27 : 04 : 11

Ne laissons pas le champ des idées aux néoréactionnaires !

Généralement, les textes-tracts sont éphémères et circonstanciels. Ils se lisent à peine et se jettent, gâchant le papier. Voici tout l'inverse : 30 à 40 ans de réflexions résumées en une feuille, téléchargeable, diffusable, tirable sur papier, distribuable. Pour une fois, lisez et conservez. Ce texte a été distribué --symboliquement, historiquement et dérisoirement-- à l'Assemblée nationale française le mardi 3 mai 2011 (photographie par Jean-Hugues Berrou). Il a été posté et mailé aux politiques et aux médias.

Ne cédons rien à l'aveuglement et à la paresse intellectuelle. Occupons le terrain des idées. Diffusez-le. Faites savoir.

Stop !

Regardez les vraies urgences


Chômage ?

Il est temps d’instaurer une pensée de l’utilité sociale qui change le rapport au travail (un travail-enfer ou un chômage-enfer contre des loisirs-paradis). Ainsi les frontières mentales seront abolies entre travail salarié et travail non salarié. Ainsi pourront être qualifiées et labellisées des entreprises éthiques (fonctionnement interne, nature des produits et services, utilité sociale et environnementale). A cet égard, les systèmes coopératifs ou mutualistes (pour les banques) prendront une actualité nouvelle. Enfin, il est indispensable d’évaluer des administrations efficaces et utiles, évoluant dans leurs services, qui font parfois ouvertement de l’insertion sociale.

Pouvoir d’achat ?

Il faut remettre l’économie au service du politique. Pour cela, retour à l’hyper-local : d’abord s’occuper de notre vivre-en-commun et en déduire localement ce que cela signifie. Veux-t-on vivre à Limoges comme à Carpentras ? Il est temps de penser des micro-économies et des micro-marchés dans des croissances diversifiées. Pas un productivisme uniformisé planétaire destructeur de l’environnement, ni une sorte de big bang de la décroissance, mais du « tri sélectif » adapté à chaque situation, à Wellington, Shangaï, Ouagadougou, Houay Gnoum ou Saint-Agrève.

Insécurité ?

C’est par l’action de consommateurs-acteurs que s’organise la vie de nos villages (en Ethiopie ou dans le Cotentin) et de nos micro-quartiers dans les villes et mégalopoles (Sao Paulo ou Marseille). La question n’est pas seulement la responsabilité, la mobilisation des familles, la sanction partout égale, mais aussi des choix directs de priorité à la proximité, d’éducation, de solidarités, d’agricultures vivrières contre des monocultures intensives, de fiertés collectives par des actions communes… La morale (ou le moral) du quartier est la morale (ou le moral) de chacune et chacun, son imagination, sa mobilisation dans la valorisation de son lieu de vie.

Education ?

Il est temps d’analyser quelle est la boussole éducative nécessaire à notre environnement (lire, écrire, compter, mais aussi se situer géographiquement et historiquement, philosophiquement, visuellement ou musicalement…). La priorité est à l’acquisition de ces bases pour toutes et tous. Ensuite, il importe d’assurer des apprentissages tout au long de la vie, car une politique de castes par diplôme (qui ne signifie rien en capacité à animer des équipes et innover) reste inadmissible, tout en constituant un extraordinaire gâchis d’énergies. Le mouvement permet également –dans une optique d’utilité sociale renouvelée—d’opérer une conjugaison des générations, abolissant le couperet drastique et stupide de la retraite. Faisons tout cela dans une restitution du sens de l’effort, du travail, de l’excellence. Admirons à nouveau nos savants et nos pédagogues et pas seulement nos sportifs et nos bateleurs.

Santé ?

L’affaire est individuelle, comme une grande peur. Elle est collective aussi (accès aux soins pour toutes et tous). Le fatalisme dynamique reste la seule façon de comprendre la catastrophe naturelle et le drame personnel comme normaux, aussi normaux que leur absence. L’individu doit désormais se responsabiliser face à sa santé et celle de ses proches (comas, longues maladies…), ne pas être un consommateur de poudres magiques, de gourous ou d’opérations-éclair mais engagé dans une vraie réflexion sur l’intensité, la durée, le risque choisi et la possibilité de l’arrêt. Soyons adultes.

Justice ?

La justice est devenue une langue étrangère faite pour les avocats et les juges, bourrant des prisons indignes productrices de délinquance. La justice doit reparler une langue compréhensible par toutes et tous, dans les prétoires ou en dehors. Car la justice n’est pas juste affaire de procédures mais l’enjeu général d’un vivre en commun. Elle ne signifie pas l’égalité, notion impossible à mesurer dans notre univers de diversité. Elle suppose surtout des règles semblables. Disons-le, un peu partout dans le monde à quelques exceptions près (des micro-communautés souvent), l’organisation générale de la société est inacceptable moralement et économiquement. Aujourd’hui --il faut le souligner--, l’accumulation exponentielle de l’argent dans quelques mains est particulièrement dangereuse (crises) et improductive. Localement et mondialement, le système doit être transformé, par des règles de transparence et de redistribution, l’arrêt de spéculations artificielles, l’imposition lourde des héritages les plus considérables, le développement de l’impôt sur le revenu face aux impôts indirects, la nécessité de la redistribution quand l’argent n’a plus de sens, la compréhension de la monnaie comme juste un aspect de l’utilité sociale….

Peur du lendemain ?

Dans son quartier, dans son village, nous sommes toutes et tous dans la même barque. Les crises, les tsunamis, les nuages volcaniques ou nucléaires, les pollutions des mers, les médicaments dangereux ou la nourriture cancérigène sautent allègrement d’un continent à l’autre. Les infos aussi. Voilà pourquoi toutes les théories de la muraille, du bunker, de l’exclusion, sont mensongères et idiotes. Peur généralisée ? Maîtrise d’ici, où que l’on soit. Le rapport local-global nouveau est bien celui-là : sortir de la société du spectacle pour devenir des spectateurs-acteurs en réseau qui dialoguent. L’isolement n’a pas de sens, mais la crainte d’être broyé dans un monde sur lequel on a perdu toute maitrise non plus. Notre pouvoir local reste direct et considérable –plus important d’ailleurs aussi en le montrant et en le faisant savoir, comme lorsque les Inuit de Kanjirsujuuaq expliquent comment ils sont tous coactionnaires de leur supermarché. Alors, la logique veut que les armées disparaissent petit à petit au profit d’une police planétaire, agissant au nom de valeurs collectives évolutives minimales laissant le maximum de latitudes locales.

Environnement ?

