans le socialisme mutualiste et coopératif du XIXe siècle allié aux théories émancipatrices libertaires (Reclus, Thoreau) soucieuses de l'environnement. Elles combattent la conversion socialiste à un capitalisme non régulé et les errements anarchistes (le terrorisme et le refus d'organisation sociale). J'y ajouterais immodestement --mais qui le fera sinon ?-- deux de mes apports théoriques essentiels (en dehors des travaux scientifiques pionniers sur images et médias, à découvrir sur www.decryptimages.net) : la théorie de la relativité (qui est une ouverture à différents modes de vie et de pensée, de civilisations, dans une défense de la diversité et de la diversification) et celle du mouvement (pas de société parfaite, figée, la nécessité d'évolution perpétuelle et d'expérimentation). Tout cela s'inscrit dans un rapport des humains avec l'environnement depuis la Préhistoire que j'ai voulu synthétiser avec Une Histoire générale de l'écologie en images.

Voilà donc un courant qui plonge ses racines dans le XIXe siècle  (et avant, chez Montaigne ou Rabelais, par exemple) et réapparaît dans l'après 1968 (où l'écologie était absente). Nous, les libertaires écologistes, n'avons jamais renié en effet nos convictions fondatrices. Nous, les noirs et verts (si l'on veut s'en tenir aux couleurs politiques traditionnelles), ne nous sommes jamais convertis au rouge ou au bleu. Le bleu, nous dirait Michel Pastoureau, est la couleur de la droite, de la permanence. Mais notre tolérance (comment être contre l'économie bleue ?) et notre répugnance à l'organisation partisane (avec autant de variantes que d'individus) nous pénalise médiatiquement par une invisibilité totale alors que nous sommes des millions et avons un "corps de pensée" beaucoup plus solide à l'épreuve des faits que nos adversaires, et sur une durée longue.

Voilà pourquoi a été lancée la Coopliberterra (sur see-socioecolo.com) : pour rassembler beaucoup de mouvements différents à travers la planète, qui se disent politiques ou non. Il est temps d'être vu, connu, reconnu dans son cercle. A titre personnel, j'ai passé ma vie à tenter de devenir un penseur complet, un nouvel honnête individu du XXIe siècle. C'est déjà pas mal et c'est probablement le cas aussi de mon libraire-dépositaire. D'accord ou pas d'accord, il faut comprendre la montée de ces types de réflexions : les noirs et verts ont désormais droit à la parole, à la visibilité publique, même s'ils n'aiment pas se montrer.

Le temps du LIEN / LINK

Ce qui déroute les médias intermédiaires, réside dans l'aspect disséminé de nos actions et la diversité de nos pensées. Un moment, un papy oublié (Stéphane Hessel) rappelle la nécessité d'indignation, mais les mouvements sont beaucoup plus larges. Il n'existe pas de parti structuré, ni de "leader" naturel, car nous n'en voulons pas.

Un exemple : Michel Onfray tente de revivifier en France les théories libertaires. Cela ne peut être regardé que comme sympathique, de même que ses théories hédonistes et ses activités autour du goût. Mais parfois ses positions proches de gauchistes étatiques autoritaires ou son défaut de prise en compte des théories écologistes me heurtent. Il faut pourtant désormais oublier cela et rassembler toutes celles et ceux qui vont dans le sens de faire bouger les sociétés vers plus de justice et de durabilité : l'université populaire d'Onfray ou l'économie bleue ou les Colibris (et Rabhi) ou un électron libre comme Daniel Cohn-Bendit (éloquent, Européen sincère, mais peut-être pas  toujours suffisamment ouvert sur le monde).

Nous devons fédérer, inventorier, dans la plus grande ouverture possible. C\'est ainsi qu'outre la Coopliberterra, se crée sur www.globalmagazine.info la Coopcultu (Coopérative culturelle, dont l'originalité est de recenser systématiquement toutes les initiatives innovantes, des AMAP aux expos). Tout ce qui vise à changer le lien social. Dans ce cadre, les entreprises adoptant une attitude éthique en interne et avec leurs fournisseurs et clients ou les administrations innovantes (création de café, épicerie, poste, banque, lieu de vie dans les petits villages ; diffusion d'opérations gratuites pour une économie de l'échange non-financier...) ont leur pleine place, comme l'économie de la gratuité ou sociale et solidaire.

