11 : 04 : 10

Un pas de côté / Vu d'ailleurs

Profitons du beau temps sur Paris pour tâcher de regarder autrement, couché dans l'herbe.

Notre pays s'occupe sans s'occuper (c'est l'art de la prétérition médiatique : je ne parle pas de ceci, tout en en parlant pour dire que je n'en parle pas) d'une rumeur sur le couple présidentiel. Bon, n'y aurait-il pas intérêt du côté de l'Elysée, après une cuisante défaite électorale, à marteler le terrain avec n'importe quoi d'autre moins dangereux ? 

Nicolas Sarkozy a très bien compris qu'il fallait vendre des nouvelles chaque jour (le news market), donc qu'il valait mieux "inventer l'actualité" (titre d'un de mes livres) plutôt que de subir les inventions des autres. Mais le péril est alors de tirer dans tous les sens en rendant son image totalement incompréhensible. Dans le retour du verbe en politique, nous avons peut-être un Obama de retard...

Autre pas de côté. Vous savez que sur écran il existe autre chose que le Net, cela se nomme "télévision" et passe en boucle dans les maisons de retraite avec un animateur dédié et enbaumé nommé Michel Drucker, qui a d'ailleurs placé sa famille dans la boite publique et invite des morts (par exemple, un certain Claude François, qu'heureusement personne ne connaît à Londres ou à Berlin).

Il parait qu'une des chaînes (France 5) de cette "télévision" publique (avec l'argent d'une redevance très inégalitaire) fut créée pour être éducative. Elle n'a jamais permis à aucun scientifique dans aucun domaine d'inventer la moindre émission. C'est désormais le lieu de pâture des journalistes radio qui s'essaient à la télévision et des vieux journalistes de télévision en manque de caméra (un certain PPDA).

Mais, dans un pays où l'hypocrisie règne (avant des révolutions passagères), qui s'en soucie ? Ainsi, sur France 3, les petits vieux des médias discutant entre eux depuis trente ans, se sont retrouvés chez Frédéric Taddéi pour dire combien ils sont déontologiques. Taddéi leur a salutairement lancé en cours d'émission un plus jeune opérant sur le Net. Il n'a pas pu proférer 3 mots sans que des multicartes terrorisés à l'idée de perdre leur pouvoir (car, depuis longtemps, il n'est plus question d'idées ou de goûts) l'aient assassiné : vade retro Netanas !

Ce n'est pourtant pas grâce à la stratégie du bunker assiégé que ces assistés de l'Etat et vendus aux marques vont pouvoir défendre leur nécessité. D'autant que la question essentielle n'est nullement de tuer les médias intermédiaires mais, grâce à la diversification et à la multiplication des sources, de changer leur rôle et leurs méthodes. Dans ce contexte, aboyer qu'Internet n'est qu'une boite à rumeurs, alors que souvent elles sont arrêtées par les internautes eux-mêmes, est un peu court.

Un exemple concret récent des nouvelles pratiques nécessaires. Sur les côtes françaises, il y eut un petit débordement de mer (le Chili pâtissait au même moment bien davantage). Acceptons que la proximité justifie de surcouvrir l'événement. Le courage dans l'analyse aurait dû cependant permettre d'entendre, parmi les bêlements, que dire à ces populations sinistrées le caractère "inadmissible" de la catastrophe est leur mentir. L'Etat n'est pas, ne sera pas une assurance tous risques abolissant les accidents. Il doit apporter des règles et des évaluations de risques. A chacune et chacun de prendre ses responsabilités. Philosophiquement, le fatalisme dynamique qui existe tant en Afrique qu'en Asie (regardez la situation du Japon) peut-il être écouté ? Je persisterai jusqu'à être relayé, en tout cas. Au nom de quelle suffisance en effet ce qui est en ligne (analyses, livres, photos, films...) a-t-il moins de valeur intrinsèque que ce qui "paraît" sur papier, hors petits gags ?

Deuxièmement, le vrai travail journalistique aujourd'hui, le vrai décryptage dont nous avons besoin, n'est pas de faire hurler les populations aux maisons rasées (pour des procès lucratifs, n'est-ce pas Madame super-écologiste Corinne Lepage ?), mais d'enquêter sur la nature des autorisations de construction, les pressions des propriétaires, les intérêts directs des élus. Voilà ce dont nous avons besoin : du vrai courage pour des idées diversifiées et un vrai travail de fond sur la nature des "événements".

Allez, il est temps de me détendre. Je me sens un peu crispé. Pfffffffffff......

Je me retourne dans l'herbe et regarde le ciel.

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05 : 04 : 10

Mainstream ou Sidestreams ?