Plus personne vraiment ne nie désormais l’impératif écologique. Le plus passionnant en la matière n’est pas le catastrophisme ni les donneurs de leçons d’une nouvelle religiosité, mais le fait que nous sommes obligés de repenser profondément nos comportements individuels et collectifs. Pas pour une petite élite. Les pollutions et la malbouffe touchent les plus pauvres partout. Ainsi, l’expérimentation écologique, la recherche de solutions nouvelles et diversifiées, conduisent à penser rétro-futuro : ce qu’on garde, ce qu’on récupère, ce qu’on abandonne, ce qu’on invente. Nul doute qu’une organisation planétaire minimale (un pacte évolutif) ne soit indispensable pour pouvoir orienter la barque commune. Nul doute qu’il ne faille préserver une indépendance scientifique contradictoire pour nous éclairer.

Traditions et culture ?

Les cultures sont en perdition ? Il faut se protéger et préserver la baguette comme la pâquerette ? Parti voici quelque 60 000 ans d’Afrique, homo sapiens n’a cessé d’évoluer dans ses expressions culturelles. Nous sommes donc toutes et tous des Africaines et des Africains en métamorphoses. Plutôt que de parler de culture, il faut caractériser des formes culturelles : le pluriel s’impose. Il s’impose parce que nous avons des identités imbriquées (brestois, passionné de Japon, juif, taoïste, rugbyman…) et des histoires stratifiées (locale, régionale, nationale, continentale, mondiale), en vivant l’ubiquité (ici et avec tout ce que nous regardons sur écran). Il s’impose parce que nous pouvons tenir au baroque praguois comme au catch, au rap comme à Hitchcock, à la cuisine comme aux romans sud-américains. Alors, aider aux productions culturelles diverses (qui font image de plus) est donc aussi important que de permettre, non seulement de préserver la diversité (ce qui serait conserver l’existant seulement) mais surtout de diversifier la diversité (c’est-à-dire innover, inventer).

En ce sens, par exemple et tant qu’il existe, le service public télévisé doit être totalement repensé dans des impératifs visibles où le savoir et la création redeviendront des modèles sociaux. Quand à la notion de patrimoine, elle est large et induit, pour chaque société et avec des remises en cause constantes, de choisir ce qui est conservé, ce qui est restauré, ce qui est laissé à l’usure du temps, ce qui est donné ou vendu, ce qui est détruit. Le tout-conservation aveugle ne peut être une politique durable pour des sociétés en évolution.

Bonheur ?

Voilà un mot dangereux. Que de crimes ont été commis en son nom. Que de sacrifices inhumains. Il est temps d’adopter une conception expérimentale et évolutive de l’existence, une conception relative. Alors que nous désespérons souvent de nos modes de vie ici en Europe, nous les exportons de façon violente dans le monde. Ce faisant, en quelques années, nous acculturons des pays entiers par nos subventions, notre pacotille, nos médicaments et nos ONG faisant le Bien ou nos images. Il n’est certes pas de forêt primaire et de civilisation sans évolution et il apparaît normal que chacune et chacun change, mais cela doit se faire dans une bourse mondiale des comportements. Un Yao en pleine forêt a autant raison qu’un Parisien de la Goutte d’Or. Pas de progrès, pas de regrets, un mouvement rétro-futuro, une dynamique évolutive.

Alors, dans ce monde multipolaire, ce monde de la relativité, ce qui devient la vraie césure réside entre les tenants du pluralisme (accepter la pluralité de conceptions du monde et évoluer : plurofuturos) et ceux de la voie unique (avoir une conception arrêtée et figée et vouloir l’imposer partout : monoretros). Désormais –religieux ou pas religieux--, le pluralisme est, pour certaines et certains, un combat sans cesse à renouveler.

Rejoignez-nous, propagez ces idées.

www.see-socioecolo.com

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05 : 04 : 11

Socio-ecolo from everywhere !

Le parti socialiste français a fait 30 propositions pour l'élection présidentielle de 2012. Elles sont intéressantes et prometteuses, donnant des signes dans les domaines qui nous semblent prioritaires : justice et durabilité (voir SEE). Néanmoins, trois aspects manquent : la revitalisation du local, la place du savoir et de la création comme modèles sociaux et la solidarité planétaire. Tentons de hausser les perspectives pour mettre en évidence ces enjeux et aider notre pays à bouger, s'ouvrir, continuer à faire modèle (avec d'autres).

La revitalisation du local consiste à responsabiliser chacune et chacun pour une vraie démarche de citoyenneté. Des consommateurs-acteurs pèsent sur les micro-économies diversifiées des territoires. Des modes de vie et des comportements variés peuvent se développer. Veux-t-on vivre à Quimper comme à Meaux ? Il est temps de comprendre les marges de manoeuvre considérables que nous avons sur notre vivre-en-commun, ne serait-ce que grâce à nos choix de consommation. Les Inuit de Kanjirsujuuaq sont copropriétaires à égalité de leur supermarché et de leur banque. Chaque ville est un agrégat de petits quartiers. Chaque immeuble est une communauté de vie. La vision déstabilisante de choses décidées de loin dans une globalisation aveugle se combat par des comportements de proximité. Il faut réveiller les solidarités locales où chacune et chacun peut agir directement. C'est la remise à plat d'une économie qui devient la conséquence d'attitudes philosophiques individuelles, de choix personnels pour la vie collective dans son univers directement visible.

Deuxième aspect : la mise en valeur du savoir et de la création comme modèles sociaux est désormais un impératif fondamental des sociétés actuelles. La seule visibilité des puissances d'argent ou politiques ou sportives ou des bateleurs médiatiques (chanteurs, acteurs, actrices) ne peut suffire comme modèle pour nos enfants. Cela constitue de plus une vision déformée de l'utilité sociale. Il faut réévaluer le travail comme un moyen d'émancipation et de développement individuel, en sortant de la caricature : travail-enfer, loisirs-paradis. C'est bien à des entreprises éthiques que nous appelons, à une vraie réflexion interne sur les fonctionnements et à la visibilité publique induite. C’est à des administrations efficaces que nous appelons aussi, car le service public est central pour nos sociétés. C’est enfin à un tissu d’associations qui permettent la conjugaison des générations et l’insertion que nous appelons.

Pour tout cela, l'éducation est fondamentale. C'est là où le respect du savoir s'établit et où chaque enfant peut disposer d'une "boussole éducative" : lire, écrire, compter, certes, mais aussi se situer dans l'espace et dans le temps, maîtriser son corps et avoir des repères face à cette nouvelle interface à notre ère de l'ubiquité : le bombardement d'images venues d'ailleurs. L'éducation se fait tout au long de la vie dans une vision évolutive des tâches.

