09 : 03 : 10

Ceux qui savent

Le public n'a probablement pas idée de ce qui est fait en son nom. Il peut probablement l'entrapercevoir dans l'abêtissement télévisuel (un naufrage) : parce qu'on s'adresse à ceux qu'on considère comme des cons, on fait des programmes les plus veules, les plus scandaleux, les plus clinquants (c'est la victoire du nul, le plus petit dénominateur commun, le vertige du précipice). Il s'agit bien sûr d'attirer l'attention du plus grand nombre le plus longtemps possible pour vendre n'importe quoi ou cibler des groupes particuliers, "segmenter" les consommateurs addicts.

Mais le public n'imagine pas à quel point les médias dans leur ensemble sont soumis à "ceux qui savent", c'est-à-dire ceux qui jugent de façon péremptoire ce qu'on doit et ne doit pas dire et comment le dire. Le direct radio y échappe un peu quoiqu'il est devenu indispensable de couper la parole toutes les 10 secondes pour ramener l'interlocuteur au seul sujet qu'on veut entendre ou le pilonner sur ce qu'on pense être un problème ou un scandale.

En tout cas, dans la presse écrite et dans l'édition, "ceux qui savent" pèsent de façon drastique. Ils "savent" donc que le public ne lit plus et qu'il ne peut comprendre qu'une idée à la fois. Les textes sont coupés, réécrits sans vergogne de manière à ce que leur titre suffise à les comprendre : une accroche et un petit développement de cette accroche, des mots simples, des phrases courtes. Journalistes et écrivains, charcutés jour après jour, filent doux...

La pensée moyenne, qui est la pensée médiocre, celle des plus dangereuses modes intellectuelles moutonnières et de la lâcheté, triomphe ainsi. Dans ce cadre, il faut soi-même se résumer, se caricaturer, se vendre en ayant une image de marque, avec une idée répétée inlassablement en perroquet, en trépané bêlant, ou un chapeau, une écharpe, un tic... 

Face à cela, c'est l'omerta générale, car chacun tremble de perdre sa place ou de subir des boycotts, des disparitions médiatiques. Je crois et appelle donc à la révolte des spectateurs-acteurs, toutes celles et tous ceux qui refusent la bouffe insipide, les solutions "définitives" comme les nanotechnologies, et sont prêts à descendre dans la rue pour les fromages au lait cru (c'est une image, cela peut être le canard laqué de ferme traditionnelle). Tous les sans-filistes exigeants en réseau.

Pourquoi un moule codé ? L'écriture  prolonge l'individu. Elle véhicule sa pensée comme ses affects. Nous voulons des écritures différenciées, pas des passe-plats de dépèches standardisées ou des romans (et essais) formatés, nous voulons des ruptures, des scories, des maladresses, des naïvetés, des fulgurances, des écritures expérimentales avec des phrases courtes ou longues, des mots savants ou grossiers, de la discontinuité.

"Ceux qui savent" méprisent de fait le public et nivellent les médias, comme les expressions culturelles. Moi, je suis ainsi souvent à côté de la plaque. Ce faisant, j'espère (et ce site le confirme) parler pour beaucoup subissant le laminoir, la dictature inouïe des penseurs patentés, se trompant avec aplomb jour après jour et qui ensuite ne cessent de récupérer, paniqués mais avec un culot d'acier, les idées de ceux qui ne savent pas, poissons des abysses, obscurs besogneux.

Rassemblons vite les êtres fragiles des noirceurs marines, les atypiques. Que des jets d'encre fusent de partout. Bannissons la norme.

 

 

Twitter Facebook MySpace Digg


03 : 03 : 10

Cinéma espresso !

Oh oui, il est temps de se cacher, de montrer sa nature patibulaire patchwork mafio-japono-dogon... Orlan, artiste très intelligente et dont j'apprécie (évidemment) beaucoup les derniers travaux sur l'hybridation, m'envoie un avis de "finissage" d'exposition. C'est une belle idée venue d'Allemagne : on fait la fête pour le vernissage et on refait la fête pour le finissage, ce qui incite les retardataires à venir.