Le lancement bruyant du livre de Frédéric Martel correspond à son sujet : mainstream ne peut qu’intéresser les médias mainstream. Même si cela peut choquer, pour avoir aussi beaucoup circulé dans le monde, je partage son constat et son analyse. Je lui reproche juste de ne pas les avoir inscrits dans une réflexion plus large concernant ce que j’ai qualifié dans un ouvrage de Guerre mondiale médiatique. Trois remarques à cet égard.

La Guerre mondiale médiatique à l’œuvre aujourd’hui est la continuité des grands moments de la propagande mondialisée commencée avec la Première Guerre mondiale. Elle y ajoute un aspect instantané et global : des milliards d’individus la subissent dans un monde où le portable court désormais dans les forêts les plus lointaines, comme les succédanés cheap de la consommation mainstream. Elle mélange en effet les questions idéologiques, commerciales ou culturelles. La science, elle-même, est constamment instrumentalisée. Les rumeurs sont légion. Barack Obama est venu redresser l’image déplorable des USA, terriblement négative pour les exportations industrielles. Il est un VRP, comme des scientifiques payés sont des alibis politiques ou de marketing produits. Plus de frontières de genres.

Martel ne traite (bien) qu’un des aspects de l’enjeu. Il n’en donne pas non plus vraiment l’historique. J’ai montré dans l’Histoire du visuel au XXe siècle que 1914-18 avait été le moment de la construction d’une industrie du cinéma de masse où la côte ouest (Hollywood) remplaçait Paris comme centre. C'est la deuxième phase de diffusion planétaire des images industrielles (après l'ère du papier, commencée au milieu du XIXe siècle). Serge Guilbaut, lui, a démontré pour l'après Deuxième Guerre mondiale que, en pleine guerre froide naissante, les services américains promouvaient toute leur culture (même des artistes de gauche) pour imposer le modèle de l’American Way of Life. Sur un aspect plus limité mais significatif, je me suis attaché à souligner que les films de science-fiction transformaient les Soviétiques en Martiens dans une propagande déguisée, métaphorique. Désormais, chaque pays émergent commence à comprendre que sa puissance politique et commerciale dépend aussi de sa puissance dans la construction des imaginaires de masse.

Troisième point, la diversité des fonctions à remplir. Dans le journal Le Monde du 14 janvier 2008, j'insistais sur les missions d’un Ministère de la Culture. A côté de la question du patrimoine (du choix du patrimoine, des regroupements patrimoniaux, de la conservation), deux aspects s'imposent : l’industrie culturelle et la défense de la diversité. Les deux sont d’importance égale et il faudrait vraiment réfléchir dans ces termes. La culture fait image et l’image extérieure d’un pays est essentielle pour l’ensemble de son économie. Un Président de la République devrait avoir comme premier souci cette question d’image nationale. Elle dépasse culture, affaires étrangères ou industrie, en les englobant. Voilà un des grands mérites du livre de Frédéric Martel : enfin oser insister sur l'aspect économique et sur le fait de faire image.

C'est pourquoi les pratiques doivent changer avec une vraie réflexion sur les fonctions des organismes culturels. Il n’y a pas de honte, par exemple, dans un grand établissement public, à faire de l’argent, et aider à réaliser des produits mainstream, intervenir dans une culture globale qui reste un lien entre les continents et où nous pouvons montrer des lieux, des valeurs, des mythes. Le Japon est à cet égard un pays très fermé, très soudé autour de traditions polythéistes, qui produit des images pour le monde entier, absolument hybrides.

L’expansion de telles industries permet parallèlement de défendre les sidestreams, ce que nous faisons ici, de la couture fine pour des publics exigeants. Blogs, webtv, cinema espresso, art numérique, news en ligne… Diversifier la diversité reste en effet le contrepoint nécessaire au développement de produits de masse intelligents. Son facteur d’équilibre, le seul moyen de conserver une part d’exploration à côté de réflexes comportementaux.

Martel a donc le mérite de détailler des enjeux réels trop souvent méprisés. Il a raison de compléter en ligne ses références (chose que je n'ai pu faire avec de lourds travaux statistiques coupés par les éditeurs), même si elles sont très anglo-saxonnes (le complexe franchouillard où il n'est de vérité que d'outre-atlantique, fût-ce par des Français parlant d'ailleurs). Il devrait surtout restituer ces réalités dans un contexte plus général (la Guerre mondiale médiatique), en rappeler les origines historiques et mettre en évidence l’autre terme du balancier : l’émergence des sociétés de spectateurs-acteurs, apte à rééquilibrer la consommation de masse.

post-scriptum : j'ajoute à ce commentaire sur un travail intéressant dans son propos et argumenté, que le contraste de l'actualité nous offre l'inverse en pâture : la guignolade d'un ballon baudruche Generali. Je ne suis pas à même de juger l'intérêt scientifique des mesures de cet Etienne au dessus du Pôle, mais me doute qu'il est inutile de faire un tel cirque pour alerter sur les questions climatiques. Ce sponsorisé chronique (par Total précédemment) intervient pour ne rien dire en direct de radios et télévisions. Cela suffit. On a déjà un malade de la photo en hélico... Laissons-le dériver et regardons ailleurs.