De plus, la déqualification à l'oeuvre par le brouillage et la circulation de tout et n'importe quoi doit être combattue grâce à la mise en valeur des scientifiques et des créateurs. Il faut redonner de l'ambition --et une raison d'être-- au service public télévisé, par exemple, comme à l'édition aidée d'ailleurs. Les cultures sont des expressions sociales fondamentales sur plusieurs niveaux : la défense des diversités d'expressions ; les industries culturelles et leurs développements planétaires ; les images de marque des territoires. Ce sont bien ces ambitions renouvelées avec la volonté de structurer des pôles d'excellence en réseau qui doivent dynamiser ce qui reste peu visible et faire modèle.

Enfin, les catastrophes nous montrent que nous sommes entrés sur une planète pas seulement finie mais inévitablement solidaire. Nous y avons des identités imbriquées dans des niveaux qui vont du local, au national, au continental, au mondial. Il faut penser ici et partout. La chance offerte par les questions globales --énergétiques, de pollution, alimentaires, climatiques...-- réside dans l'obligation de structurer un pacte mondial minimal commun et de repenser, avec une variété de solutions, les comportements quotidiens. La relativité générale conduit à expérimenter partout, écouter, évoluer, sortir de l'illusion d'un modèle parfait applicable uniformément.

La fin de la vérité absolue pour tout le monde,  à l'heure des diversités de convictions et d'interprétations du réel, est une très bonne nouvelle. Elle situe le véritable affrontement à venir : les tolérants qui acceptent (et désirent souvent) l'altérité et les intolérants qui veulent imposer une vision arrêtée de l'histoire et uniformiser les comportements. En antireligieux cohérent, je me sens plus proche d'un religieux tolérant que d'un athée intolérant. Et suis prêt d'ailleurs à combattre toute persécution dans ce domaine.

Voilà donc les termes des vrais débats de fond à mener. Haussons le ton et servons-nous de cette élection présidentielle pour afficher des ambitions, en sortant de débats fétides et éculés qui ne sont en rien porteurs de solutions d'avenir.

PS J'ai eu, après ce texte, un échange électronique avec Michel Onfray. Il a en effet publié dans le journal Le Monde du 3 avril 2011 un article sur les trois gauches françaises : libérale, anti-libérale et libertaire. La distinction est assez juste, sauf qu'il oublie la variable écologiste conduisant à reclassements et sous-classements et liant parfois des tendances qui vont de la droite  bonapartiste ou démocrate-chrétienne aux libertaires. Personnellement, je suis écolo-libertaire et pense que les dimensions sociale et environnementale sont fondamentales (voir SEE). La gauche anti-libérale, que j'appelle autoritaire, m'a toujours fait peur depuis la fin des années 1960, d'où mes amitiés situationnistes et libertaires ou ma seule adhésion au début des années 1970 : au Collège de 'Pataphysique.  D'où le fait que j'ai toujours considéré que le romantisme terroriste des anarchistes perdit le mouvement. Mes amitiés n'ont pas cessé (voir mon film  A travers les utopies). Avec l'âge, j'ai voté pour la gauche libérale et le referai en espérant qu'elle puisse être aiguillonnée par les millions d'écolo-libertaires. Car --je le vois dans le monde-- des masses entières de personnes sont en fait sur cette position théorique dans leur manière de se comporter, sans jamais la définir ainsi par volonté de ne pas s'enfermer dans une étiquette. Du coup, le peu de mobilisation de ces millions de personnes, leur totale invisibilité quand 10 crétins extrémistes occupent les médias et aussi leur non-représentation, puisque la plupart ne votent pas. C'est un grave déficit du système dit-démocratique. Désormais, il faut agir localement, mais aussi le faire savoir. Justice et durabilité.


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30 : 03 : 11

Nouveaux médias, nouvelles idées

La période actuelle est délétère. Il est vraiment temps de renouveler totalement nos manières de penser et les vecteurs de nos idées. 

Avec SEE  (www.see-socioecolo.com), nous tentons de faire comprendre aux Français que les débats sans objet sur leur identité ou quelques boucs émissaires nous ont été servis depuis trop longtemps. C'est un écran de fumée aux vrais problèmes. J'ai envoyé la brochure SEE à beaucoup de personnalités et aux médias. Pas de réponse mais des signes : Martine Aubry parle le soir des cantonales à plusieurs reprises de "justice". Laurent Wauquiez avec d'autres signataires ou les responsables des différentes religions s'inquiètent des dérives d'un débat sur la laïcité.

Nous le répéterons : la présidentielle ne doit pas être l'occasion de s'embourber dans des questions délétères, mais traiter des deux vrais sujets essentiels pour le présent et le futur : la justice et la durabilité. Et de bouger : repartons du local, de ce sur quoi nous avons prise, pour interpeler le global.

Il est temps de cesser de dresser les Français les uns contre les autres et de dénigrer les compétences avec des ascenseurs sociaux en panne. Voilà pourquoi il importe de réévaluer le savoir et la création comme modèles sociaux, sous peine de tomber dans la marchandisation comme seule bourse de la valeur dans une acculturation généralisée, ce qui ne peut en rien former le socle pérenne d'un vivre-en-commun.

Nous ne nous ferons pas voler cette présidentielle par des caquetages excités sur des problèmes sans objet pour laisser en place tout ce qui ne va pas : l'oligarchie politico-médiatico-financière et la non-préparation du futur. 

Voilà  pourquoi l'écroulement médiatique n'est pas une bonne nouvelle : les anciens médias paniqués se concentrent et serrent les fesses, les nouveaux sont à peine émergents, peu nombreux et de peu d'audience. Alors l'argent et le marketing dominent à la télévision déliquescente évidemment mais aussi dans la presse et l'édition. On célèbre à juste titre Gaston Gallimard, au temps où un tel homme est impossible et serait foutu à la porte. Relisez le journal de Queneau ou l'album Pléïade Queneau et vous verrez quelqu'un qui ne vendait rien mais continuait à être publié. Impensable désormais, hormis un intérêt stratégique mais pas littéraire.

Dans les médias, c'est pareil : chacun a peur de perdre sa place. Vous avez des grands patrons qui passent allègrement de poste en poste, du Nouvel Obs au Figaro puis au Point, des multicartes qui se repassent les plats entre eux, même sur le service public télévisé, sans que personne n'y trouve à redire. L'amoralité et l'avidité n'ont jamais été à ce niveau. Parallèlement, il existe un lumpenproletariat médiatique précarisé dont les conditions de travail sont de plus en plus mauvaises, la marge de manoeuvre quasi nulle et la capacité d'enquêter impossible. Et puis, nos médias alternatifs restent souvent dans l'ombre.