Là, je suis en finissage de film. Tous à Yverdon le 7 mars à 16h pour le lancement officiel, dans le cadre de l'année Utopies & Innovations, du premier des cinq longs-métrages du "cinéma espresso" (voir "Films" sur ce site). "La fabrique des images hybrides" (titre choisi et annoncé depuis des mois, dois-je préciser, bien avant notre Descola pathétique...) traite du Japon : censure à Hiroshima, fascination pour le vainqueur super-héros (Etats-Unis), tradition insulaire très puissante tout en inventant une culture globale mixant les influences...

Le finissage enfiévré est l'étape la plus terrible car il faut rester lucide en l'occurrence entre la volonté d'une proposition rigoureuse, atypique, esthétique et les explications nécessaires pour que puissent être comprises les traces d'une longue et très difficile enquête. Maux de crâne avant. Maux de crâne (terribles) pendant, car il ne fallut pas relâcher l'attention d'une seconde. Maux de crâne après en attente du moment décisif (et de tout ce qui peut l'empêcher ou le pervertir).

Je suis un patchwork en décomposition.

Twitter Facebook MySpace Digg


28 : 02 : 10

La honte

Je me suis réjoui de l'Ours d'argent donné à Roman Polanski à Berlin et me félicite de la couverture ces jours-ci du magazine Le Monde magazine. En effet, Roman Polanski a subi depuis plusieurs mois des silences gênés et hypocrites, ce qu'il faut qualifier de honte médiatique collective.

C'est un peu ce qu'aurait pu endurer Daniel Cohn-Bendit si la ficelle réchauffée bayrouenne n'avait pas parue trop grosse... Car "pédophile" fait désormais office de marqueur définitif d'infamie. 

D'habitude, la France a la détestable et snobinarde habitude de ne reconnaître le talent de ses enfants qui ne sont pas dans le "moule", dans le "main-stream", bref ceux qui dérangent et innovent en marge, que lorsque ces derniers ont été encensés à l'étranger. Là, ils peuvent revenir en filles ou fils prodigues. Sinon, pour peu qu'ils restent collés au bitume parisien comme à la glaise du Lot, il leur faut mourir pour se voir reconnaître quelques mérites, sinon devenir gâteux tout juste bons à se faire piquer de médailles.

En revanche, les étrangers has been ou never been en goguette ou les immigrés de luxe (culturels) bénéficient d'un prestige exotique parfois excessif.

Roman Polanski --même si on peut estimer ses derniers films plus convenus-- a apporté au cinéma des merveilles de récits déjantés, pantalonnades existentielles, à apparences multiples, comme d'ailleurs Roland Topor, auteur du Locataire chimérique. Il s'est réfugié en France, persécuté par un système judiciaire rapace aux Etats-Unis, ce qu'avait fait plus tôt un autre génie du double sens : Charlie Chaplin (en allant en Suisse). Mais, à peine dernièrement fut-il arrêté pour une affaire vieille de dizaines d'années et dont la plaignante ne voulait plus entendre parler, que l'omerta se mit en place.

Ce retour de l'ordre moral, cette méconnaissance de l'état d'esprit libertaire propre à ces années, en plus chez quelqu'un qui fut une victime grave (l'assassinat sauvage de sa femme enceinte), sont indécents et d'une bêtise crasse. D'abord, on peut être un salaud et un grand créateur (voir Aragon avalant les purges partisanes, tout en restant un très lumineux écrivain ou --plus insupportable encore-- Céline). Ensuite, Polanski n'a rien fait de plus que de pratiquer l'esprit de jouissance, de rêve et d'oubli, propre à son temps. Qui l'en blâmerait ? Il n'était pas un Gilles de Rais, un Barbe-bleue ratissant la campagne pour assouvir ses perversions, un Dutroux.

Alors cessons de donner des leçons à postériori, d'être des résistants 30 ans après, d'avoir des certitudes anachroniques. Je suis heureux que Roman Polanski soit honoré comme le mérite cet entomologiste de nos névroses et de nos dérèglements. Merci Roman.