Dans nos temps de confusion nivelante, j'appellerais cela pollution scientifique, comme la récupération musicale par la publicité doit être qualifiée de viol artistique. L'inverse du détournement.

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05 : 04 : 10

Celui qui choisit

A tout bout de champ, il faut se qualifier, se définir. C’est insupportable quel que soit l’âge. Dès l’enfance, catalogué par sa famille et celles des autres. A l’adolescence, étiqueté en fonction de son physique, de son habillement. Un bras trop court, des grandes oreilles, voûté, ne sachant pas danser, timide et rougissant ou partant dans une réponse avec une voix de fausset, se répétant des heures après ce qu’on aurait dû dire… Et puis les gravures de mode, mecs ou nanas, qui ont le geste qu’il faut en poussant la mèche, qui grattent la guitare avec délicatesse, que le jean ne boudine pas parce qu’ils ont les hanches pas trop larges… J’ai haï mon adolescence, comme beaucoup de filles et tant de garçons qui se sentent hors normes, avec en plus des adultes vous traitant de « godiches » pour arranger les choses. L’âge de la bêtise est éternel. Sidéral et spatio-temporel parfois.

Et que dire de l’âge adulte ? Vous vivez quelque part. Vous avez une fonction sociale. Vous côtoyez d’autres, affectivement ou pas. Tout est destiné à vous inscrire. Alors, quand on me demande ce que je fais, comment je me définis, ma seule tentation est de répondre : « comique troupier ! ».

La vérité est que j’aimerais –folle ambition—toujours être et rester celui qui choisit. Dès l’enfance, j’avais compris que mes parents me mentaient et que le Père Noël n’existait pas. J’ai choisi de continuer à sembler y croire pour leur faire plaisir. Autour de moi, des personnes estimables avaient des avis totalement divergents. Je n’y ai pas gagné une mentalité d’aquaboniste, d’équivalentriste désabusé ou de bofiste professionnel. Car je me rendais bien compte que les nihilistes ne vivaient pas leur nihilisme. Mais cela m’interrogea.

J’ai alors pris conscience de deux nécessités : la recherche du savoir, l’éducation à tout âge, la curiosité, et la remise en question. Cela permet d’explorer et de refuser l’enfermement dans des comportements pré-fabriqués, quelles qu’en soient les (bonnes ?) intentions. Nos sociétés n’ont de cesse en effet de nous imposer des moeurs « naturelles », des idées-réflexes. Elles cadenassent chacun dans des attitudes collectives souvent aberrantes (la consommation indéfinie et toujours frustrée, la recherche du normal, du moyen, du modèle, la conformité au groupe).

Or il est indispensable de se poser constamment les questions de ses actes personnels et des décisions collectives. Nous subissons, nous partons de pioches successives, d’accidents, de résistances, de pesanteurs, d’horreurs, de faveurs dangereuses, mais avec la possibilité de jouer. Cela impose probablement des changements, des conversions, des doutes, de la volonté, mais comment peut-on fonder une conduite et des convictions autrement ? Il est indéniable que ce que j’ai appelé la relativité –dans l’espace géographique et dans le temps—forme le mécanisme de base des options de choix possibles.

Inventer c’est tout remettre à plat, connaître, changer. Voilà pourquoi la vraie compréhension des diversités par le voyage sensible est si fondamentale. Voilà pourquoi des zones géographiques entières me font frémir quand elles vivent comme des « blocs de pensée » obligatoire, en apparence intangibles. Voila pourquoi le « politically correct », comme les dogmes religieux ou idéologiques, me semble si insupportable.

Autant que le plus pernicieux, qui nous chloroforme dans l’évidence : les modes intellectuelles, ces coups de balancier médiatiques radicaux stigmatisant un temps l’entreprise comme lieu de l’oppression capitaliste pour en faire accepter ensuite tous les crimes éthiques ; marginalisant la question de la volonté planifiée des nazis d’exterminer les juifs d’Europe puis plaçant cela comme seul aspect de la Deuxième Guerre mondiale. Dans pareil ordre d’idées, je lançais en 1992 (avec Benjamin  Stora et Jean-Pierre Rioux) une exposition-bilan sur la guerre d’Algérie dans l’indifférence générale et en 2002 les journalistes me couraient après pour récupérer le catalogue (sans pour autant le citer évidemment).

Mais j’étais déjà ailleurs, heureusement.