La multiplication des médias est un moyen d'étouffer la diversité d'expression. En effet, le nombre (toutes ces fausses chaîne de télévision sans contenu ou ces milliers de sites Internet pour ne rien dire) noie le public et les quelques voix sérieuses et différentes ont du mal à émerger : on ne parle que de ce dont on parle. La vraie liberté d'opinion est en danger quand le savoir et la création ne sont plus des modèles sociaux respectés. Ainsi n'importe quel people hurlera une assertion factuellement fausse et personne ne le contredira, par ignorance. Si un vrai spécialiste le fait (et pas ces péroreurs de café du commerce qui s'arrogent des étiquettes, "philosophe", "sociologue", "historien"...), il ne sera pas entendu et, si par miracle il l'est, le "people" ne sera pas pour autant déconsidéré.

De plus, une étrange agressivité voit le jour.  La haine féroce des féodaux submergés. Alors, des péroreurs cacochymes (du genre Claude Hagège) s'étranglent pour le moindre accent circonflexe omis, tandis que la mutation quotidienne de l'écriture est immense. Personnellement, l'évolution d'une langue ne me terrorise pas même si je suis --dans ce domaine encore-- un adepte du grand écart, aimant la radicalité d'expressions crues du moment et la poésie d'un mot rare (j'ai le sentiment délicieux de le sauver en le prononçant, mais j'en invente aussi d'autres).

Pour le numérique en général, je suis pareillement consterné par la bunkerisation idiote des tenants d'un système ancien. Il va falloir panacher les pratiques. Un cri comme celui de raphaëlle Rérolle en "une" du Monde des livres contre l'auto-édition me fait beaucoup rire (j'espère que c'est une blague pour le 1er avril 2011). Car, contrairement à ce qu'elle écrit, le marketing vendant des livres comme des "boites de petits pois" n'est pas le fait des auteurs-éditeurs mais bien la conséquence de la disparition des éditeurs au sens gastongallimardien du terme ou bernardgrassettien. Bien qu'ayant beaucoup publié, je n'ai personnellement jamais été "suivi" par aucun éditeur et, désormais, échappant à la peoplisation, l'auto-édition est le seul moyen de sortir des ouvrages novateurs, d'échapper aux savonnettes.

Heureusement, il y aura un tri sélectif aux poubelles de l'histoire.

De même, ne jamais citer ce qui sort sur Internet de plus original pour en donner une image négative et claironner que le Net est le lieu des rumeurs et des fausses nouvelles, est ridicule. Il existe beaucoup d'infos maltraitées dans le système traditionnel, vite fait mal fait, avec des à priori lourds comme des immeubles et un panurgisme éreintant, rendant beaucoup de personnes inaudibles et invisibles, même si elles ont raison. Pourquoi pareille agressivité ? Pour garder son influence, en petit commando de la pensée ?

Pourtant, malgré le marasme d'un système aidé artificiellement ne servant que lui-même, les internautes demandent-ils la disparition du papier et la fermeture des officines sous respiration artificielle (avec argent de l'Etat) ? Non, nous nous organisons autrement et réclamons une attention égale et respectueuse. De toute façon, bientôt il existera probablement des entreprises au sein de groupes multimédia pour du marketing papier et des éditeurs de niches, micro-édition pouvant avoir par moments un succès plus large.

Ne nous lamentons pas : voilà les errements d'une mauvaise période de transition. Face à cela, il faut tenir le cap des idées (quitte à être récupéré), de l'intransigeance, et mettre en place des réseaux parallèles d'expression, comme ce site Internet.

Va-t-on enfin regarder le monde tel qu'il se transforme ou sempiternellement s'adresser aux plus veules et aux plus stupides, aux plus peureux et aux plus rétrogrades ? En souhaitant qu'ils le soient au lieu de les tirer vers d'autres idéaux. Nouvelles idées, nouveaux médias. Ici et partout, nous bougerons, nous n'accepterons pas la société de la haine et du fric, des pollutions et de la peur de l'autre. Et, même si personne ne nous donne la parole, nous sommes des millions, en fait.


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30 : 03 : 11

Parti de rien...

Parti de rien,

je suis arrivé nulle part

Le blues des 55 ans et de pas toutes mes dents

Certaines ou certains partent de quelque part. Ce quelque part ne consiste ni en un lieu, des personnes, un environnement, mais un héritage, une marque de fabrique, souvent financière, politique, religieuse ou de notoriété, toujours héritée. Concédons que cet héritage peut être lourd et difficile à gérer.

A l’heure où tout le monde montre ses plaies à la Terre entière, dévoile ses grains de beauté et ses verrues, ses peines de cœurs et ses maladies, je me considère comme parfaitement insignifiant et inintéressant. Certes, j’ai des caractéristiques biographiques mais bon, tellement anecdotiques que je n’en fais pas une soupe (et invite d’ailleurs mes congénères à nous lâcher un peu les baskets avec leurs éraflures de l’âme). Mon admiration profonde va à ces peuples du fatalisme dynamique, qui comprennent que le bonheur et le drame sont également inévitables et qu’il importe, face à cela, d’avoir le sens de la relativité et l’énergie du présent.

Parti de rien, de pas grand-chose donc, mais pour arriver où ? En rase campagne, en no man’s land, en Los Feld, en terrain vague. J’ai tellement réussi à brouiller les pistes que personne ne suit ? Une roulette où la boule tombe inévitablement ailleurs, chez les autres ? Il est difficile de poser un regard lucide sur le présent.

Livrons en vrac les spasmes d’un essai de bilan.

La vérité oblige d’abord à accepter son inefficacité. Suis-je parvenu à une fonction sociale valorisante ? A la fortune ? Honorable sûrement, valorisante pas vraiment. Disons-le nettement, ma vie est un échec en termes de pouvoir et d’argent. Un échec total à l’époque où les idées et la culture sont méprisées face au business et au show business. Mon père était nettement plus riche que moi, alors qu’à 55 ans mon banquier m’appelle encore pour des débits chroniques, quand se loger est devenu hors de prix pour les non-héritiers et les carrières moyennes devenues très médiocres. Mais sont-ce là les indicateurs de la satisfaction et du regard positif sur soi ?

Tout dépend des buts que chacune ou chacun s’assigne –ou devrait s’assigner. Moi, je suis incapable de tenir un bar, laver les verres et bavarder avec les amis en dormant sous les ramures de chênes quand le lac étale luit sous un soleil poudré. Du moins, le vivre dans la durée, la répétition.

Insatisfait perpétuel ? Au moins suis-je exempt des excès de la nostalgie imbécile survalorisant sans mémoire réelle ce qu’on choisit dans le passé. Un passé impossible rendant le présent invivable.

Quel est le blème alors Laurent ? Probablement l’invisibilité vécue comme une inefficacité à peser sur l’évolution collective : je me sens sous-employé. En effet, faisant partie des invisibles de nos sociétés, je n’existe pas. Mais ai-je fait quoi que ce soit pour exister médiatiquement ? Ai-je ciré des bottes et pris des cartes pour obtenir des postes ? Certes, non. Donc, je n’ai nullement à me plaindre. J’obtiens ce que j’ai cherché et évite ce que j’ai fui.