Twitter Facebook MySpace Digg


27 : 02 : 10

La faillite des images

J’avais décidé de ne jamais écrire ces lignes. En effet, je suis sorti furibard de l’exposition « La fabrique des images » de Philippe Descola au musée du Quai Branly. Pour moi : tout ce qu’il ne faut pas faire. Et puis, je me suis calmé et ai choisi de me taire, d’oublier. En effet, comme j’ai consacré trente ans de ma vie à travailler sur ces fameuses « images » (mises aujourd’hui à toutes les sauces), je me suis dit que tout bémol apparaîtrait immanquablement comme une marque de jalousie.

 

Ma nature en effet est plutôt indulgente et je préfère encourager des démarches thématiques osées, casse-gueule (des présentations qui bousculent), plutôt que l’alignement monographique facile sur des murs blancs : l’expo hôpital. Ainsi, Yves le Fur avec « D’un regard l’Autre » m’avait séduit à l’inauguration du quai Branly, comme, plus récemment, Jean-Hubert Martin jouant à « Une image peut en cacher une autre » ou --quoi que l’on pense de ses positions-- le formidable « œil » de Jean Clair et sa « Mélancolie ». Des aspects pouvait sûrement être critiqués, mais il y avait dans les trois manifestations une vraie compréhension du visuel et un sens de la mise en scène qui dépassaient la glose : une exposition n’est pas un livre.

 

L’article de Philippe Dagen dans Le Monde du 27 février 2010 me fait sortir de mon silence. D’abord, je souscris à chaque ligne de l’article. Ensuite, je crois, sur le fond, utile de pointer dans cet échec trois dangers à ne pas renouveler.

 

Premier danger : même si aujourd’hui tout fait image et tout circule par représentation sur écran, cessons d’employer n’importe comment ce mot pour faire mode sans essayer de comprendre les statuts des images, leurs rapports aux objets, et leurs fonctionnements (Descola ignore complètement les trois). Deuxième point grave : prendre un thème artificiel, comme ce classement de la création humaine en quatre parties (pourquoi pas six ? pourquoi celles-là ?) et ensuite les remplir au hasard, montre un mépris total de l’objet et de l’image : le processus devrait être inverse et ce sont de longues années à côtoyer les pièces qui généreraient alors éventuellement des hypothèses de classification. Dissuadons tout étudiant de pratiquer ainsi. Enfin, ajouter au méli-mélo actuel un méli-mélo proclamé est pernicieux : voilà les errements des « visual studies » où, avec séduction, on associe une main à une autre, qui ont mille ans de distance et des civilisations totalement différentes.

 

Disons-le, la hardiesse intellectuelle est permise à condition de reposer sur un vrai travail premier d’inventaire et de contextualisation. Voilà la nécessité de bases historiques sur les images, de repères. Si tout le monde consomme des images, réfléchir sur ces images nécessite enquêtes et labeur. Hors de cela, nous basculons dans la création artistique subjective. Mais, pour cela, encore faut-il un amour du visuel et une réelle capacité créative, pas des livres sur les murs.

 

Donc tout faux. Bancal et prétentieux, a-scientifique et même pas séduisant visuellement. N’y emmenez personne. Passez au large quand vous vous promenez au Quai Branly et bannissons tout scolaire de cette catastrophique entreprise de foutoir mental.

Twitter Facebook MySpace Digg


26 : 02 : 10

Survivalists and 2012 ?

Le film 2012 (ou les Mayas : fêtons donc dignement le 21 décembre 2012 censé être la fin du monde) et la vieille manie des survivalistes hantent certains Etats-Uniens faibles du bonnet et des Européens de l'Ouest consommateurs frileux, habitués de la plainte et de la jérémiade, victimes avant même d'avoir subi quoi que ce soit. Quelle perspective que de se perpétuer dans des abris anti-atomiques ! Quel bonheur que de passer des années à végéter comme des produits avariés ou du congelé ! Quelle utilité que l'hygiénisme à tout crin pour attraper des allergies ! Sociétés de la déploration, sociétés d'esclaves passifs, sociétés moisies.