J’aimerais donc surtout qu’on se souvienne de moi comme « celui qui a choisi », qui n’a cessé d’essayer de choisir. J’espère même pouvoir choisir jusqu’au bout, garder la lucidité de disparaître avant de devenir la honte de ce que j’ai pu être, le poulpe crapoteux esclavagisant mes proches.

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02 : 04 : 10

Hope or Despair ?

Je devisais hier avec quelques plus jeunes sur un sujet somme toute assez banal et qui doit revenir de génération en génération : faut-il désespérer ? Là, généralement, deux camps s'affrontent radicalement, les optimistes à tout crin et les pessimistes névrotiques.

D'abord, en prenant du recul, il est très difficile de restituer le passé dans toutes ses dimensions, tant notre mémoire est faite de trous chroniques, d'oublis immenses. Cette gaieté que nous voyons maintenant dans les années 1960 et le début des années 1970, il est difficile d'en restituer la part d'ombre. Elle fut pourtant celle d'un ordre moral totalement insupportable dont on ne peut plus avoir idée, qu'aucun jeune d'aujourd'hui ne peut imaginer, touchant à tout : les goûts, les moeurs, les mots. Il existait des mots imprononçables, notamment concernant le sexe (terme banni). L'"underground" était réellement la résistance d'une minorité.

Certes, l'infect "politically correct" tend à dresser de nouvelles barrières, une nouvelle omerta, mais la liberté concernant l'expression politique ou sociétale est sans commune mesure, arrivant d'ailleurs à une nouvelle clandestinité, une nouvelle résistance : l'invisibilité. Nous parlons souvent dans le vide et dans l'invisibilité médiatique totale ou la déformation caricaturale, à partir du moment où nous refusons le "package" de l'image de marque et le marketing.

En terme de vie quotidienne, il est indéniable que je n'ai jamais connu une vie aussi chère et inégalitaire qu'aujourd'hui où tous les produits de la vie quotidienne et les logements sont hors de prix. La prime est donnée aux nantis. Pour ce qui concerne le chômage et l'ascenseur social, ma génération (né en 1956, post-68) n'a vécu qu'avec les crises et les mauvaises nouvelles. Bassinés par les soixante-huitards triomphants et donneurs de leçons, nous sommes arrivés sur le marché du travail à la fin des années 1970 avec, en France, le plan Barre et le dégoût punk. La précarité, nous l'avons vécue immédiatement. Puis nous avons regardé la génération d'avant prendre le fric et les postes, avec la gauche se roulant dans l'entreprise : années Tapie. Le train passa. Il passe toujours.

Aujourd'hui, nous n'avons aucune nostalgie. Je crois --du moins pour ma part-- aucune amertume non plus. Car tout cela ne nous a pas empêché d'oeuvrer, de comprendre les mutations, de s'infiltrer dans toutes les percées de l'époque.

Ainsi, le présent est constamment ce qu'on en fait (nos prédécesseurs, comme Noël Arnaud ou François Caradec, se retrouvant embourbés dans la Deuxième Guerre mondiale, ont eu des choix plus cruciaux à gérer...). Je ne me situe donc pas du tout dans l'optimisme ou le pessimisme, mais dans le pragmatisme. La relativité, c'est cela : prendre en compte les paramètres et agir, trouver la catastrophe normale si elle arrive, et résister. Internet est un moyen de contrôle et un étouffoir cacophonique mais aussi un formidable vecteur d'expressions, de relais communautaires. Vivre autrement, repenser nos réseaux, changer notre conception du monde, voilà ce que le Laos nous apprend et des personnes dans notre quartier. Pensons local en liaisons avec d'autres locaux du monde global. Local to local.

Alors, nous n'entretenons aucun regret d'un âge d'or stupide, aucune rancoeur d'être né au mauvais moment, ni d'ailleurs aucun triomphalisme technologique (robocops du "progrès moderne", au temps du tri rétro-futuro), mais nous saisissons notre époque. Une période, des sociétés, il faut les secouer, il faut les utiliser.

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30 : 03 : 10

Socio-enviro

J'ai décidé cette année de m'amuser à lancer des idées multiples avec des slogans en "o". C'est rigolo, c'est esperanto (pour se comprendre dans beaucoup de langues), c'est pluro-futuro (pour remettre en marche la machine à imaginer et bouger notre monde).

Quand j'écrivais en 2007 sur l'écologie culturelle, il ne s'agissait pas seulement de lutter contre la normalisation planétaire destructrice de toutes les différences pour des consommations de masse indifférenciées. Il s'agissait aussi de faire le lien indispensable entre le souci de la flore et de la faune avec les questions sociales (rassurez-vous, je ne suis ni le premier, ni le seul dans ce domaine). Pas de rupture entre les évolutionnistes de la croissance et les rétros de la décroissance : la nécessité de croissances diversifiées, d'évolutions plurielles. Tout cela s'accompagnera d'attitudes isolationnistes figées mais aussi de "décrocheuses/rs" refusant la drogue de l'accumulation compulsive d'argent ou de biens, le cirque médiatique, sans pour autant négliger les plaisirs, le mouvement, l'expérimentation.