D’autant qu’on peut observer, par contraste, la cruauté peu enviable vis à vis de superpuissants s’écroulant dans l’anonymat ou l’opprobre. Parallèlement, des personnages comme Tristan Tzara ou Guy Debord, étaient dans une semi-confidentialité et ont connu ensuite –pour un milieu intellectuel—une gloire parfois excessive (dans le cas de Debord), car touchant presque au fétichisme, à la religiosité.

Roland Topor, à l’intelligence surnuméraire, généreux d’esprit et de conduite, disait de ses livres invendus, soldés pour presque rien, qu’ils trouvaient leur vrai public. Elégance du rire foutraque face à la bêtise, malgré les pincements de la tristesse.

Alors, panique à bord ? Stop. Faut sauter par les hublots ? All is black ?

N’y aurait-il pas là un peu de coquetterie intellectuelle, Mister Gerv ? Une manœuvre afin de susciter des compliments ?

Bon, donc crachons-le, quand on a réfléchi sous diverses formes à notre monde en transformations, soit sous l’angle scientifique (histoire des images), soit sous l’angle philosophique (philosophie de la relativité) ou politique (SEE/socio-ecolo-evolutionists) et littéraire (L’homme planétaire) ou cinématographique (« cinema espresso »), on peut raisonnablement s’estimer satisfait. D’autant que mes presciences des années 1970 sont plus que confirmées maintenant au XXIe siècle.

Mais combien de fois me suis-je senti seul à voir ce que je voyais ? Comme si tout l’enrobage social et médiatique obscurcissait complètement la vision de mes contemporains. Comme si j’étais le dernier des Mohicans à considérer, par exemple, le service public télévisé dévoyé, le savoir éliminé des modèles sociaux, les consommateurs totalement passifs face au fonctionnement des entreprises, nos identités imbriquées et nos histoires stratifiées ou l’écologie comme d’abord un impératif social (car la pollution, les catastrophes ou la malbouffe touchent en premier lieu les plus pauvres).

Cela importe peu : j’ai pris date et ce travail souterrain ressortira à un moment ou un autre. Ressortira-t-il ? Les dangers de notre époque sont doubles : immersion et récupération. L’immersion constitue l’aspect probablement le plus grave. La quantité de sons, d’images ou de textes produits est telle que forcément des choses remarquables peuvent se faire sans qu’il n’y ait plus aucun rattrapage, d’autant moins que les supports numériques signifient aussi danger de disparition totale. Le bon grain et l’ivraie se mêlent quand la déqualification généralisée règne et que des « people » présentent ce qu’ils n’ont ni écrit ni conçu.

La récupération, elle, est une manie déjà dénoncée par Guy Debord. A son époque, elle se pratiquait généralement en citant les sources. Désormais, au temps des thèses copiées-collées ou inventées, au temps de la baisse du niveau culturel des médiateurs et des politiques –d’où d’ailleurs leur haine des savants considérés comme des « emmerdeurs »--, au temps où les plus brillantes ou brillants sont moqués en classe, la récupération devient un exercice habituel et mafieux. Personne ne cite plus la source première, jamais, ni la référence, et des olibrius se précipitent en pleine lumière pour hurler sans vergogne (il faut hurler sur les plateaux de télévision désormais –probablement pour réveiller les maisons de retraite) les idées des autres, tandis que des pionniers courageux ont passé leur temps à entendre qu’ils n’entraient dans aucune catégorie, que cela n’intéressait aucun public, qu’il n’existait pas de rayon pour présenter cela. Ensuite, les voleurs se gobergent et se constituent ainsi une image de marque en petits cambrioleurs du lumpenproletariat de l’intellect, ces crétins modestes qui ont le tort de faire un travail de fond dans l’ombre, les rats peureux de la pensée, faméliques parfois.

Coucou à mes amies et amis des galeries souterraines…

De surcroît, ma génération est celle des sacrifiés : passés de crise en crise, arrivée après celle du « baby boom » qui a tout eu, du développement économique et de la longévité, il nous fut asséné d’attendre des conditions meilleures. Nous avons attendu et les conditions sont pires, au temps où les techniciens de l’économie et du marketing dictent leur loi : le triomphe des plombiers sur les architectes. Cela a commencé avec Giscard d’Estaing. Le politique est revenu au pouvoir avec Mitterrand au début mais ensuite les techniciens n’ont plus lâché prise entre un Mitterrand malade, un Chirac ne sachant pas quoi faire du pouvoir et un Sarkozy courant dans tous les sens après les sondages, plus mauvais communiquant au monde à force de vouloir communiquer, zébulon illisible répulsif agissant en commando contre même l’appareil d’Etat vu comme hostile. Alors, pour nous, qui voulons simplement que l’argent public soit bien employé et qui avons une connaissance certaine des moyens à mettre en œuvre, arrive la marginalisation.

J’ai heureusement réussi, avec mes activités autour de l’écologie culturelle, à ouvrir un territoire passionnant et à ne pas être honteusement sous-employé comme nombre de mes collègues (qui souvent foncent vers une retraite anticipée). Mais que de « cadavres » autour de moi, que de gâchis humains et matériels et que d’amour nous devons avoir pour ce pays à y être resté au détriment de nos finances et de notre prestige (ce pays est incapable d’exporter ses savoirs et ses créateurs).

Bon, sachons raison garder. Même si cela ne m’a absolument rien rapporté, car je suis arrivé au temps de l’écroulement du livre et que je n’ai généralement pas eu le support des grands éditeurs, j’ai la présomption de penser que mon long travail de fond, lu juste par quelques-uns, finira par atteindre une certaine lumière. Hasardons-nous dans un élan présomptueux : même une lumière internationale, car ma réflexion fut toujours locale-globale.

Bon. D’accord, continuons à nous rassurer. Pour éviter la corde ou les pilules à cause du sentiment d’inutilité et de vanité absolue, je sais avoir autour de moi et même dans mon univers professionnel des personnes qui m’aiment et que j’aime profondément. Il arrive d’ailleurs que des débordements commencent avec des « fans » que je calme assez vite en leur expliquant l’aspect sympathique mais déplacé de la démarche. Etre libre, c’est aussi déplaire.

Finalement le terrain vague où je suis arrivé, au pays des diplômes et des étiquettes à vie, peut être, à y regarder bien, un beau pays. Ce n’est pas un enclos, une prison, mais un terrain d’expérimentations et d’explorations. Rester curieux. Fureter.