Cette Europe névrosée ou cette Amérique cinglée sont en train de contaminer, par la manie de l'assistanat tous azimuts, des peuples d'autres continents élevés dans le pragmatisme et la responsabilité individuelle. Il est temps de réagir, d'inverser les points de vue. C'est la lutte des plurofuturos, de ceux qui construisent leur devenir, sans illusions, avec la détermination des désespérés, qui alertent la planète et veulent des solutions plurielles, contre les monorétros, les tenants du passé (toujours meilleur dans son idéalisation), de l'arrêt de l'histoire et d'une conception unique du monde : la leur.

La question en fait n'est pas de survivre mais de vivre. La question n'est pas de durer comme un poulpe baveux mais de jouir et profiter de chaque petit moment. La question n'est pas d'avoir peur du futur et de se sentir impuissant, mais de prendre en mains la nature de son existence et repenser notre vivre-en-commun, ici d'abord, dans ce que l'on voit.

La responsabilité de chacune et chacun est première. Et puis, quand tout s'écroule, comme en Thaïlande ou à Haïti, on ne perd pas son temps en lamentations, on aide, on agit, on reconstruit. Le drame est aussi normal que son absence. Il est temps que la restitution de la mort et de la souffrance dans notre quotidien, de leur potentialité, soient des moteurs d'énergie, de jouissance, de créativité.

No survivalism. We want to live day after day ! 2012 is shit. We build here and everywhere : that is the struggle of Plurofuturos against Monoretros !

Twitter Facebook MySpace Digg


21 : 02 : 10

Fils de

J'ai trop tendance à traiter ici de sujets graves. Probablement comme un anti-poison à la soupe ambiante et parce que je n'aime pas que le lecteur perde son temps, au risque du pudding. Alors égrenons un peu de jazz manouche avant de retomber dans mes manies.

Hier soir, j'ai passé au théâtre Traversière un moment merveilleux avec Angelo Debarre et les musiciens qu'il a rassemblés, dont un petit timide dans un coin appelé Thomas Dutronc, qui poussa la chansonnette. L'aspect virtuose et jubilatoire de cette musique me fit penser en contrepoint à la néantisation télévisuelle actuelle. Comment des émotions si fortes et si directes --entre allégresse papillonnante et encre noire dans la bouche, façon blues, fado, mélodies arabo-andalouses ou certaines d'Inde...--, qui ne nécessitent aucun savoir pour être ressenties, ne sont pas davantage montrées ?

Et puis j'ai aussi songé à notre petit T. D. Si vous croisez ses parents, vous leur direz que c'est une belle réussite. Pourtant nous sommes dans une période glauque de dynasties, partout. Des ratés variétoches n'en finissent plus de braire outre-tombe et leurs enfants tentent de se placer. Petites magouilles locales car ces piquettes sont inexportables.

Chacun sait que je suis pour la suppression de l'héritage matériel, source évidente d'inégalités injustifiables et malédiction pour les déshérités ou les trop héritiers. J'ai laissé mes enfants faire ce qu'ils souhaitaient, en leur disant toujours que mon seul souci n'était pas la nature de leur rôle social mais la joie potentielle avec laquelle il pouvaient jouir de chaque matin.

Alors, T. D. fut doublement stigmatisé. Il aurait pu sombrer dans l'angoisse de ceux qui tombent dans l'abîme de n'être que par rapport à d'autres, jamais sûrs d'exister vraiment. Il aurait pu aussi grossièrement exploiter les bijoux de famille. Il suit une voie musicale particulière et dispose d'un humour froid qui calme les crétins et les crétines.

Mais, dans notre temps de rapacité dynastique où 2% des adultes les plus riches possèdent 50 % de la richesse planétaire, il s'agit probablement d'un contre-exemple. Heureux, souhaitons-le, car fondé sur un projet ludique. Décidément, le nomadisme, qui interdit l'accumulation et limite la propriété individuelle, a du bon. En tout cas musicalement, quelle claque éblouissante...