La base parle à la base. Elle peut réveiller les sociétés en transformant les consommateurs-spectateurs passifs en spectateurs-acteurs et en consommateurs-acteurs. Le réveil de la démocratie et la mobilisation locale directe sont indispensables. L'économie ne peut en faire l'impasse. Car ce n'est pas en multipliant les multinationales que les territoires vont se réveiller, mais en dynamisant les PME et en rendant plus responsables et efficaces les administrations.

Nous vivons en micro-réseaux. Il faut les lier, les rendre plus visibles, qu'ils prennent conscience de leur force et de leur caractère incontournable. Les grandes structures de l'Etat doivent jouer avec cette base, c'est çà la culture, la reconstruction du vivre ensemble : un localisme ouvert sur le monde. Je l'ai écrit dans Le Local-Global. Changer soi pour changer la planète. Je souhaite le faire au service de tous à la tête de grandes institutions, pour aider à opérer une vraie démocratisation culturelle. Il est temps en effet d'ouvrir les yeux sur le futur : donner des perspectives, c'est associer le peuple ; maintenir l'opacité dans l'effort nécessaire, c'est courir le danger d'une hostilité générale.

Reconstruire un futur, c'est penser le présent, un présent sur lequel chacune et chacun peut peser. En bleu, noir et vert, en espoir en tout cas.

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02 : 02 : 13

L'Islande : expérimentations boréales

Matthias Abhervé surpris par les Islandais en pleine opération "Knowledge is Beautiful". Les signes se répandent sur la planète avec toutes les météos. L'Islande a d'autant plus de sens que ce petit pays isolé s'est sorti avec vaillance et de façon originale de la cameuse crise financière, qui serait plutôt une crise de nos valeurs et, après la crise du communisme d'Etat, celle du capitalisme sans contrôle (dénoncé, par exemple, à travers les positions des "économistes atterrés" ou remis en cause par le "pouvoir latéral" de Jeremy Rifkin). Ils nous envoient ainsi un message local pour notre fonctionnement global.

Cette dimension --comme je l'ai écrit (Le local-global. Changer soi pour changer la planète)-- est devenue fondamentale partout. Elle introduit une nouvelle structure horizontale en réseau, sortant des seuls fonctionnements pyramidaux en place depuis les Néolithiques. Les Egyptiens de l'Antiquité, comme les Mésopotamiens ou les Aztèques, avaient symbolisé la société de leur temps par cette montée au ciel élitiste. Désormais, le symbole de nos réalités serait plutôt ces immensités planes, comme en Islande, qui nous intègrent ou --des artistes le traduiront-ils ?-- un immense filet au-dessus du sol dans lequel nous sommes et qui nous lie aux autres. La solidarité n'est plus une vertu ni un choix, elle est une nécessité. Merci pour ce regard boréal !

 Et merci à l'ami Erro !


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20 : 01 : 13

Il neige : je pense au Mali

Un troupeau rentre le soir au Sahara, partie nord de Tombouctou.

Quand j'ai tourné fin 2009 le film "La pauvreté, c'est quoi ?", au titre volontairement provocateur, je m'imaginais peu qu'il deviendrait un témoignage précieux (je devrais d'ailleurs faire un second film avec les centaines d'heures de rushes inutilisées, comme celles du long historique de Tombouctou et la visite de toutes les bibliothèques publiques ou privées). Seuls des Maliennes et des Maliens, célèbres ou non, y parlent. Il nous promène --en interrogeant les stéréotypes sur l'Afrique-- entre Bamako, Ségou, Mopti, le pays Dogon, Tombouctou et le Sahara, jusqu'à l'ouest à Kayes et au fleuve Sénégal près de la frontière mauritanienne, frontière de l'immigration.