Aujourd'hui, tout le monde commence à intégrer le fait que l'environnement est une globalité, liant des périls globaux avec des devenirs très locaux. Ce local-global (localo-globalo ?) indique que la manière dont est réalisé l'habitat, l'architecture ou les organisations sociales et économiques est aussi importante que les environnements naturels. Le socio-enviro (ou socio-écolo) dépasse alors tous les clivages politiques, car il concerne plus de 80% de la population planétaire. Et même les 5% qui ont le pouvoir et la richesse apparentes ont-ils véritablement intérêt à perpétuer l'auto-destruction ? L'accumulation de l'argent et les disparités dans des entreprises non éthiques, produisant de surcroît des pollutions planétaires, sont-ils des bienfaits économiques durables ? 

Le retour puissant au local qui s'annonce ne peut donc être une fermeture, car les enjeux communs sont devenus trop importants. En revanche, ils consacreront les deux nécessités prioritaires partout : la qualité de l'environnement alliée à la qualité du vivre-en-commun. Nous seront toutes et tous bientôt "socio-enviro".

 

post-scriptum : un artiste taïwanais de "Bio-Art" vient de s'inscrire sur Twitter pour suivre l'actualité de gervereau.com. Il me souvient alors que je proposais aux autorités du Centre Pompidou en 2005 une exposition sur "Eco-Art" ou "Bio-Art" pour s'interroger sur existence et frontières de cette notion. Je n'eus jamais aucune réponse. La même chose d'ailleurs m'arriva avec un travail proposé sur l'histoire mondiale du visuel au Louvre (comme pour mes 4 ou 5 projets d'émissions télévisées autour des images). Cela n'empêche nullement des récupérations sans vergogne, quand la déchéance médiatique érige la coutume du vol intellectuel sans citation en règle, poussant d'ailleurs les scientifiques à agir de même : une cacophonie du choc d'egos pillards dans la bourse du news market.

Tout cela n'est pas seulement pour ironiser sur l'aspect visionnaire et sans scrupule des institutions françaises, mais plutôt pour insister sur la nouvelle mode --que je n'applique jamais-- du silence, de la non-réponse. On ne pratique même plus comme avec les lettres standards des éditeurs, on se défile, telles les opaques commissions paritaires de nos administrations ne justifiant jamais aucune de leurs magouilles. Le règne de l'hypocrisie, où chacun pense y gagner un petit avantage, caractérise véritablement ce pays d'héritiers dans lequel l'injustice est devenue une règle tacite.

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23 : 03 : 10

Se sigler ? Cinglé ?

Aaaaaaaaaaaaaaarbroup de mille brouettes. Chacun a sa petite marque de fabrique. Faut se sigler. Oui, c’est cinglé la course aux étiquettes. Moi, je n’achète pas ou je découpe, je porte les sacs à l’envers : devenir un porteur de pub gratos, propagateur, non mais ! De même, quand chaque artiste ou politique cherche et choisit un créneau, un combat, une litanie, j’ai évité d’être Monsieur Images ou Monsieur Relativité ou Monsieur Ecologie culturelle (Ecologie critique aussi). Bref, en multipliant les concepts et en intervenant sur divers fronts, je suis parvenu à suffisamment brouiller mon image publique pour échapper aux répétitions bêlantes face aux médias. Ouf. Je suis pluriel, comme vous.

 

Et pourtant, à l’occasion de la sortie d’un coffret avec les cinq longs-métrages réalisés cette année, revoilou la question d’un sigle posée. Elle l’était déjà avec le signe placé clignotant sur le site gervereau.com. Des internautes de différents continents voulaient un petit logo pour exprimer cette pluralité (jusque sur les t-shirts ?). Etait-ce bien raisonnable ? Nous n’allons surtout pas commencer une secte (chose que je hais par-dessus tout). Il vaudrait mieux d’ailleurs des logos, des variantes où chacun pourrait improviser et exprimer son tempérament, même son humeur –et changer.

 

Alors, j’ai inventé un nom amusant et simple « pluro-futuro», compréhensible assez largement et qui forme une sorte d’esperanto rigolo. Il manifeste cette volonté profonde de diversifier la diversité planétaire dans une perspective résolument évolutionniste, sans illusions mais sans répit, en triant dans l’ancien, le nouveau, le proche, le lointain, et en changeant (disons : rétro-futuro et local-global). Pas de perfection, pas d’arrêt de l’histoire et pas de norme. Cela veut dire des êtres multiples, des choix individuels de personnes éclairées (par l'éducation et la curiosité à tout âge), des économies diversifiées, des organisations sociales variées, des éthiques d'entreprises et des consommations durables, le refus des barrières figées entre travail et loisirs, avec la compréhension d'un destin commun de l'humanité et la mise en place de règles minimales acceptées partout.