Twitter Facebook MySpace Digg


19 : 02 : 10

Le nouveau négationnisme

Ouvrons les vrais débats. D'accord ou pas d'accord, un regard plurofuturo à diffuser :

A la fin du XXe siècle, quelques-uns, sous des dehors scientifiques et accompagnés par une cohorte de paranoïaques imbibés de théories du complot, visèrent à nier l'extermination des juifs par les nazis. Ils s'engouffrèrent dans les excès et approximations médiatiques de personnes qui n'avaient ni vécu les événements, ni étudié précisément leur histoire. La mauvaise réaction française fut d'excommunier, d'interdire, ce qui renforça le sentiment de vérité impossible à dire.

Lorsqu'en 1995, nous réalisâmes avec François Bédarida une exposition sur le système concentrationnaire nazi, nous décidâmes, en plein accord avec toutes les associations de déportés, de dire les faits vérifiés : tous les camps n'étaient pas des camps d'extermination et n'avaient pas de chambre à gaz ; de la correspondance pouvait s'envoyer de camp à camp ; les situations matérielles changèrent notablement entre les années 1930 et 1945 ; des chiffres avaient été exagérés... De toute façon, l'horreur patente fut telle et la volonté planifiée (expliquée clairement déjà dans Mein Kampf) d'apporter la "solution finale de la question juive" avérée, qu'il était inutile et nocif de ne pas être précis.

Aujourd'hui, rebelotte. La vague écolo fait des esprits chagrins. Dans ces colonnes, contre la religion écologiste, nous défendons une écologie critique, évoluant, scientifique et expérimentale. Mais la conjugaison d'erreurs du GIEC, d'incertitudes scientifiques normales, de jalousies de chapelles et d'intérêts (lourds comme le pétrole) contrariés, organisent un révisionnisme médiatique.

Pour le contrer, là encore, l'interdiction serait stupide et contre-productive. Le catastrophisme, l'appel à l'Apocalypse façon hululements du planeur photographe, font jeter le bébé avec l'eau du bain, puisqu'il est facile d'en montrer sur des points précis les exagérations et les incertitudes.

Alors, la question fondamentale n'est pas celle des doutes climatiques, mais ce qui s'observe partout (photo de pollution atmosphérique à Bombay) : les pollutions galopantes des terres, de l'air et de l'eau. Notamment à cause du pétrole et de son dérivé le plastique. La poubelle Terre tue. Et la production de masse, loin d'apporter des bienfaits, acculture et fait régresser la qualité du vivre-en-commun. C'est donc un aggiornamento planétaire qui est nécessaire, n'aboutissant à aucun modèle d'ensemble, mais des décisions drastiques de sauvegarde collective et une infinité de choix individuels et collectifs locaux : repenser la différenciation.

La réponse aux négationnistes écologiques est double : d'abord chercher d'où ils parlent et les intérêts inavouables qu'ils défendent ; ensuite, ne pas s'empêtrer sur la question du climat, quand la pollution tangible tue tous les jours et salit l'ensemble du globe.

Rappelons alors, pour éviter les amalgames pernicieux, que chaque phénomène historique est spécifique, unique. Seuls des parallèles peuvent s'établir. Donc. Oui, Hitler a voulu exterminer les juifs dans un régime basé sur le racisme. Oui, les activités humaines depuis le XIXe siècle ont transformé radicalement l'aspect et le contenu de la planète : flore, faune, minéraux, air, liquides, humains.

Twitter Facebook MySpace Digg


17 : 02 : 10

Erro et la circulation planétaire des images

Il faut rire. Alors, nous rions. Trois colosses façon première ligne de rugby, comme dit Erro. Mais Erro est fatigué. Comment exprimer l'affection que nous lui portons --homme admirable et généreux-- mon ami Hans-Joachim Neyer, qui monta la grande exposition itinérante de Hanovre, et moi-même ?