Ici, il neige sur la butte Montmartre. Montmartre-sur-Canada. Par ailleurs, j'ai 57 ans depuis hier et suis heureux d'aller vers la soixantaine, accompagné par un tanuki malin et épanoui. Oui, il est temps d'avancer. Glissant sur les flocons, je pense à mes amis maliens, à ce pays des Peuls, des Bambaras, des Dogons, des Bozos ou des Touaregs, que j'ai vu vivre en paix, en harmonie, en complémentarité. Bientôt, l'exposition à succès du parc René Dumont "Le Mali, derrière les images" du Musée du Vivant sera téléchargeable gratuitement en ligne sur le site www.decryptimages.net. Elle a été écrite en croisant les mains dans l'amitié entre Aminata Traoré, Abdoulaye Camara, Marc Dufumier et moi-même. Voilà une seconde façon de mieux connaître ce pays, les enjeux de l'Afrique aujourd'hui et la question des représentations du continent.

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19 : 01 : 13

Les étrangetés du mariage

Comme toujours, dans les débats tranchés et polémiques, il existe toute une frange de population qui se sent extérieure et inécoutée. J'ai beaucoup hésité avant de m'exprimer sur le mariage gay car il faut plus que 3 secondes de slogan pour traiter correctement cette question.

Qu'on le veuille ou non, le fait de s'engager solennellement à vivre en couple ne peut avoir de sens que religieux. A l'heure du record de divorces, cette promesse folle et présomptueuse nécessite une croyance pour pouvoir être tenue. Si ce n'est devant le divin, est-il rationnellement acceptable de pouvoir ainsi se promettre pour des années ? Personnellement, voulant être honnête, je ne l'ai jamais fait et ai pourtant été probablement plus fidèle et plus constant dans mes deux vies de couple successives (avec 2 enfants dans la première et un troisième enfant actuellement) que beaucoup de personnes mariées. Mais ce fut par choix réciproque dans une sorte de contrat renouvelé chaque jour.

Voilà pourquoi je suis fondamentalement hostile au mariage et à tous ses succédanés civils genre PACS : ils me semblent relever d'une malhonnêteté intellectuelle de départ (dont d'ailleurs les divorces faciles et fréquents sont la preuve), sauf à croire en Dieu et à placer cet engagement sous le signe irrévocable du divin, comme on entre au couvent ou au monastère. Au nom de ma laïcité foncière, je respecte d'ailleurs tout à fait cet engagement religieux qui relève de la liberté absolue de conviction individuelle.

Pourquoi les homosexuels veulent-ils alors adopter une coutume civilement hypocrite et religieusement interdite pour eux ? Personnellement, je leur conseillerai de continuer à avoir des vies libres et à éviter de se marier, comme d'ailleurs les hétérosexuels.

Néanmoins, la phase positive de ce combat est la banalisation de l'homosexualité. Même si elle est une réalité minoritaire dans les sociétés, elle est --n'en déplaise aux religieux-- constitutive de cette fameuse "nature" humaine depuis les temps les plus reculés. D'où d'ailleurs des prêtres qui ont de telles pratiques en cachette et des pays où elle est passible de peine de mort mais où des puissants sont homosexuels. Sans compter que chaque être humain a en elle ou en lui des aspects ambivalents.

N'oublions pas alors qu'au-delà de la question marginale du mariage homosexuel, le grand enjeu véritable dans la constitution d'un Pacte planétaire évolutif est la suppression universelle (du moins dans notre univers terrien) de toute répression contre les homosexuels. Nous sommes en effet très loin du compte et vivons dans beaucoup de pays des situations scandaleuses, parfois dramatiques et toujours hypocrites.

Alors que chacun fasse comme elle ou il veut mais moi je continuerai à refuser le mensonge du mariage pour vivre les joies d'une fidélité à ma vie de famille chaque jour renouvelée contre vents et marées de la vie.

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10 : 01 : 13

Avec Charlotte, René Dumont disparaît une deuxième fois !

Quelle tristesse. Pour qui a connu Charlotte Paquet-Dumont, la veuve de René Dumont, sa disparition est la fin d'une personne exceptionnelle d'intelligence, de modestie et de passion. Tellement vive et attachante.