 

Pour l’exprimer, j’ai repris l’étoile multidirectionnelle et placé en dessous un poisson des abysses. Le monstre des profondeurs constitue la métaphore visuelle des passagers clandestins de tous les continents que nous sommes, des obscurs qui s’obstinent, avec une forme drôle de biodiversité. Cela dit, à chacune et à chacun d’y mettre ce qu’elle ou il souhaite. Et de permuter. Cyril Stern m’a fait l’amitié d’interpréter l’image avec un positif-négatif assez taoïste, qui exprime bien la relativité. 

Ainsi, les pluros-futuros joueront au club des quelques-uns pour être au rendez-vous de personne, ils seront des sans-filistes insolents, des Yaos paisibles, des renégats à la société normée. Et nous allons nous amuser, tout en bougeant les lignes et en n’acceptant jamais l’inacceptable banalisé.

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20 : 03 : 10

Images ou arts ?

Je me sens bien seul. La question de l'enseignement d'une "histoire des arts" me fait bouillir. Pourquoi ? Après tout, c'est indéniablement un progrès. Qui s'élèverait contre le fait de montrer à notre jeunesse l'histoire des belles oeuvres réalisées sur notre continent européen ? Cette histoire est suffisamment riche et singulière pour avoir d'ailleurs influencé directement d'autres civilisations.

Les historiens de l'art sont heureux. Les historiens s'en moquent, quand leur souci est de trouver de l'iconographie qui "colle" aux cours. Les anthropologues, sémiologues, adeptes des "visual studies", continuent à mixer un peu tout dans leur shaker à idées, méprisant généralement chronologie et contexte --donc ils se tiennent avec mépris à l'écart de ce qu'ils considèrent comme un peu "studieux". Les spécialistes d'un support (photographie, cinéma, bande dessinée...) cultivent leur pré carré et n'ont aucune envie d'être mêlés aux autres. Le grand public (notion vague) s'en fout complètement, estimant qu'il est déjà très chic de parler d'"arts" en classe. Bref, aucune raison de s'émouvoir pour personne.

Pourtant, en quoi cette "histoire des arts" résoud-elle une des questions éducatives majeures de notre époque : le bombardement indifférencié --pour les jeunes ou les moins jeunes-- d'images de toutes les périodes, de tous les continents, sur tous supports, qui s'accumulent sur le même écran, avec le même effet d'actualité ? Comment pouvons-nous choisir si nous ne savons pas qualifier ces images, comprendre d'où elles viennent, pourquoi elles apparaissent ?

Déjà, la notion d'histoire des arts est très confuse. L'histoire de l'art a sa parfaite légitimité. C'est une notion apparue à la Renaissance en Italie, qui se propage (et revendique des sources dans le monde gréco-romain). Au XXe siècle, elle a un tel succès qu'elle annexe des civilisations qui n'ont aucun rapport (art khmer) ou même des objets industriels (l'urinoir de Marcel Duchamp). Ainsi, aujourd'hui, prudemment, parle-t-on d'"arts" avec un "s", ce qui permet d'englober qui la photographie, qui les arts décoratifs, qui les objets Senoufo ou de l'Egypte antique, qui les dessins d'enfants. Mais d'une part, il est choquant de plaquer une notion occidentale datée (si flatteuse soit-elle, comme le mot galvaudé de "chef-d'oeuvre") sur tout ce qui n'a absolument rien à voir, au risque de la plus grande confusion, d'autre part, où s'arrêter dans cet amalgame ?

Voilà pourquoi il est absolument nécessaire de livrer des repères concernant l'histoire générale de la production visuelle humaine, des premières traces aux jeux vidéos et à Internet. Cette histoire d'ensemble --et elle seule-- donne à toutes et tous la chronologie, la profondeur du temps et les différences dans l'espace avec tous les continents --alors que nos enfants sont souvent issus d'ailleurs de tous les continents et qu'Internet nous place dans un univers d'expression et de travail globalisé. Elle se complète par des initiations aux diverses techniques et par la compréhension des processus de création avec des créateurs. Enfin, à un âge plus avancé, l'explication des méthodes d'analyse d'images permet d'éclairer les futures citoyennes et les futures citoyens.