Alors Gervereau, de quoi te plains-tu ? Je peste surtout contre la cécité collective. Elle est probablement due à la période de transition que nous vivons. La concentration médiatique liée à une oligarchie qui passe en boucle, dans un contexte de surproduction généralisée noyant tout, n’est pas encore compensée par une vraie démocratisation des sources, par cette apparition nécessaire d’autres regards. Des X ou Y (genre savonnettes marketing nommées BHL ou Max Gallo) écrivent n’importe quoi n’importe où, quand on passe encore son temps à alerter par des articles ou des images –en vain. Ce n’est jamais son tour. Et quand on parle, cela n’intéresse personne.

En 1992, par exemple, tout le monde se foutait de la guerre d’Algérie (mon expo avec Benjamin Stora et Jean-Pierre Rioux fut un bide). En 2004, tout le monde se surexcitait autour de la guerre d’Algérie (et avec Benjamin, nous avions un éditeur en faillite incapable de fournir les livres au vernissage…)

Bref, nous ne sommes vraiment pas passés de la société du spectacle aux sociétés des spectateurs-acteurs, lançant des canaux différents pour des choix différents, permettant au public de comprendre la relativité, le comparatisme, les emballements et les rumeurs.

Je dois être un impatient.

Et probablement mourrai insatisfait de ce que je n’aurai pas encore réalisé. Ou gâteux bavant piqué.


P.S. Si je survis, ce texte me servira à ne pas oublier mes rages et mes espoirs, tout en portant témoignage de nos temps confus et piégeux.

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18 : 03 : 11

APPEL : remise à plat du service public télévisé

APPEL

Un service public télévisé dévoyé : exigeons une remise à plat !

Ce qui vient de se passer sur FRANCE 2 (11 mars 2011) devrait conduire à prendre des mesures d’urgence. Une émission de seconde partie de soirée a en effet été consacrée à faire la promotion d'un livre d'anecdotes historiques de Stéphane Bern, présentateur par ailleurs de la chaîne : collusion d'intérêt inacceptable. Bern est de plus donné comme modèle de l'historien : insulte au travail historique et signe de l'écroulement culturel total. Il est d'ailleurs le seul à rappeler qu'il n'est pas historien.

Les mots ne veulent plus rien dire dans ce monde de l'apparence. Quel modèle pour nos enfants ? Il importe donc de redonner leur valeur aux termes, sa dignité au travail, du respect aux chercheurs. Ce scandale de collusion d'intérêt et d'insulte au labeur scientifique devrait éclater, en analysant par le menu la nature des pratiques et des programmes. Le plus étonnant est que de tels faits n’émeuvent plus personne. Il s'agit pourtant d'un détournement d'argent public à l'heure où les médias vont mal et où une véritable pluralité est nécessaire.

Que fait le Conseil supérieur de l'audiovisuel ?

Pourquoi un tel silence (le reste de l’émission consistant d’ailleurs pour le Directeur du magazine Le Point, patron de l’émission, à faire la promotion du livre du directeur du magazine Marianne) ? Parce que beaucoup ont démissionné en ne regardant plus cette petite lucarne ? Parce qu'ils ont peur d'être bannis des écrans, alors que c'est déjà matériellement le cas et que même une chaîne comme France 5, censée être éducative, sert à recycler les journalistes en ne donnant à aucun scientifique ou pédagogue la moindre maîtrise sur un programme ? Les médias se plaignent de leur mauvaise image dans l'opinion publique, mais ce genre de copinage patent par des multicartes est visible et dégoûte beaucoup en silence. Ne rien dire décrédibilise encore plus la sphère médiatique : ce n'est pas son intérêt.

Il est donc temps de mettre en place un code de déontologie clair pour empêcher de telles pratiques (comme lorsque le journal Le Monde signale les ouvrages de ses collaborateurs dans une rubrique à part) et de redonner du sens aux mots "service public" (en l'occurrence en invitant de vrais historiens pour parler d'histoire).
Le savoir et la création doivent trouver ou retrouver une visibilité, parmi les modèles de notre société. C'est toute la conception du service public télévisé qui doit être repensée --ou ce dernier supprimé.

La chose est suffisamment grave pour que le Conseil supérieur de l’audiovisuel et nos deux Assemblées se prononcent. Il est de plus de l’intérêt même des médias et de leur image dans l’opinion publique que certaines pratiques cessent.

Un rapport à l’issue d’une grande enquête est désormais nécessaire pour assainir le fonctionnement de France Télévisions et que les mots « service public » aient un sens autre que l’appropriation de l’argent public par quelques intérêts privés,
tout en ouvrant la visibilité sociale au savoir et à la création, bannis des écrans.


Soutenez cet Appel sur ce site : www.gervereau.com en allant  sur "contact" (Laurent Gervereau est Président de l’Institut des Images). L’Appel a été officiellement adressé aux Présidents de l’Assemblée nationale, du Sénat et du Conseil supérieur de l’Audiovisuel. Il est soutenu et publié par la Ligue de l’Enseignement.

Je publie avec cet Appel une photo de Jean-Pierre Vernant fouillant en Grèce, un de ces personnages à côté desquels la télévision est passée, comme Georges Charpak ou Edouard Glissant et tant d'autres.

Post Scriptum : la librairie Encre de Chine (51 bis rue Lamarck 75018 Paris-FRANCE) est devenue le dépositaire de la brochure SEE / Socio-Ecolo-Evolutionists ! (regardez "lire plurofuturo / SEE" sur ce site et allez sur www.see-socioecolo.com)  et de la bande dessinée Mixplanet.


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11 : 03 : 11

Japon : admirons le fatalisme dynamique

Je publie cette image ancienne d'un paysage serein, rapportée du Japon, alors que le tsunami frappe. Le Japon résiste à la dévastation avec pragmatisme, dans un fatalisme dynamique. Voilà ce qui doit nous toucher. 

En tournant mon film La Fabrique des images hybrides, j'ai pu voir la sérénité au moment du passage d'un cyclone. Ce panorama des images au Japon, de Hiroshima à nos jours, va être projeté  à  nouveau, demandez-le par ce site. Il est urgent en effet de comprendre et de rendre hommage à une société très attachante, respectueuse de l'autre, amoureuse de la nature. Cela devrait donner honte à nos médias excités de spectaculaire, avides de larmes et de hurlements en direct, qui courent après une ou un franchouillard hurlant à 400 kilomètres du drame. Leçon de courage et de responsabilité. Cette société esthétique nous montre l'exemple.

Concevoir une planète relative, c'est avoir la modestie de grappiller partout des modèles différents. Voilà le sens de l'écologie culturelle, en diversifiant la diversité, en changeant de valeurs ("lire plurofuturo"/SEE sur ce site  et allez voir www.see-socioecolo.com qui s'ouvre).