Admise à l'hôpital dimanche dernier 6 janvier à Windsor au Québec, avec un diagnostic d'insuffisance cardiaque sévère, elle a subi un accident vasculaire cérébral fulgurant pendant les examens.

J'avais passé une semaine chez elle à classer tous les objets et archives de René Dumont. Elle était venue au Musée du Vivant (www.agroparistech.fr)  où je l'avais interviewée. La Fondation Dumont l'avait accueillie pour un hommage à René Dumont.

Surtout, j'ai pu apprécier son enthousiasme, son énergie, son empathie que je n'oublierai jamais. Là voilà devant ma cabane à Montmartre. Je vous embrasse Charlotte.


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21 : 12 : 12

I AM YOU, YOU ARE ME

Use this sign. We want to build a new generous world. Have a look at www.see-socioecolo.com. Use our signs. Liberterra Networks. Justice and sustainability. 

Hope is our aim. No gestion, transformation. Art is politics.

Ouvrons la voie de perspectives généreuses pour un futur en commun, plurielles et d'avenir (plurofuturo), soucieuses de justice et de durabilité (www.see-socioecolo.com),  de libertés individuelles et collectives sur une planète nécessairement solidaire (Liberterra Networks). Les initiatives se multiplient partout. Faisons savoir. Echangeons en réseaux. Multiplions les actions de générosité. 

2013, année de la générosité !

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16 : 12 : 12

Commencer 2013 avec un regard neuf !

Vous n'en pouvez plus de la sinistrose française ? Vous avez des idées et considérez que le futur ne doit plus être kidnappé par quelques nombrilistes voulant faire porter à un pays entier le poids de leurs échecs ? Vous pensez qu'il faut redonner de l'enthousiasme et de la générosité dans une conjugaison des générations travaillant à plus de justice, plus d'innovation, dans une conscience des choix de durabilité nécessaires ?

Bref, vous voulez commencer 2013 d'un nouveau pied. Alors, achetez en ligne sur ce site Le local-Global. Changer soi pour changer la planète (rubrique "livres"), il vous sera livré à domicile. Cet essai de générosité, bouquet de vitamines, vous incitera à réfléchir et à regarder autrement votre quotidien. Il aide à favoriser la démocratie directe, la prise en mains de son univers "visible". Il offre des perspectives aux jeunes comme aux retraités. Offrez-le, faites savoir, faites circuler ! Stop à la résignation ! La crise est surtout une crise d'imagination.

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10 : 12 : 12

I am the Planet

The Doha Conference about the climate finishes. But countries always prefer to consider their short interest because the leaders are elected for a short time and others are not elected (they just work for their personal  interest). The day when they will consider in Doha that "petrol = poison" will be a new day for all of us ! We hope it will not be too late.

Look at the funny image coming from Tokyo (by Yoshiro Kimura).  Funny and true : an artistic action to move us !

Now, we have to struggle for a global permanent World Oganisation about our Common Environment. For this, people should change evrywhere in everyday life. That is why we will continue to travel with short messages all over the Earth. There will be some in New York, Istanbul, Seul, Mexico... Move locally to build our Global Survey.

Thanks to smiling Buddha in the trees ! We want to build the future !

Post Scriptum : This is a great day ! You can buy on this website  (look at "livres") the book (on paper) The Local-Global. Change yourself to change the Planet. It is in French but we hope we will get soon some translations. All the best to you moving everywhere !


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01 : 12 : 12

AUS BERLIN !

Après Hong Kong, Paris, Rio, les actions artistiques continuent à travers le monde (beaucoup se préparent). Ce sont de véritables piqûres d'aiguilles, des petites piqûres de sens instillées. Elles se réalisent sous le titre générique désormais bien connu de "Résistance des savoirs / Knowledge is Beautiful", manière de narguer l'inculture galopante et les acculturations massives.

A Berlin (merci Emeric Adrian), c'est un beau "crisis = chloroform" pour réveiller la vieille Europe ! Faites circuler l'image ! Reproduisez !

Wir sind Berliner !

Free copyright !

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