Voilà pourquoi, sur www.decryptimages.net, nous venons de travailler à la mise en évidence (avec animations) de 10 étapes fondamentales dans la production visuelle humaine, où l'art a bien sûr sa place légitime et essentielle. A chacune et chacun de s'en emparer, d'adapter, d'enrichir, d'accompagner. Cela permet en tout cas, dès le plus jeune âge, de sensibiliser à la différenciation dans ce que nous regardons. Se construire, c'est en effet d'abord disposer des connaissances générales qui permettent un choix. Sinon, même avec des savoirs spécialisés, nous devenons des consommateurs passifs et malléables.

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13 : 03 : 10

Godard enterre le cinéma ?

Antoine de Baecque vient de publier une lourde biographie de Jean-Luc Godard. Je ne l'ai pas lue encore dans le détail, mais l'entreprise titille les neurones. J'ose jeter quelques bribes.

Après le très beau travail factuel sur l'oeuvre de Nicole Brenez au moment de l'exposition au Centre Pompidou, Antoine entreprend plus ambitieux. Godardophile sans être godardolâtre, il décortique précisément vie et travaux. L'ambivalence du personnage s'y dégage. Elle est indéniable, tant ce dernier --je l'ai vécu-- peut se montrer doux et affable, timide, passionné, ou sec, cruel, grossier, pervers. Mais Vermeer était-il sympathique ? Chacun a le droit par moments de pisser vinaigre et de haïr l'humanité.

N'ayant rien à attendre de lui (il m'a juste fait faux bond pour un colloque que je dirigeais, où il devait avoir un échange public avec Pierre Soulages), nos rapports sont quasi inexistants. J'étais venu à Rolle le rencontrer, après avoir parlé cinéma très agréablement avec Freddy Buache. Le matin, cigare au bec (j'en aurais volontiers volé un), il m'a regardé, pris les livres apportés, et nous ne nous sommes à peu près rien dit. Fermé comme une huitre (quelques bons amis du cinéma avaient probablement savonné la planche...), il m'a reconduit en pensant que, spécialiste des "images", j'ignorais tout du grand écran.

Je fais partie pourtant de la dernière génération cinéphile, faisant la queue à la Cinémathèque de Chaillot, à s'écraser contre les grilles, se pelotonnant près de la petite Lotte Eisner en milieu de salle et achetant des revues spécialisées pour des débats entre amis spécialisés. Mais j'ai le tort de m'être intéressé aussi à la peinture, la bande dessinée, la photographie, la télévision...

Godard est un très grand créateur qui m'a toujours interpelé, même quand il pouvait être fastidieux (se cachant dans l'abscons pour se protéger) ou s'égarer idéologiquement ("le plus con des Suisses pro-chinois", selon les situationnistes). Le faux débat sur son anti-sionisme a peu d'intérêt. C'est surtout un vrai amoureux du cinéma, ayant joué à sa manière sur tous les registres.

Deux éléments pourtant dérangent. D'abord, sa révérence vis à vis des grands peintres, des écrivains ou philosophes de l'art occidental. L'admiration est nécessaire, je l'ai souvent dit (et son absence louche). Là, cela devient parfois alibis : on cite pour se grandir, pour se rassurer, pour se statufier. Et, monté soi-même en haut des cimes, on marche sur les mains des postulants (cela me rappelle une bande dessinée de Gotlib). Ou, à l'inverse, paradoxalement, on éprouve la nécessité de justifier la valeur du support film par rapport au Panthéon de la culture européenne classique.

Et surgit alors le second aspect, très déplaisant, de Godard : claironner que le cinéma meurt avec lui. Il n'est déjà pas né avec lui, loin s'en faut... Sinon, Picasso n'a pas décidé que la peinture disparaissait le jour de son décès. Cela fait un peu vieux con. Même si une certaine forme de cinéma --l'ère des producteurs-- est concurrencée avec le numérique par d'autres --ére des multi-diffusions, des multi-images--, le cinéma se revitalise et s'ouvre géographiquement.

Personnellement, je n'ai pas moins d'amour pour les films des années 1920. Les jeunes cinéastes du Brésil, d'Inde, du Mali, des Etats-Unis, même s'ils s'intéressent à la photographie ou aux jeux vidéos, restent toujours scotchés par Hitchcock ou Vertov.

Alors, que Godard maintienne l'exigence de son cinéma non formaté, sans alibis, et qui doit faire modèle, mais qu'explosent aussi parallèlement toutes les manières de montrer et de raconter. Le cinéma avance (quel que soit le vecteur). Il avance en dévorant Godard, comme Godard a dévoré Gance.

Soyons iconophages !

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09 : 03 : 10

Ceux qui savent

Le public n'a probablement pas idée de ce qui est fait en son nom. Il peut probablement l'entrapercevoir dans l'abêtissement télévisuel (un naufrage) : parce qu'on s'adresse à ceux qu'on considère comme des cons, on fait des programmes les plus veules, les plus scandaleux, les plus clinquants (c'est la victoire du nul, le plus petit dénominateur commun, le vertige du précipice). Il s'agit bien sûr d'attirer l'attention du plus grand nombre le plus longtemps possible pour vendre n'importe quoi ou cibler des groupes particuliers, "segmenter" les consommateurs addicts.