Je pense intensément à mes amis japonais et incite à la dignité.

Et maintenant, les angoisses liées à cette peste invisible : le nucléaire (j'ai voulu émigrer en Australie dans les années 1970 où Giscard d'Estaing multipliait les centrales...).

Post Scriptum. Allez voir sur Facebook la page Laurent Gervereau où j'ai publié, en dernier des Mohicans d'une certaine morale du service public télévisé, un article condamnant les conflits d'intérêt quand les présentateurs s'invitent entre eux (il est urgent d'établir un code de déontologie à cet égard) et le n'importe quoi de bateleurs intronisés "historiens" pour des livres-marketing d'anecdotes de seconde main. Nous ne devons jamais nous habituer à l'inadmissible. Il est temps de faire un grand rapport sur les fonctionnements de France Télévisions, de manière à ce que les mots "service public" retrouvent un sens autre que l'appropriation de l'argent collectif par quelques intérêts privés.


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28 : 02 : 11

Visite à Vigo, images qui mentent, faux débats croupis

Je suis revenu à Jean Vigo par le dessinateur Raoul Cabrol, son ami. Revenons à Vigo (avec l'aide de sa fille passionnée, Luce). A Nice, je cherchais Vigo. Mais, comme partout, personne ne connait l'histoire de sa ville, même à la cinémathèque locale, alors que Vigo avait lancé un ciné-club. Revenir au local : propager la connaissance longue du local et l'inscrire dans un rapport local-global, voilà un combat que je mène depuis longtemps et qu'il faut faire déboucher (SEE).

J'ai peiné pour le suivre à la trace après Manuel de Oliveira (A propos de Vigo en 1983). Voilà son premier logement (repeint) quand il arrive en décembre 1928 près du port chez son amie communarde Janine Champol au 19 bis boulevard de l'Impératrice de Russie, devenu boulevard de Stalingrad (avec une partie boulevard Lech Walesa). Dans ce jeu de piste --prétexte en fait aux dérives, aux songes et à reparler de lui--, il va, s'étant marié avec Lydu Lozinska, avenue Padéri (villa des Deux Frères, quartier du Bas-Fabron) près des studios de la Victorine et sa correspondance indique ensuite : Villa La Muette (sic), Chemin de Fabron.

Tout en suivant ses traces, j'écrivais dès 6 heures du matin Les images mentent ? Manipuler les images ou manipuler le public, synthèse qui m'est réclamée sans cesse depuis 2000. Ce sera une exposition en 40 étapes de diffusion gratuite sur le site www.decryptimages.net. Ce sera un livre. Il est écrit.

Et puis, ça y est, la brochure SEE (socio-ecolo-evolutionists) est imprimée et va être diffusée pour ouvrir un peu les fenêtres mentales et interpeler. Merci aux ami(e)s du Brésil et du Canada qui m'ont poussé avec chaleur. Soutenez et imaginons autant que de l'autre côté de la Méditerranée, quelles que soient les difficultés. Arrêtons le piège des faux débats genre "islam" ou "laïcité". Notre urgence est la "justice" (ascenseur social à rétablir, droit équitable et appliqué pour tous, éthique de l'économie --qui est la base de son efficacité) et la "durabilité" (repenser nos comportements, devenir des consommateurs acteurs, agir sur notre univers visible direct en dialogue avec d'autres sur la planète). Cela fait des années que j'écris à ce sujet. Maintenant, les ficelles sont un peu grosses. Entrons enfin dans le XXIe siècle. Balayons les esprits croupis à droite comme à gauche, les baveux aigris. Parlons des enjeux réels. Une fois de plus ne nous faisons pas voler l'avenir (fauteuiltronik.com/BOOK) et bâtissons une planète juste et durable (SEE dans "lire plurofuturo" sur ce site). Bougeons.

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12 : 02 : 11

SEE : Tunisie, Egypte, Lybie, Laetitia

Nous, les plurofuturos, les sociaux-écolos-environnementalistes (SEE), qui pensons le monde de la relativité en défendant le pluralisme et l'évolution dans le sens d'une Planète juste et durable, qui sommes des millions disséminés dans le monde, nous nous réjouissons des mouvements au Caire, à Tunis, en Libye ou ailleurs, quoi qu'il en advienne. Ils montrent des sociétés plurielles, des individus variés, bien loin des clichés caricaturaux d'un "bloc" de l'Islam nommé péjorativement "islamistes". Et je pense avec affection au groupe de professeures à l'université du Caire, qui m'invita avec chaleur pour des conférences, qui sont les correspondantes de www.decryptimages.net et veulent faire traduire en arabe mon histoire générale du visuel.

Parlons un peu alors de déformation médiatique. Je suis stupéfait de  constater en France, le soir même du départ de Moubarak, les bouches tordues des journalistes et commentateurs, ne connaissant généralement rien à l'Egypte mais répétant en boucle "danger islamiste". Cela suffit : réduire l'Iran à un grand Satan islamiste et priver les Egyptiens de leur liesse après avoir chassé un potentat, constitue un vrai scandale et une instrumentalisation de l'information. C'est comme lorsque l'Afrique du Sud --qui a réalisé une incroyable révolution pacifique avec Mandela-- est résumée à la criminalité dans les townships ou au SIDA, cela tourne à la géocaricature. Pendant ce temps, notre pays est bloqué, arrimé sur des réflexes de boucs émissaires particulièrement odieux et inopérants, un pays oligarchique, de moins en moins démocratique dans une dévalorisation du savoir et de la création. Pas un modèle : balayons devant notre porte au lieu de donner des leçons au monde.

Ici, de plus, la hiérarchie de l'information s'inverse par un double effet : démagogie politique et news market (il faut "vendre" les nouvelles). Jadis, le roi guérissait les écrouelles. Aujourd'hui, il s'occupe prioritairement des faits divers (affaire Laetitia). Le moindre meurtre ou accident de la route fait la "une" des jt ou des quotidiens. Ce qui passait en pages intérieures, laissant à Détective le soin de faire du sang en couverture, devient le coeur de l'information. La politique de l'affect rompt les relations culturelles avec le Mexique pour un procès controversé (affaire Cassez), postulant l'innocence de la jolie ressortissante française. C'est grave à deux égards, car il s'agit d'un aveu d'impuissance sur les grandes questions de notre temps, doublé d'un mensonge d'Etat puisque chacun sait qu'aucun pouvoir n'empêchera les crimes de cinglés, les tempêtes ou les inondations. La prévention a ses mérites (améliorons les choses en effet) mais aussi ses limites. Le fatalisme dynamique est le seul langage de vérité.

SEE : regardons enfin avec lucidité, ici et ailleurs (voir : www.fauteuiltronik.com).