Allez massivement voir l'extraordinaire donation de collages faite au Centre Pompidou, subtilement choisie par Christian Briend. Ce sont ces collages réalisés dans une fièvre automatique qui sont au coeur de la création de cet immense artiste, souverainement indépendant, et qui a compris avant les autres l'absurdité de la guerre froide et le vertige de la circulation planétaire des images.

J'ai failli, durant un vernissage bondé, faire un grave incident diplomatique. En effet, d'un seul coup, une espèce de criquet agité me bouscule violemment, à tel point que j'ai failli écraser l'insecte contre le mur en réaction de défense. Quelle ne fut pas ma surprise quand je m'aperçus qu'il s'agissait d'une autorité locale... Les temps sont médiocres.

L'exposition aurait décemment mérité le double de place pour faire respirer les oeuvres. Quand un établissement reçoit un pareil ensemble d'un créateur aussi important, cela s'imposait. L'ouvrage, en revanche, est très bien conçu (pas juste parce que j'y ai commis un article).

Et, avec Jean-Jacques (Lebel), qui était probablement le visiteur le plus légitime dans ce brouhaha, parce que c'est lui qui a accueilli Erro à son arrivée à Paris il y a cinquante ans pour lui faire découvrir "celles et ceux qui bougeaient", nous avons devisé. En pensant d'abord à notre amie Laurence, dont le drame ne nous quitte pas. En observant banalement ces pingouins occupés de tout sauf des oeuvres, récupérateurs imbéciles de succès dont ils ne comprennent rien. En étant jubilatoires devant la fulgurance prometteuse des collages les plus anciens.

Erro, pudique et volontaire, nous t'aimons et t'admirons profondément.

Twitter Facebook MySpace Digg


11 : 02 : 10

L'ordre psychique

Se faire convoquer en 2010 par un psy dans une crèche pour un enfant en pleine forme de 2 ans et demi ! Dans quelle société sommes-nous ? Après les flics du corps et leurs pilules de perlimpinpin, les flics de l'esprit. Il faut être normé, pas de caractère entier, pas de colère, pas de passions...

Les sociétés occidentales --et notamment la société française-- traversent une mauvaise passe. C'est la déresponsabilisation totale, l'assistanat général pour consommateurs passifs. Le psy est le prêtre obligé des institutions laïques. Au nom de quoi ce parasite payé par l'impôt collectif existe-t-il ? Pour distiller des crétineries de comptoir destinées à destabiliser les mères ? Si quelqu'un souhaite consulter, cela relève du domaine privé.

Voilà donc un signe de plus de la normalisation en cours. On veut faire des clones dociles. Après le politically correct qui masque le retour violent de la censure, les psys en crèche !

Le phénomène n'est pas isolé, dans les dérives charriées par ce sale "politically correct", cette gouvernance d'affichage démagogique. Ainsi, une loi veut condamner le "harcèlement psychologique dans le couple". Faut-il que nos sociétés soient malades pour pareilles dérives. Jadis, on riait grassement des femmes battues en disant qu'elles l'avaient mérité ou qu'elles aimaient cela. Notons que l'acte même serait aberrant pour la société laotienne, par exemple. Dans nos pays, que je sache, battre --parfois jusqu'à la mort-- qui que ce soit est gravement condamnable. Bon, on renforce les mesures afin de stigmatiser un interdit particulier. Pour faire signe. C'est salutaire. Mais assortir cela subrepticement de mesures sur le harcèlement psychologique (3 ans de prison et 75 000 euros d'amende...) en dit long concernant nos dérives.

Qui va juger du harcèlement ? Les couples vont vivre maintenant avec avocats et huissiers à demeure ? Chacun installera des caméras-témoins ? Déjà, l'épidémie de séparations avec enfant crée des imbroglios destructeurs, des cancers mentaux de longue durée. La judiciarisation kafkaïenne franchit un pas de plus, avec le risque du mensonge absolu pour faire chanter quelqu'un, s'en débarrasser ou se venger.