Mais le public n'imagine pas à quel point les médias dans leur ensemble sont soumis à "ceux qui savent", c'est-à-dire ceux qui jugent de façon péremptoire ce qu'on doit et ne doit pas dire et comment le dire. Le direct radio y échappe un peu quoiqu'il est devenu indispensable de couper la parole toutes les 10 secondes pour ramener l'interlocuteur au seul sujet qu'on veut entendre ou le pilonner sur ce qu'on pense être un problème ou un scandale.

En tout cas, dans la presse écrite et dans l'édition, "ceux qui savent" pèsent de façon drastique. Ils "savent" donc que le public ne lit plus et qu'il ne peut comprendre qu'une idée à la fois. Les textes sont coupés, réécrits sans vergogne de manière à ce que leur titre suffise à les comprendre : une accroche et un petit développement de cette accroche, des mots simples, des phrases courtes. Journalistes et écrivains, charcutés jour après jour, filent doux...

La pensée moyenne, qui est la pensée médiocre, celle des plus dangereuses modes intellectuelles moutonnières et de la lâcheté, triomphe ainsi. Dans ce cadre, il faut soi-même se résumer, se caricaturer, se vendre en ayant une image de marque, avec une idée répétée inlassablement en perroquet, en trépané bêlant, ou un chapeau, une écharpe, un tic... 

Face à cela, c'est l'omerta générale, car chacun tremble de perdre sa place ou de subir des boycotts, des disparitions médiatiques. Je crois et appelle donc à la révolte des spectateurs-acteurs, toutes celles et tous ceux qui refusent la bouffe insipide, les solutions "définitives" comme les nanotechnologies, et sont prêts à descendre dans la rue pour les fromages au lait cru (c'est une image, cela peut être le canard laqué de ferme traditionnelle). Tous les sans-filistes exigeants en réseau.

Pourquoi un moule codé ? L'écriture  prolonge l'individu. Elle véhicule sa pensée comme ses affects. Nous voulons des écritures différenciées, pas des passe-plats de dépèches standardisées ou des romans (et essais) formatés, nous voulons des ruptures, des scories, des maladresses, des naïvetés, des fulgurances, des écritures expérimentales avec des phrases courtes ou longues, des mots savants ou grossiers, de la discontinuité.

"Ceux qui savent" méprisent de fait le public et nivellent les médias, comme les expressions culturelles. Moi, je suis ainsi souvent à côté de la plaque. Ce faisant, j'espère (et ce site le confirme) parler pour beaucoup subissant le laminoir, la dictature inouïe des penseurs patentés, se trompant avec aplomb jour après jour et qui ensuite ne cessent de récupérer, paniqués mais avec un culot d'acier, les idées de ceux qui ne savent pas, poissons des abysses, obscurs besogneux.

Rassemblons vite les êtres fragiles des noirceurs marines, les atypiques. Que des jets d'encre fusent de partout. Bannissons la norme.

 

 

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03 : 03 : 10

Cinéma espresso !

Oh oui, il est temps de se cacher, de montrer sa nature patibulaire patchwork mafio-japono-dogon... Orlan, artiste très intelligente et dont j'apprécie (évidemment) beaucoup les derniers travaux sur l'hybridation, m'envoie un avis de "finissage" d'exposition. C'est une belle idée venue d'Allemagne : on fait la fête pour le vernissage et on refait la fête pour le finissage, ce qui incite les retardataires à venir.

Là, je suis en finissage de film. Tous à Yverdon le 7 mars à 16h pour le lancement officiel, dans le cadre de l'année Utopies & Innovations, du premier des cinq longs-métrages du "cinéma espresso" (voir "Films" sur ce site). "La fabrique des images hybrides" (titre choisi et annoncé depuis des mois, dois-je préciser, bien avant notre Descola pathétique...) traite du Japon : censure à Hiroshima, fascination pour le vainqueur super-héros (Etats-Unis), tradition insulaire très puissante tout en inventant une culture globale mixant les influences...

Le finissage enfiévré est l'étape la plus terrible car il faut rester lucide en l'occurrence entre la volonté d'une proposition rigoureuse, atypique, esthétique et les explications nécessaires pour que puissent être comprises les traces d'une longue et très difficile enquête. Maux de crâne avant. Maux de crâne (terribles) pendant, car il ne fallut pas relâcher l'attention d'une seconde. Maux de crâne après en attente du moment décisif (et de tout ce qui peut l'empêcher ou le pervertir).

Je suis un patchwork en décomposition.

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