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04 : 02 : 11

Planète juste et durable (SEE)

(Laurent Gervereau chez les Inuit par Cabu)

Il faut prendre date face à l'aveuglement et à la surdité. Les trois questions centrales actuelles sont : mondialisation, justice, environnement. Tous les actuels et futurs candidats à l'élection présidentielle française --mais chacun d'entre nous, partout-- doivent se positionner par rapport à elles : soutenez "Ni mondialisation aveugle, ni bunkerisation conservatrice ! Imaginer une écologie culturelle" (www.fauteuiltronik.com / TXT PLURO). L'offre politique est en effet insatisfaisante pour celles et ceux qui veulent des sociétés de la création et du savoir, des sociétés de la justice, des sociétés durables localement et mondialement.

A cet égard, observons le honteux silence, les mini-hommages furtifs à un personnage comme Edouard Glissant. Cela pose vraiment la question de la hiérarchie des valeurs et des modèles dans notre société. Imagine-t-on autant de discrétion pour la disparition de Johnny Halliday ? La valorisation des chanteurs, acteurs ou sportifs est légitime et Halliday est devenu une sorte de légende nationale. Là n'est pas la question. Mais pourquoi de grands personnages de la pensée contemporaine ne sont-ils pas autant valorisés ? Pourquoi, par une inversion des valeurs, le savoir et la création deviennent-ils ghettoïsés, comme s'ils ne devaient pas inspirer tout le monde, même Johnny Halliday ? Pourquoi l'outil télévisuel est-il devenu celui de la sélection des modèles : politique, sports, divertissements, donnant à notre jeunesse une vision très déformée de la société ? La mort de Georges Charpak était-elle moins importante que celle d'un Jackson produit du show business ? Doit-on tout réduire à l'argent et à la diffusion ou organiser d'autres façons de penser le monde, d'autres modèles pour toutes et tous, quel que soit l'âge ? Il est vraiment temps de défendre cette écologie culturelle qui préserve et défend l'exigence, le précieux, la rareté : une culturodiversité.

Alors, assez des vieux débats et des faux problèmes ! Les plurofuturos, socio-écolos, libertaires environnementaux, veulent irriguer nos vies à venir et imposer d'autres comportements. Les consommateurs doivent devenir des citoyens. Il est temps d'imaginer à nouveau, au Caire, à Tunis ou à Paris, malgré tous les périls. La relativité permet des ouvertures pratiques, aidée par la circulation des informations. Coming from Brasil and Canada : Plurofuturos are Socio-Ecolo-Evolutionists (SEE) ! SEE, another way to look at the World ! Join us on www.fauteuiltronik.com !

Attention, après L'Homme planétaire, Pour une philosophie de la relativité, Ici et partout. Trois étapes d'écologie critique ou Je suis pluriel, voici la bande dessinée préparée depuis deux ans avec l'artiste chinois Xin Ye : Mixplanet (voir "bande dessinée" sur ce site). C'est collector, achetez vite et faîtes circuler !

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27 : 01 : 11

Réveillons-nous au Caire, à Tunis ou à Paris !

J'avoue mon incompétence concernant les mouvements actuels en Tunisie et en Egypte, même si j'ai déjà visité à plusieurs reprises ces deux pays en y travaillant (sans être invité par aucune clique au pouvoir, refusant des propositions louches et insistantes) et ai une pensée amicale et chaleureuse pour des amies/amis là-bas. Réjouis, inquiets aussi, nous sommes tous en fait dans le brouillard. Mais, disons-le, ce qui fait plaisir est de voir les frontières bouger dans ce que je considère comme la réelle opposition des temps actuels et à venir : les plurofuturos contre les monoretros. Derrière les stéréotypes longtemps véhiculés, nous voyons des sociétés plurielles et des identités imbriquées. Il en est de même en Inde, en Chine, au Mali, en Iran ou au Brésil. La caricature d'un bloc de l'Islam explose ainsi et c'est une excellente chose.

Du coup, j'ai du mal à comprendre le titre du dernier livre d'Edgar Morin, dont les messages ouverts et humanistes ont à priori ma sympathie : La Voie. Cela fait un peu Tintin au Tibet... Tout nous montre au contraire qu'il n'y a pas --et qu'il ne faut pas qu'il y ait-- une voie, mais des pistes variées à expérimenter. Cette idée d'une solution bien bornée est très réactionnaire, comme les révolutionnaires d'hier imposant une société idéale d'un arrêt de l'histoire. Tout cela (religieux théocrates ou révolutionnaires achroniques) entre dans ce que j'appelle le monoretro. Espérons que les peuples qui bougent sauront maintenir le mouvement et la pluralité. Profitons-en pour saluer Edouard Glissant.

A rebours de tout cela --par contraste--, les moeurs autistes et endogènes de notre commando de décideurs (et des technocrates d'en face guère plus prometteurs), on s'aperçoit vite d'une démocratie d'apparence. Au lieu d'interroger les citoyens et de laisser s'exprimer les savants, la négation des compétences est permise par une inculture galopante qui fait croire à un peuple imbécile et moutonnier consulté par l'illusion sondagière.

Il est temps de se réveiller et de sortir d'un mauvais rêve. J'ai plaidé depuis longtemps pour l'exigence, le respect du savoir et du public:  un public certes las mais lucide, pas dupe. J'ai écrit contre le scandaleux kidnapping du futur (voir le succès de Halte aux voleurs d'avenir ! sur le site jeune participatif www.fauteuiltronik.com).  Désormais, commence à circuler un texte qui est destiné à éviter de repartir dans l'éternel même piège mental : soit une mondialisation aveugle, injuste et destructrice de l'environnement, soit un repli frileux sur soi à agiter son petit drapeau communautariste en croyant ainsi se protéger du vaste monde (le syndrome Amish). "Ni mondialisation aveugle, ni bunkerisation conservatrice ! Imaginer une écologie culturelle" commence donc à être lu par des personnalités diverses. Les réactions sont très enthousiastes et cela fait plaisir (accueilli désormais sur www.fauteuiltronik.com  / TXT PLURO). Contre l'oligarchie, la résistance de l'esprit de justice, d'exigence et de durabilité se répand.

Ce texte va circuler largement et obliger à ouvrir les prises de conscience dans nos futurs soubresauts. Je vous tiens au courant, car beaucoup de personnes sont prêtes à se mobiliser, sentant qu'il est urgent d'entrer dans les vraies perspectives des temps actuels. Faut-il pour autant en tirer une traduction directement politique et programmatique, du genre "Planète juste et durable" ? Ou "Planète socio-écolo" ? Fédération des Libertaires Environnementalistes (LE) ? Je crois surtout qu'il faut conserver la dynamique du "ici et partout", avec la faculté de voies diverses.


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