Disons-le, les psys et les avocats --gangrène proliférante et intéressée-- sont l'expression même de la déresponsabilisation des individus et de la destructuration de notre pacte social (la dépression collective française décrite en 2010 par le rapport Delevoye). N'en rajoutons pas une couche.

Regardons ailleurs. Ayons la modestie de nous apercevoir que d'autres civilisations fonctionnent mieux, que notre modèle est pervers et usé, que nous construisons une grande maison de retraite pour grabataires râleurs, que nous ne savons que bourrer de vieilleries rétros nos jeunes et leur parler de peur, que nous sommes terrorisés et repliés au lieu de profiter de la grande chance d'un monde de circulations et d'échanges.

De plus, sachez que c'est par l'accident et par la transgression que les sociétés avancent et innovent. Refusons l'esclavage psychique déjà suffisamment organisé par la crétinerie télévisuelle.

Twitter Facebook MySpace Digg


06 : 02 : 10

Principe de précaution, principe de lâcheté

Ouvrons les perspectives. Permettons de vrais débats. D'accord ou pas d'accord, voilà un regard plurofuturo à citer, à diffuser :

Pourquoi donc la France est-elle allée inscrire le principe de précaution dans sa constitution ? Ce pays, ayant si peu confiance dans ses habitants et dirigeants, passe son temps à légiférer pour ensuite se prendre les pieds dans le tapis (voir tous les lobbies communautaires).

Alors il faut se protéger contre tout et, les tempêtes pouvant advenir, les arbres sont en survie. Principe de précaution, principe de lâcheté, absurdité du risque zéro, culte de la normalité. Notre société entretient l'individu dans l'idéologie de la durée et l'illusion de la protection. La lâcheté interdit d'affirmer que l'accident est aussi normal que son contraire, que la catastrophe n'a pas forcément des responsables, que c'est à l'individu de se battre pour sa survie. Les habitants d'Haïti furent des modèles de dignité à cet égard.

Sans compter la gabegie bouffonne du H1N1. Pourquoi n'avoir pas fait le même cirque pour la grippe "normale", qui tue aussi ? Pendant ce temps, l'épidémie de cancers continue, la pollution de l'air, l'usage des matières plastiques...

Il faut se protéger et normer : beaucoup de médecins, de psys, d'économistes et de juges ont perdu et la raison et le sens commun. Ils parlent des langues étrangères. Echappons-nous de cet asile moyen, de la survie, où des jeunes Français râlocheurs à 25 ans comptent leurs points de retraite et s'ils peuvent travailler 10 minutes de moins par jour, anesthésiés de la vie... Vivons et crevons sans faire chier des générations de garde-malades. Un peu de dignité. Un peu d'exigence. Un peu de lucidité.

Peur. Peur de tout. Aucun risque. On s'étouffe pourtant aussi au lit ! Le principe de précaution est ainsi appliqué avec excès et sans logique (pas d'interdiction des biberons en plastique). S'il s'agit d'empêcher les OGM, un simple principe de prudence au coup par coup suffit (en quoi avons-nous besoin des produits Monsanto ?). Je pars en voiture à travers l'Inde en acceptant d'y mourir sans rien faire pour, mais ici aussi la mort me guette. J'ai appelé cela une conception du fatalisme dynamique.

Les options collectives doivent de toute façon permettre des débats. En plaçant l'individu éclairé devant des choix. Maintenons des parcs arborés en centre ville, au nom de risques bien compris. Supprimons en revanche les émissions du pétrole au nom d'un principe de prudence et une réflexion basique d'agrément.

Plurofuturo, pensée prospective. Cela consiste alors à la fois en certains principes de vigilance, le choix averti du risque; balancés avec la réévaluation de la responsabilité individuelle et de la volonté. Mais en tout cas pas l'absurdité de l'assurance universelle du principe de précaution et la lâcheté individuelle organisée dans la compétition médiatique à la victimisation.

Supprimons la mauvaise odeur de moisi qui règne ici.

Twitter Facebook MySpace Digg


1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | 25